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MODELE DE PAIX ET MODELE DE DEVELOPPEMENT QUELQUES REFERENCES AFRICAINES OU MONDIALES

VIVRE SANS FAIRE DU MAL EST POSSIBLE (Religion et autres)


Publié le 13/02/2016 à 01:26:45
AMERIQUE LATINE/ RELIGION CHRETIENNE/ PAPE FRANCOIS : les chefs de file des deux Églises, le pape François et le Patriarche Kirill, se sont rencontrés pour la première fois à Cuba




0.1 – « Tête-à-tête historique entre le pape François et le patriarche orthodoxe russe Kirill à Cuba : C'est une rencontre historique. Le chef de l'Église catholique romaine, le pape François, et le patriarche orthodoxe russe Kirill doivent s'entretenir ce 12 février à Cuba. Une première depuis le schisme de 1054 qui a divisé la chrétienté. Le pape François a quitté Rome vendredi 12 février pour se rendre à Cuba, où il doit s'entretenir avec le chef de la puissante Église orthodoxe russe, le patriarche Kirill, pour la première rencontre entre les chefs des cultes catholique et orthodoxe russe depuis le schisme entre les Églises d'Orient et d'Occident, en 1054. Le pape, qui sera accueilli à la Havane par le président cubain Raul Castro, s'entretiendra à l'aéroport avec le patriarche, qui représente plus de 130 millions des 250 millions d'orthodoxes. Les deux hommes doivent ensuite signer une longue déclaration commune qui devrait évoquer les persécutions contre les chrétiens - orthodoxes comme catholiques - au Moyen-Orient et la défense des valeurs chrétiennes dans le monde. »

 

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0.2 – « Cuba/ rencontre historique entre le patriarche russe et le Pape : Près de mille ans après le schisme entre chrétiens d'Orient et d'Occident, les chefs de file des deux Églises, le pape François et le Patriarche Kirill, se sont rencontrés pour la première fois à Cuba. De mémoire de prélats jamais un pape n'a accordé une telle durée à une personnalité lors d'une visite au Vatican ou à l'étranger, sinon à titre privé. À côté de cette conversation hors norme, la «déclaration commune» que les deux responsables devaient signer avant de se séparer demeurera aussi l'acquis tangible de ce sommet. À l'image d'une autre «déclaration commune» signée avec le patriarche de Constantinople en mai 2014, ce texte devait insister sur le drame des chrétiens de Terre sainte fauchés par les islamistes de Daech. C'est d'ailleurs la clé de ce rapprochement entre le patriarcat russe et le Vatican, car la Russie cherche actuellement à sortir de son isolement diplomatique lié à son soutien du régime de Damas en Syrie. »


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1 - Tête-à-tête historique entre le pape François et le patriarche orthodoxe russe Kirill à Cuba

 

C'est une rencontre historique. Le chef de l'Église catholique romaine, le pape François, et le patriarche orthodoxe russe Kirill doivent s'entretenir ce 12 février à Cuba. Une première depuis le schisme de 1054 qui a divisé la chrétienté. Le pape François a quitté Rome vendredi 12 février pour se rendre à Cuba, où il doit s'entretenir avec le chef de la puissante Église orthodoxe russe, le patriarche Kirill, pour la première rencontre entre les chefs des cultes catholique et orthodoxe russe depuis le schisme entre les Églises d'Orient et d'Occident, en 1054.

Le pape, qui sera accueilli à la Havane par le président cubain Raul Castro, s'entretiendra à l'aéroport avec le patriarche, qui représente plus de 130 millions des 250 millions d'orthodoxes. Les deux hommes doivent ensuite signer une longue déclaration commune qui devrait évoquer les persécutions contre les chrétiens - orthodoxes comme catholiques - au Moyen-Orient et la défense des valeurs chrétiennes dans le monde.

 

Cette rencontre, qui n'aura donc lieu ni en Europe, ni en Orient, où vivent la grande majorité des orthodoxes, a été tenue secrète jusqu'au dernier moment, tant les résistances étaient grandes au sein du Patriarcat. "La Russie peut donner beaucoup" pour la paix mondiale, a déclaré le pape dans une récente interview, en faisant état de "convergences" dans l'analyse des "Printemps arabes". Les liens étroits entre le Patriarcat et le Kremlin donnent aussi à la rencontre une dimension stratégique : "À l'arrière-plan, il y a un troisième protagoniste" en la personne du président russe Vladimir Poutine, que le pape a reçu deux fois, analyse sur son blog le vaticaniste Marco Politi.


Le pape et le président cubain Raul Castro à l'aéroport de La Havane, le 12 février 2016 [YAMIL LAGE / AFP]


_ Un geste à la fois religieux et stratégique

"Il serait ingénu de penser que la soudaine disponibilité du patriarche n'est pas liée à la situation de la Russie dans ce moment géopolitique", estime Marco Politi, citant en particulier le rôle que Moscou veut jouer, avec Washington, "dans la stabilisation de la situation syrienne et dans l'endiguement du terrorisme jihadiste". Un porte-parole du patriarcat, Alexandre Volkov, a démenti ces analyses, en "garantissant à 100 % que la rencontre n'a rien à voir avec la politique". Il a espéré "de nouvelles perspectives de coopération mutuelle" entre orthodoxie russe et catholicisme, sans pour autant parler d'une étape vers "l'unité" entre les deux Églises. Méfiance à l'égard d'une Église catholique perçue comme prosélyte, crise ukrainienne où les Grecs-catholiques ont pris le parti de Kiev contre les pro-Russes : les rancœurs ne manquent pas envers Rome, même si le Saint-Siège a évité de condamner ouvertement la politique de Vladimir Poutine en Ukraine.

 

D’un point de vue historique, la séparation entre Rome et Constantinople, scellée dans le schisme de 1054 est liée à des questions théologiques complexes, mais aussi des motifs politiques : l'Occident carolingien voulait exercer son autorité sur l'ensemble du monde chrétien à travers le pape, tandis que l'Orient souhaitait maintenir son indépendance. Si les deux Églises sont finalement assez proches sur les questions théologiques, les différences sont encore nombreuses et profondes. À la suite du rendez-vous historique de Paul VI et Athénagoras en 1964 à Jérusalem, de nombreuses rencontres et déclarations communes ont déjà eu lieu entre un pape et le patriarche de Constantinople, théoriquement chef spirituel du monde orthodoxe mais qui n'a d'autorité directe que sur 3,5 millions de fidèles.

