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MODELE DE PAIX ET MODELE DE DEVELOPPEMENT QUELQUES REFERENCES AFRICAINES OU MONDIALES

VIVRE SANS FAIRE DU MAL EST POSSIBLE (Religion et autres)


Publié le 04/12/2017 à 09:58:55
EGLISE CATHOLIQUE/ PAPE FRANCOIS : voyage pastoral du pape François au Myanmar et au Bangladesh (sur fond de racisme et d’exclusion)




« En Birmanie, le Pape appelle les bouddhistes à dépasser «préjugés» et «haine» : François s'est entretenu mercredi avec la «Sangha», la plus haute instance bouddhiste du pays. Constatant que «les blessures des conflits, de la pauvreté et de l'oppression subsistent et créent de nouvelles divisions», le Pape a appelé à «ne jamais se résigner» car il existe «dans nos traditions spirituelles respectives» un «chemin» qui conduit «à la guérison, à la compréhension mutuelle et au respect». Cette «voie» est «fondée sur la compassion et sur l'amour». Le Pape a ainsi établi un parallèle entre les paroles de Bouddha - «vaincs le méchant avec la bonté» -, et celles de saint François d'Assise - «là où est la haine, que je porte l'amour». »

  

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1 - En Birmanie, le Pape appelle les bouddhistes à dépasser «préjugés» et «haine»

 

François s'est entretenu mercredi avec la «Sangha», la plus haute instance bouddhiste du pays. Le pape François, reçu mercredi par le Conseil suprême «Sangha» des moines bouddhistes du Myanmar à Rangoun, a dit «son estime» pour «tous ceux qui vivent de la tradition religieuse du bouddhiste» mais a insisté pour qu'une coopération s'établisse entre ces deux religions pour «réaffirmer notre engagement pour la paix, le respect de la dignité humaine et la justice pour chaque homme et chaque femme». «L'Église catholique est un partenaire disponible!» a-t-il lancé.

Constatant que «les blessures des conflits, de la pauvreté et de l'oppression subsistent et créent de nouvelles divisions», le Pape a appelé à «ne jamais se résigner» car il existe «dans nos traditions spirituelles