 

Avec AFP/ Première publication : 12/02/2016/ Dernière modification : 12/02/2016

 

http://www.france24.com/fr/20160212-cuba-rencontre-pape-francois-patriarche-orthodoxe-russe-kirill-vatican-chretiens


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2 - Cuba : rencontre historique entre le patriarche russe et le Pape

 

Près de mille ans après le schisme entre chrétiens d'Orient et d'Occident, les chefs de file des deux Églises, le pape François et le Patriarche Kirill, se sont rencontrés pour la première fois à Cuba. Parfois l'histoire a le chic d'offrir des raccourcis fulgurants. Un sourire, une poignée de main, quelques petites secondes et s'effritent des siècles de conflits. Ainsi du sommet historique, vendredi soir 12 février à Cuba, entre le pape catholique et le plus puissant des responsables orthodoxes, Kirill, patriarche de Moscou. Dans un des salons de l'aéroport Jose Marti de La Havane, ils se sont chaleureusement salués et embrassés. François, les traits tirés après ses douze heures de vol depuis Rome, était visiblement ravi d'être là. Kirill, d'ordinaire le visage fermé, était, lui aussi, extrêmement souriant.

«Finalement!» a lancé le pape François en s'approchant de Kirill qui, très bienveillant, lui a rétorqué: «Les choses seront plus faciles à présent…» Et le pape catholique d'observer, devant l'immense crucifix fixé derrière les deux fauteuils où ils devaient s'entretenir: «Nous sommes tous des hommes. Il est très clair que cette rencontre est la volonté de Dieu.»

 

Ces deux éminents chrétiens ne sont toutefois pas allés jusqu'à prier ensemble, du moins en public, comme l'avaient fait François et l'autre grand patriarche de l'orthodoxie, Bartholomé de Constantinople, en mai 2014, à Jérusalem, dans la basilique du Saint-Sépulcre. De même, le Pape ne s'est pas publiquement profondément incliné devant le religieux russe, un geste de déférence très frappant qu'il avait osé devant le patriarche Bartholomée à Istanbul, en novembre 2014.

 

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_ Déclaration commune

Reste que cette rencontre cubaine avec «mon frère Kirill» comme l'a qualifié le Pape en quittant Rome - a été marquée par une impressionnante empathie qui marque un dégel décisif des relations orthodoxes-catholiques même s'il faudra beaucoup de temps pour colmater des blessures encore très vives… Sur la question ukrainienne notamment, qui oppose frontalement l'Église gréco-catholique, unie à Rome, à l'Eglise orthodoxe russe. Ce sujet, comme beaucoup d'autres dont l'écologie, les deux chefs d'Église devaient en parler, mais l'objet de ce rendez-vous, pensé à Cuba, en «terre neutre», entendez non catholique, sur le trajet du voyage du pape François pour le Mexique, était bien, en ce début de millénaire, sa portée historique. Jamais dans l'histoire chrétienne un patriarche russe n'avait encore rencontré le pape de Rome ! Le divorce entre ces deux Églises chrétiennes date de 1054…

Ce qui explique que les deux hommes ont pris le temps de s'entretenir longuement - deux heures - pour faire connaissance. De mémoire de prélats jamais un pape n'a accordé une telle durée à une personnalité lors d'une visite au Vatican ou à l'étranger, sinon à titre privé. À côté de cette conversation hors norme, la «déclaration commune» que les deux responsables devaient signer avant de se séparer demeurera aussi l'acquis tangible de ce sommet.

 

À l'image d'une autre «déclaration commune» signée avec le patriarche de Constantinople en mai 2014, ce texte devait insister sur le drame des chrétiens de Terre sainte fauchés par les islamistes de Daech. C'est d'ailleurs la clé de ce rapprochement entre le patriarcat russe et le Vatican, car la Russie cherche actuellement à sortir de son isolement diplomatique lié à son soutien du régime de Damas en Syrie. En novembre 2014, la déclaration commune signée avec le patriarche de Constantinople évoquait ainsi «l'œcuménisme de la souffrance». Catholiques et orthodoxes lançaient alors un appel pour réveiller «l'indifférence» face à «la terrible situation des chrétiens». Il est très probable que le ton de cette déclaration cubaine - qui a été toutefois très difficile à mettre au point jusqu'à la dernière minute - monte d'un cran dans cette dénonciation, car le sort des chrétiens de Terre sainte s'est considérablement aggravé.

 

Cette poignée de main sous les tropiques sera-t-elle suivie par une seconde à venir dans la capitale russe ? Sur place, les esprits ne sont pas encore mûrs mais tout est prêt dans l'esprit de François. À Cuba, il a clairement posé les fondations d'un nouveau pont entre Rome et Moscou.

 

Par Jean-Marie Guénois / Mis à jour le 12/02/2016 / Publié le 12/02/2016

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/02/12/01016-20160212ARTFIG00449-tete-a-tete-historique-entre-le-patriarche-russe-et-le-pape.php


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3 - Déclaration commune du Pape François et du Patriarche Kirill de Moscou et de toute la Russie

 

«La grâce de Notre Seigneur Jésus Christ, l'amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soit avec vous tous» (2 Co 13, 13).

 

1. Par la volonté de Dieu le Père de qui vient tout don, au nom de Notre Seigneur Jésus Christ et avec le secours de l'Esprit Saint Consolateur, nous, Pape François et Kirill, Patriarche de Moscou et de toute la Russie, nous sommes rencontrés aujourd'hui à La Havane. Nous rendons grâce à Dieu, glorifié en la Trinité, pour cette rencontre, la première dans l'histoire. Avec joie, nous nous sommes retrouvés comme des frères dans la foi chrétienne qui se rencontrent pour se «parler de vive voix» (2 Jn 12), de coeur à coeur, et discuter des relations mutuelles entre les Eglises, des problèmes essentiels de nos fidèles et des perspectives de développement de la civilisation humaine.

 

2. Notre rencontre fraternelle a eu lieu à Cuba, à la croisée des chemins entre le Nord et le Sud, entre l'Est et l'Ouest. De cette île, symbole des espoirs du «Nouveau Monde» et des événements dramatiques de l'histoire du XXe siècle, nous adressons notre parole à tous les peuples d'Amérique latine et des autres continents. Nous nous réjouissons de ce que la foi chrétienne se développe ici de façon dynamique. Le puissant potentiel religieux de l'Amérique latine, sa tradition chrétienne séculaire, réalisée dans l'expérience personnelle de millions de personnes, sont le gage d'un grand avenir pour cette région.

 

3. Nous étant rencontrés loin des vieilles querelles de l'«Ancien Monde», nous sentons avec une force particulière la nécessité d'un labeur commun des catholiques et des orthodoxes, appelés, avec douceur et respect, à rendre compte au monde de l'espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15).

 

4. Nous rendons grâce à Dieu pour les dons que nous avons reçus par la venue au monde de son Fils unique. Nous partageons la commune Tradition spirituelle du premier millénaire du christianisme. Les témoins de cette Tradition sont la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, et les saints que nous vénérons. Parmi eux se trouvent d'innombrables martyrs qui ont manifesté leur fidélité au Christ et sont devenus «semence de chrétiens».

 

5. Malgré cette Tradition commune des dix premiers siècles, catholiques et orthodoxes, depuis presque mille ans, sont privés de communion dans l'Eucharistie. Nous sommes divisés par des blessures causées par des conflits d'un passé lointain ou récent, par des divergences, héritées de nos ancêtres, dans la compréhension et l'explicitation de notre foi en Dieu, un en Trois Personnes - Père, Fils et Saint Esprit. Nous déplorons la perte de l'unité, conséquence de la faiblesse humaine et du péché, qui s'est produite malgré la Prière sacerdotale du Christ Sauveur: «Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un en nous» (Jn 17, 21).

 

6. Conscients que de nombreux obstacles restent à surmonter, nous espérons que notre rencontre contribue au rétablissement de cette unité voulue par Dieu, pour laquelle le Christ a prié. Puisse notre rencontre inspirer les chrétiens du monde entier à prier le Seigneur avec une ferveur renouvelée pour la pleine unité de tous ses disciples! Puisse-t-elle, dans un monde qui attend de nous non pas seulement des paroles mais des actes, être un signe d'espérance pour tous les hommes de bonne volonté!

 

7. Déterminés à entreprendre tout ce qui nécessaire pour surmonter les divergences historiques dont nous avons hérité, nous voulons unir nos efforts pour témoigner de l'Evangile du Christ et du patrimoine commun de l'Eglise du premier millénaire, répondant ensemble aux défis du monde contemporain. Orthodoxes et catholiques doivent apprendre à porter un témoignage unanime à la vérité dans les domaines où cela est possible et nécessaire. La civilisation humaine est entrée dans un moment de changement d'époque. Notre conscience chrétienne et notre responsabilité pastorale ne nous permettent pas de rester inactifs face aux défis exigeant une réponse commune.

 

8. Notre regard se porte avant tout vers les régions du monde où les chrétiens subissent la persécution. En de nombreux pays du Proche Orient et d'Afrique du Nord, nos frères et soeurs en Christ sont exterminés par familles, villes et villages entiers. Leurs églises sont détruites et pillées de façon barbare, leurs objets sacrés sont profanés, leurs monuments, détruits. En Syrie, en Irak et en d'autres pays du Proche Orient, nous observons avec douleur l'exode massif des chrétiens de la terre d'où commença à se répandre notre foi et où ils vécurent depuis les temps apostoliques ensemble avec d'autres communautés religieuses.

 

9. Nous appelons la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l'éviction des chrétiens du Proche Orient. Elevant notre voix pour défendre les chrétiens persécutés, nous compatissons aussi aux souffrances des fidèles d'autres traditions religieuses devenus victimes de la guerre civile, du chaos et de la violence terroriste.

 

10. En Syrie et en Irak, la violence a déjà emporté des milliers de vies, laissant des millions de gens sans abri ni ressources. Nous appelons la communauté internationale à mettre fin à la violence et au terrorisme et, simultanément, à contribuer par le dialogue à un prompt rétablissement de la paix civile. Une aide humanitaire à grande échelle est indispensable aux populations souffrantes et aux nombreux réfugiés dans les pays voisins. Nous demandons à tous ceux qui pourraient influer sur le destin de ceux qui ont été enlevés, en particulier des Métropolites d'Alep Paul et Jean Ibrahim, séquestrés en avril 2013, de faire tout ce qui est nécessaire pour leur libération rapide.

 

11. Nous élevons nos prières vers le Christ, le Sauveur du monde, pour le rétablissement sur la terre du Proche Orient de la paix qui est «le fruit de la justice» (Is 32, 17), pour que se renforce la coexistence fraternelle entre les diverses populations, Eglises et religions qui s'y trouvent, pour le retour des réfugiés dans leurs foyers, la guérison des blessés et le repos de l'âme des innocents tués.

 

Nous adressons un fervent appel à toutes les parties qui peuvent être impliquées dans les conflits pour qu'elles fassent preuve de bonne volonté et s'asseyent à la table des négociations. Dans le même temps, il est nécessaire que la communauté internationale fasse tous les efforts possibles pour mettre fin au terrorisme à l'aide d'actions communes, conjointes et coordonnées. Nous faisons appel à tous les pays impliqués dans la lutte contre le terrorisme pour qu'ils agissent de façon responsable et prudente. Nous exhortons tous les chrétiens et tous les croyants en Dieu à prier avec ferveur le Dieu Créateur du monde et Provident, qu'il protège sa création de la destruction et ne permette pas une nouvelle guerre mondiale. Pour que la paix soit solide et durable, des efforts spécifiques sont nécessaires afin de redécouvrir les valeurs communes qui nous unissent, fondées sur l'Evangile de Notre Seigneur Jésus Christ.

 

12. Nous nous inclinons devant le martyre de ceux qui, au prix de leur propre vie, témoignent de la vérité de l'Evangile, préférant la mort à l'apostasie du Christ. Nous croyons que ces martyrs de notre temps, issus de diverses Eglises, mais unis par une commune souffrance, sont un gage de l'unité des chrétiens. A vous qui souffrez pour le Christ s'adresse la parole de l'apôtre: «Très chers!… dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de Sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l'allégresse» (1 P 4, 12-13).

 

13. En cette époque préoccupante est indispensable le dialogue interreligieux. Les différences dans la compréhension des vérités religieuses ne doivent pas empêcher les gens de fois diverses de vivre dans la paix et la concorde. Dans les circonstances actuelles, les leaders religieux ont une responsabilité particulière pour éduquer leurs fidèles dans un esprit de respect pour les convictions de ceux qui appartiennent à d'autres traditions religieuses. Les tentatives de justifications d'actions criminelles par des slogans religieux sont absolument inacceptables. Aucun crime ne peut être commis au nom de Dieu, «car Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix» (1 Co 14, 33).

 

14. Attestant de la haute valeur de la liberté religieuse, nous rendons grâce à Dieu pour le renouveau sans précédent de la foi chrétienne qui se produit actuellement en Russie et en de nombreux pays d'Europe de l'Est, où des régimes athées dominèrent pendant des décennies. Aujourd'hui les fers de l'athéisme militant sont brisés et en de nombreux endroits les chrétiens peuvent confesser librement leur foi. En un quart de siècle ont été érigés là des dizaines de milliers de nouvelles églises, ouverts des centaines de monastères et d'établissements d'enseignement théologique. Les communautés chrétiennes mènent une large activité caritative et sociale, apportant une aide diversifiée aux nécessiteux. Orthodoxes et catholiques oeuvrent souvent côte à côte. Ils attestent des fondements spirituels communs de la convivance humaine, en témoignant des valeurs évangéliques.

 

15. Dans le même temps, nous sommes préoccupés par la situation de tant de pays où les chrétiens se heurtent de plus en plus souvent à une restriction de la liberté religieuse, du droit de témoigner de leurs convictions et de vivre conformément à elles. En particulier, nous voyons que la transformation de certains pays en sociétés sécularisées, étrangère à toute référence à Dieu et à sa vérité, constitue un sérieux danger pour la liberté religieuse. Nous sommes préoccupés par la limitation actuelle des droits des chrétiens, voire de leur discrimination, lorsque certaines forces politiques, guidées par l'idéologie d'un sécularisme si souvent agressif, s'efforcent de les pousser aux marges de la vie publique.


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16. Le processus d'intégration européenne, initié après des siècles de conflits sanglants, a été accueilli par beaucoup avec espérance, comme un gage de paix et de sécurité. Cependant, nous mettons en garde contre une intégration qui ne serait pas respectueuse des identités religieuses. Tout en demeurant ouverts à la contribution des autres religions à notre civilisation, nous sommes convaincus que l'Europe doit rester fidèle à ses racines chrétiennes. Nous appelons les chrétiens européens d'Orient et d'Occident à s'unir pour témoigner ensemble du Christ et de l'Evangile, pour que l'Europe conserve son âme formée par deux mille ans de tradition chrétienne.

 

17. Notre regard se porte sur les personnes se trouvant dans des situations de détresse, vivant dans des conditions d'extrême besoin et de pauvreté, alors même que croissent les richesses matérielles de l'humanité. Nous ne pouvons rester indifférents au sort de millions de migrants et de réfugiés qui frappent à la porte des pays riches. La consommation sans limite, que l'on constate dans certains pays plus développés, épuise progressivement les ressources de notre planète. L'inégalité croissante dans la répartition des biens terrestres fait croître le sentiment d'injustice à l'égard du système des relations internationales qui s'est institué.

 

18. Les Eglises chrétiennes sont appelées à défendre les exigences de la justice, le respect des traditions des peuples et la solidarité effective avec tous ceux qui souffrent. Nous, chrétiens, ne devons pas oublier que «ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d'origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n'est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s'enorgueillir devant Dieu» (1 Co 1, 27-29).

 

19. La famille est le centre naturel de la vie humaine et de la société. Nous sommes inquiets de la crise de la famille dans de nombreux pays. Orthodoxes et catholiques, partageant la même conception de la famille, sont appelés à témoigner que celle-ci est un chemin de sainteté, manifestant la fidélité des époux dans leurs relations mutuelles, leur ouverture à la procréation et à l'éducation des enfants, la solidarité entre les générations et le respect pour les plus faibles.

 

20. La famille est fondée sur le mariage, acte d'amour libre et fidèle d'un homme et d'une femme. L'amour scelle leur union, leur apprend à se recevoir l'un l'autre comme don. Le mariage est une école d'amour et de fidélité. Nous regrettons que d'autres formes de cohabitation soient désormais mises sur le même plan que cette union, tandis que la conception de la paternité et de la maternité comme vocation particulière de l'homme et de la femme dans le mariage, sanctifiée par la tradition biblique, est chassée de la conscience publique.


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21. Nous appelons chacun au respect du droit inaliénable à la vie. Des millions d'enfants sont privés de la possibilité même de paraître au monde. La voix du sang des enfants non nés crie vers Dieu (cf. Gn 4, 10).

Le développement de la prétendue euthanasie conduit à ce que les personnes âgées et les infirmes commencent à se sentir être une charge excessive pour leur famille et la société en général.

Nous sommes aussi préoccupés par le développement des technologies de reproduction biomédicale, car la manipulation de la vie humaine est une atteinte aux fondements de l'existence de l'homme, créé à l'image de Dieu. Nous estimons notre devoir de rappeler l'immuabilité des principes moraux chrétiens, fondés sur le respect de la dignité de l'homme appelé à la vie, conformément au dessein de son Créateur.

 

22. Nous voulons adresser aujourd'hui une parole particulière à la jeunesse chrétienne. A vous, les jeunes, appartient de ne pas enfouir le talent dans la terre (cf. Mt 25, 25), mais d'utiliser toutes les capacités que Dieu vous a données pour confirmer dans le monde les vérités du Christ, pour incarner dans votre vie les commandements évangéliques de l'amour de Dieu et du prochain. Ne craignez pas d'aller à contre-courant, défendant la vérité divine à laquelle les normes séculières contemporaines sont loin de toujours correspondre.

 

23. Dieu vous aime et attend de chacun de vous que vous soyez ses disciples et apôtres. Soyez la lumière du monde, afin que ceux qui vous entourent, voyant vos bonnes actions, rendent gloire à votre Père céleste (cf. Mt 5, 14, 16). Eduquez vos enfants dans la foi chrétienne, transmettez-leur la perle précieuse de la foi (cf. Mt 13, 46) que vous avez reçue de vos parents et aïeux. N'oubliez pas que vous «avez été rachetés à un cher prix» (1 Co 6, 20), au prix de la mort sur la croix de l'Homme-Dieu Jésus Christ.


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24. Orthodoxes et catholiques sont unis non seulement par la commune Tradition de l'Eglise du premier millénaire, mais aussi par la mission de prêcher l'Evangile du Christ dans le monde contemporain. Cette mission implique le respect mutuel des membres des communautés chrétiennes, exclut toute forme de prosélytisme.

Nous ne sommes pas concurrents, mais frères: de cette conception doivent procéder toutes nos actions les uns envers les autres et envers le monde extérieur. Nous exhortons les catholiques et les orthodoxes, dans tous les pays, à apprendre à vivre ensemble dans la paix, l'amour et à avoir «les uns pour les autres la même aspiration» (Rm 15, 5). Il ne peut donc être question d'utiliser des moyens indus pour pousser des croyants à passer d'une Eglise à une autre, niant leur liberté religieuse ou leurs traditions propres. Nous sommes appelés à mettre en pratique le précepte de l'apôtre Paul: «Je me suis fait un honneur d'annoncer l'Évangile là où Christ n'avait point été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement d'autrui» (Rm 15, 20).

 

25. Nous espérons que notre rencontre contribuera aussi à la réconciliation là où des tensions existent entre gréco-catholiques et orthodoxes. Il est clair aujourd'hui que la méthode de l'«uniatisme» du passé, comprise comme la réunion d'une communauté à une autre, en la détachant de son Eglise, n'est pas un moyen pour recouvrir l'unité. Cependant, les communautés ecclésiales qui sont apparues en ces circonstances historiques ont le droit d'exister et d'entreprendre tout ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels de leurs fidèles, recherchant la paix avec leurs voisins. Orthodoxes et gréco-catholiques ont besoin de se réconcilier et de trouver des formes de coexistence mutuellement acceptables.

 

26. Nous déplorons la confrontation en Ukraine qui a déjà emporté de nombreuses vies, provoqué d'innombrables blessures à de paisibles habitants et placé la société dans une grave crise économique et humanitaire. Nous exhortons toutes les parties du conflit à la prudence, à la solidarité sociale, et à agir pour la paix. Nous appelons nos Eglises en Ukraine à travailler pour atteindre la concorde sociale, à s'abstenir de participer à la confrontation et à ne pas soutenir un développement ultérieur du conflit.

 

27. Nous exprimons l'espoir que le schisme au sein des fidèles orthodoxes d'Ukraine sera surmonté sur le fondement des normes canoniques existantes, que tous les chrétiens orthodoxes d'Ukraine vivront dans la paix et la concorde et que les communautés catholiques du pays y contribueront, de sorte que soit toujours plus visible notre fraternité chrétienne.

 

28. Dans le monde contemporain, multiforme et en même temps uni par un même destin, catholiques et orthodoxes sont appelés à collaborer fraternellement en vue d'annoncer la Bonne Nouvelle du salut, à témoigner ensemble de la dignité morale et de la liberté authentique de la personne, «pour que le monde croie» (Jn 17, 21). Ce monde, dans lequel disparaissent progressivement les piliers spirituels de l'existence humaine, attend de nous un fort témoignage chrétien dans tous les domaines de la vie personnelle et sociale. De notre capacité à porter ensemble témoignage de l'Esprit de vérité en ces temps difficiles dépend en grande partie l'avenir de l'humanité.

 

29. Que dans le témoignage hardi de la vérité de Dieu et de la Bonne Nouvelle salutaire nous vienne en aide l'Homme-Dieu Jésus Christ, notre Seigneur et Sauveur, qui nous fortifie spirituellement par sa promesse infaillible: «Sois sans crainte, petit troupeau: votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume» (Lc 12, 32)!

Le Christ est la source de la joie et de l'espérance. La foi en Lui transfigure la vie de l'homme, la remplit de sens. De cela ont pu se convaincre par leur propre expérience tous ceux à qui peuvent s'appliquer les paroles de l'apôtre Pierre: «Vous qui jadis n'étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, qui n'obteniez pas miséricorde et qui maintenant avez obtenu miséricorde» (1 P 2, 10).

 

30. Remplis de gratitude pour le don de la compréhension mutuelle manifesté lors de notre rencontre, nous nous tournons avec espérance vers la Très Sainte Mère de Dieu, en l'invoquant par les paroles de l'antique prière: «Sous l'abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, Sainte Mère de Dieu». Puisse la Bienheureuse Vierge Marie, par son intercession, conforter la fraternité de ceux qui la vénèrent, afin qu'ils soient au temps fixé par Dieu rassemblés dans la paix et la concorde en un seul Peuple de Dieu, à la gloire de la Très Sainte et indivisible Trinité!

 

Le 12 février 2016, à La Havane (Cuba)

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/02/12/01016-20160212ARTFIG00449-tete-a-tete-historique-entre-le-patriarche-russe-et-le-pape.php


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4 - Où en sont les rapports entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe russe. Vers un rapprochement ?

 

Le cahier juillet-août de l'excellente revue "La Nef" vient d'être mis en ligne. Au sommaire , un dossier consacré à l'orthodoxie russe. Avec l'aimable autorisation de la rédaction de "La Nef" nous vous proposons l'article de Vladimir Golovanow.  Où en sont les rapports entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe russe ? Pour ce dossier, un point de vue orthodoxe nous a semblé particulièrement intéressant.
« Je dis au patriarche Cyrile ‘si tu m’appelles, je viens’ » : "J'ai fait savoir au patriarche Cyrile que je voulais le rencontrer. ‘Je viendrai où tu diras; appelles-moi et je viendrai, lui ai-je fait transmettre. Il est d'accord sur le principe mais avec cette guerre /en Ukraine/ et les autres évènements la question de notre rencontre est passée au second plan. Mais nous voulons avancer ensemble." - Pape François, 30/11/2014

  

Le patriarche Cyrille a constaté avec satisfaction "le haut niveau des relations entre l'Église orthodoxe russe et l'Église catholique romaine, dicté par la nécessité d'unir les efforts des Orthodoxes et des Catholiques pour défendre les valeurs chrétiennes traditionnelles." Il a aussi souligné que la coopération entre Orthodoxie et Catholicisme a acquis une actualité particulière dans la défense des Chrétiens contre les persécutions.


Discours du patriarche Cyrille, 30 avril 2015. : "Nous avons traité de nombreux thèmes, surtout les relations entre l’Église orthodoxe russe et l’Église catholique. On a traité les différences et les défis du dialogue théologique entre les Églises orthodoxes et l’Église catholique. On a traité les défis de notre société, surtout la situation de la famille mais aussi beaucoup de défis au niveau culturel. On a approfondi des possibilités pour la collaboration culturelle et éthique entre l’Église orthodoxe russe et l’Église de Rome. On a aussi surtout parlé des problèmes politiques en Ukraine, en Syrie et au Moyen-Orient. "


Cardinal Kurt Koch après sa rencontre avec le patriarche Cyrille, 18 décembre 2013 : "Je pense que le Pape François a une volonté de dialogue avec l’Église orthodoxe. Il est désolé par ce qui se produit actuellement en Ukraine. Et, naturellement, il faut continuer à le rencontrer, ainsi que les autres dirigeants de l’Église catholique romaine."

Métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du Département des relations extérieures du patriarcat de Moscou.

Ces quatre citations résument assez bien la nécessité et les difficultés du dialogue entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe russe. Nous allons essayer d'en expliciter les points principaux.

***


 

_ Le rôle incontournable de l'Église russe dans l'Orthodoxie
Contrairement au Catholicisme, l'Orthodoxie n'a pas une structure centralisée autour d'un primat universel. Elle est organisée en 15(1) Églises autocéphales (indépendantes) unies entre elles par la communion dont les plus honorées ont le titre de patriarcats. Chacune dirigée par son propre primat entouré d'un synode et parmi eux le patriarche de Constantinople porte le titre de Patriarche Œcuménique et bénéficie d'une primauté d'honneur (Primus inter pares, premier entre les égaux) mais n'a aucun pouvoir sur les autres Églises. L'Église russe est clairement la plus puissante: elle compte environ150 millions de fidèles (soit plus de la moitié, voire les deux tiers, des orthodoxes du monde estimés à 250 - 300 million), plus de 35 000 paroisses desservies par près de 40 000 clercs, 330 évêques et plusieurs écoles théologiques de haut niveau . Elle a donc un poids prépondérant dans le monde orthodoxe.
(2)14 pour certains car la dernière-née, l'Église Orthodoxe en Amériques (OCA, cf. http://oca.org/) n'est pas reconnue comme autocéphale par toutes les Églises orthodoxes

Fondée il y a mille ans, l'Église russe a subi bien des vicissitudes historiques: soumise au pouvoir impérial du XVIIIe au XXe siècles (Pierre le Grand avait remplacé le patriarche élu pas ses paires par un fonctionnaire nommé par l'empereur), martyrisée et quasiment détruites par le pouvoir bolchévique athée (il n'y avait plus que quatre évêques en liberté en 1930 et ses milliers de néomartyrs sont en cours de canonisation), sa résurrection après 1991, son indépendance du pouvoir et sa puissance actuelles tiennent du miracle.


 

_ Une confrontation historique
L'Église orthodoxe russe fut fondée par Constantinople qu'elle suivit donc lors du Grand Schisme de 1054. Lors du concile commun de Ferrare-Florence (1439), le primat de l'Église russe adhéra à l’Union avec Rome, comme la plupart des hiérarques orthodoxes présents, mais il fut désavoué et destitué par le grand-prince de Moscou qui en profita pour libérer l’Église russe de la tutelle de Constantinople ; cette indépendance fut reconnue en conférant à l'Église russe le titre de patriarcat de Moscou et de toutes les Russies en 1589). Et c'est la suite de ces évènements qui va envenimer la discorde en Ukraine occidentale: le patriarcat de Moscou est le continuateur de la chaire métropolitaine de Kiev, alors que toute la région était annexée au royaume lituano-polonais depuis le XIVe siècle.

 

L'Eglise orthodoxe de ces territoires fut dès lors soumise à la pression de l'autorité royale, catholique, pour la séparer de Moscou et l'unir à Rome, si bien que la majorité des évêques signèrent l'Union avec Rome (Brest-Litovsk, 1596). Les Orthodoxes récalcitrants subirent alors une répression sévère: ils furent privés de tous droits religieux et les biens ecclésiaux, églises, monastères passèrent aux "uniates". Ces persécutions contre les Orthodoxes devinrent un abcès permanent entre Rome et l'Église russe et la confrontation se doubla d'un conflit militaire qui culmina lors de l'occupation de Moscou par les Polonais en 1610 et ne s'éteignit qu'avec les partages de la Pologne (1773-1795)

La plus grande partie de l'Ukraine actuelle fut alors rattachée à la Russie et les autorités impériales favorisèrent le retour à l'Orthodoxie de centaines de paroisses "uniates" tout au long du XIXe siècle. Mais cette Eglise fut au contraire favorisée dans les provinces occidentales rattachées à l'Autriche-Hongrie: le décret impérial de 1774 lui attribua les mêmes droits qu'à l'Eglise latine, majoritaire dans l'empire. (Cette Église fut alors dénommée "grecque-catholique pour distinguer des latins ces catholiques qui gardaient le rite grec-byzantin avec clergé marié, Credo sans "filioque", etc. Des Eglises "grecques-catholiques" furent aussi fondées dans d'autres régions de l'empire austro-hongrois (Roumanie, Slovaquie…) mais l'Église ukrainienne reste la plus importante.)


 

_ Martyr des Églises au XXe siècle et abcès de fixation :
En Ukraine: le métropolite orthodoxe de Kiev Vladimir fut l'un des premiers martyrs du pouvoir bolchévique et la métropole de Kiev subit le martyr de l'Eglise russe, l'Ukraine étant particulièrement frappée par la collectivisation et la famine ("Holodomor") . En Ukraine occidentale, annexée par la Pologne entre 1922 et 1945, les Eglises orthodoxe et grecque-catholique furent réprimées dans le cadre de la politique de polonisation du pays. Des paroisses qui avaient rejoint l'orthodoxie au XIXe se virent confisquer leurs églises.

Après l'annexion de 1945, l’Eglise grecque-catholique d’Ukraine fut accusée de collaboration avec les nazis et dissoute par Staline. Prêtres, évêques et édifices religieux furent incorporés à l'Eglises orthodoxe, 1500 clercs, des centaines de religieux, des milliers de laïcs furent arrêtés, déportés, exécutés. L’Eglise orthodoxe, elle-même persécutée, entérina la situation. Le primat de l'Église grecque-catholique, réfugié au Vatican, fut élevé à la dignité de "Métropolite majeur" et pu prononcer des homélies quotidiennes en ukrainien sur radio-Vatican, ce qui provoqua plusieurs crises entre l'Église russe et le Vatican quand les relations furent renouées après 1965.

L’Eglise grecque-catholique d’Ukraine a pu renaitre en 1989, après la visite du président de l'URSS, Mikhaïl Gorbatchev, à Jean Paul II. Arès l'indépendance (1991) les gréco-catholiques "ont carrément privé d'église les communautés orthodoxes dans certaines villes et villages /VG: là où les églises orthodoxes avaient été détruites par le pouvoir soviétique/ et, malheureusement, cette situation perdure…" souligne le représentant du patriarcat de Moscou.

 

La demande du statut de "patriarcat de Kiev" n'aboutit pas en 1993 devant les protestation de Moscou et du patriarche de Constantinople qui écrivit au Pape que «cela fera sauter en éclats les tentatives de poursuite du dialogue» et « fera revenir le climat d'hostilité qui régnait il y a quelques décennies » , mais le siège de l'Église a été transféré de Lviv à Kiev en 2005 et le titre du primat a évolué "d'Archevêque majeur de Lviv" à "Archevêque majeur de Kiev et de Galicie", provoquant la protestation de patriarcat de Moscou. Pour finir l'Église grecque-catholique a pris parti pendant les évènements de 2014, provoquant une nouvelle crispation de l'Église russe, le patriarche de Moscou Cyrille déclarant que l'Église grecque-catholique se livre à des activités politiques directes, ce qui jette « une ombre très mauvaise» sur les relations entre l’Église russe et le Vatican.


En Russie même : le catholicisme avait été pratiquement éliminé en URSS avant la guerre; le dernier de ses hiérarques fut supprimé dès 1927 et seules deux communautés fonctionnaient à Moscou et à Leningrad…

Mais un grand nombre de Catholiques de Lituanie, Biélorussie et Ukraine se retrouvèrent en URSS après la guerre et ils furent persécutés, surtout après la déclaration de Pie XII sur l’incompatibilité du communisme-stalinisme avec le christianisme (juillet 1949); les déportations se multiplièrent et la plupart des lieux de cultes furent fermés.

Là aussi le dégel et l'établissement de relations diplomatiques entre la Russie et le Vatican permirent la réouverture de communautés à travers tout le pays. On compte actuellement près de cinq cents paroisses organisées en quatre diocèses depuis 2002, mais l'Église orthodoxe conteste la création d'une "structure centralisée de l'Eglise catholique en Russie" en accusant Rome de prosélytisme.

 

 

_ Le revirement de la position catholique vis-à-vis de l'Orthodoxie
Pourtant la position de l'Église catholique vis-à-vis de l'Orthodoxie a beaucoup évolué. Alors que durant pratiquement tout le 2ème millénaire elle a violemment combattu les positions orthodoxes comme hérétiques (sac de Constantinople par les Croisé en 1204, Concile de Lyon 2 condamnant ceux qui nient le "filioque" en 1274, le projet uniate conçu comme un moyen de soumettre à Rome les Orthodoxes qui ont rejeté l'Union de Ferrare, promulgation des nouveaux dogmes de l'Immaculée Conception et de l'Infaillibilité pontificale (1854-70) qui vont à l'encontre de la théologie orthodoxes… tout justifie l'appel de l'évêque de Limoges exhortant les troupes de Napoléon III partant en Crimée à "extirper le schisme photien" ,) la position changea radicalement au concile Vatican 2 (1962-65).


"Les relations des Églises orthodoxe et catholique-romaine ne se trouvent plus depuis lors dans un état de schisme accompli, mais seulement dans une rupture de communion, ce qui ouvre la perspective d’un dialogue théologique bilatéral entre elles, qui peut mener vers le rétablissement de la communion ecclésiale" . Et nous en arrivons à l'accolade entre le Pape de Rome et le patriarche œcuménique de Constantinople et à la levée des anathèmes de 1054 en 1965.
L'Église russe a immédiatement profité de cette ouverture.



_ Le dialogue bilatéral avec l'Église russe
Bien que le KGB accuse le soutien du Vatican à l'Église gréco-catholique d'Ukraine, d'entretenir l'agitation des fidèles demandant la réouverture de leurs églises, l'Église russe entame un dialogue très actif dès 1962. Sa délégation est la première des délégations orthodoxes à participer comme observateur au Concile de Vatican 2 et son représentant est reçu en audience privée par Paul VI; une première conférence théologique mixte se tient à l'Académie de théologie de St Petersbourg en 1967 et la possibilité d'une visite du Pape en URSS est officieusement posée; à partir de 1972 l'Église russe participe activement au mouvement Pax Christi . Il faut dire que la propagande soviétique utilise alors l'Église pour promouvoir ses positions pacifistes.

Le pape polonais Jean-Paul II se montre très actif vis à vis de l'Orthodoxie, parlant des deux poumons de l'Église, et d'Églises-sœurs et multipliant les contacts. Mais il soutient aussi l'Eglise gréco-catholique, ce qui provoque plusieurs crises dans les relations avec l'Eglise russe(3) et plusieurs tentatives de rencontre entre le Pape et le patriarche de Moscou capotent malgré le beau geste du pape rendant l'icône très vénérée de Notre Dame de Kazan en 2004
(3)Annulation d'une rencontre de théologiens orthodoxes et catholiques à Odessa en 1979, absence de la délégation russe à la 4ème réunion de la Commission Théologique mixte à Bari en 1986 …

Mais le dialogue se développe aussi dans le cadre général des discussions entre l'Orthodoxie et le Catholicisme et en particulier de la «Commission mixte internationale pour le dialogue théologique»(4). Un document particulièrement important a été adopté sur «L’uniatisme, méthode d’union du passé, et la recherche actuelle de la pleine communion»: (Balamand, 1993): "Il contient plusieurs recommandations pratiques visant à réduire la tension entre orthodoxes et catholiques dans certaines régions. Hélas, ces recommandations sont souvent restées lettre morte: en pratique, certains gréco-catholiques n’ont pas souhaité les suivre, bien au contraire…" écrit le représentant du patriarcat de Moscou en 2009.

Fondée en 1980, cette Commission est composée de 56 membres (2 pour chacune des 14 églises orthodoxes, 28 pour l'Église catholique), elle s'est réunie 13 fois de 1980 à 2014. Cf. http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/chrstuni/sub-index/index_orthodox-ch_fr.htm/

 


_ La situation actuelle
L'Église russe se libère de la tutelle de l'état en 1991 et, après une dizaine d'années consacrées à son raffermissement, elle prend toute sa place dans le dialogue religieux international. En août 2000 le concile épiscopal adopte une véritable charte des relations avec les autres confessions chrétiennes qui précise:
Le dialogue avec l'Église catholique romaine est fondé et doit rester fondé à l'avenir sur le maintien de la succession apostolique des ordinations. En même temps il apparaît indispensable de prendre en considération le caractère du développement des bases doctrinales et de l'ethos de l'Église catholique romaine qui va assez souvent à l'encontre de la Tradition et de l'expérience spirituelle de l'Église Ancienne.


Le dialogue théologique avec l'Église catholique romaine doit se poursuivre parallèlement à l'examen des problèmes les plus considérables affectant les relations bilatérales. Les sujets les plus brûlants à l'heure actuelle demeurent la question du prosélytisme et le problème uniate. Actuellement et dans un futur proche, une des formes de collaboration les plus prometteuses avec l'Église catholique romaine est l'affermissement des liens régionaux existants avec les diocèses et les paroisses catholiques. Une autre forme de collaboration pourrait être la création ou le développement des liens existant déjà avec les Conférences épiscopales catholiques. 

Ce document devient le véritable vade-mecum des relations entre les deux Églises, d'autant que le métropolite Cyrille de Smolensk, qui en fut le maître d'œuvre, sera élu patriarche de Moscou en 2009. 



_ Le dialogue s'approfondi au plus haut niveau après cette élection, en particulier avec la nomination du métropolite Hilarion de Volokolamsk au poste de directeur du Département des Relations Ecclésiales Extérieures (DREE), véritable ministères des affaires étrangères du patriarcat de Moscou où il secondait précédemment le métropolite Cyrille. Très dynamique et polyglotte, le métropolite Hilarion multiplie rencontres, déplacements et déclarations en faveur du dialogue avec l'Église catholique. Dans une conférence très récente le métropolite souligne que "Le dialogue avec l'Église catholique est le plus prometteur /des dialogues interchrétiens/ car le catholicisme reste attaché à la Tradition et l'amélioration des relations vient de l'accent mis sur ce qui réunit et non ce qui divise: un héritage commun qui permet aux deux confessions de témoigner ensemble des valeurs permanentes de l'Évangile. C'est une "alliance stratégique" (sic) où il n'est pas prévu d'union formalisée, impossible actuellement, mais il faut apprendre à agir comme des alliés face aux défis du monde.

Et intervenant en 2014 au synode des évêques catholiques consacré aux « défis pastoraux de la famille» le métropolite précise les deux axes de ces actions communes: "Le plus important actuellement c'est la défense des Chrétiens en Afrique et au Moyen Orient qui subissent des persécutions inouïes, mais aussi la défense des valeurs chrétiennes et la lutte contre la discrimination des Chrétiens qui prend de plus en plus d'ampleur en Europe occidentale… Je veux espérer que nous saurons surmonter nos désaccords internes pour agir ensemble là où se pose la question du présent et de l'avenir du Christianisme."


_ La confrontation continue sur le territoire de l'ex-URSS : l'Église russe y est en position dominante et la coexistence est loin d'être satisfaisante. Outre le conflit ouvert en Ukraine, il y a beaucoup de méfiance de la part des fidèles Orthodoxes vis-à-vis des catholiques à qui ils reprochent les conflits historiques et leur présence actuelle vécue comme du prosélytisme. Les instances locales de l'Église russe ignorent d'ailleurs totalement les communautés catholiques locales: il n'y a pratiquement aucun contact au niveau des paroisses ou des diocèses et, le catholicisme n'étant pas reconnu comme "religion traditionnelle", il n'y a pas de représentants dans les instances interreligieuses.

Cela se passe clairement mieux dans les pays à majorité catholique comme la France: les contacts entamés depuis les années 1920, avec l'arrivée des émigrés russe-blancs majoritairement orthodoxes, se sont beaucoup développés après le virage de Vatican II. Des échanges pastoraux et manifestations communes ont lieu régulièrement à tous les niveaux et de nombreuses paroisses orthodoxes sont hébergées dans des locaux mis à disposition par les diocèses catholiques.

Le meilleur exemple de cette fructueuse collaboration sera certainement le séminaire ouvert par l'Église russe en 2009 à Épinay-sous-Sénart. Sa devise est tout un programme: "Au service de la formation et de la rencontre des chrétiens d'Orient et d'Occident" et tant la formation mixte (avec l'université catholique de Paris) que les nombreuses manifestations organisées avec les catholiques sont certainement le meilleur chemin vers une unité de cœur. «Je souhaite que le schisme entre Orient et Occident touche à sa fin, cette séparation est une grande souffrance pour moi. J’ai des amis prêtres catholiques et des amis prêtres orthodoxes et je souffre que nous ne puissions partager le sacerdoce et l’unité ecclésiale,» avait d'ailleurs clairement déclaré son recteur en 2013…


Rédigé par Parlons D'orthodoxie le 25 Septembre 2015 / Vladimir Golovanow/ Lien " La NEF" le n°272 de juillet-août 2015

 

http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/LA-NEF-Ou-en-sont-les-rapports-entre-l-Eglise-catholique-et-l-Eglise-orthodoxe-russe-Vers-un-rapprochement_a4461.html

 

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Monde - Le pape et le patriarche russe à Cuba pour une rencontre historique - 1

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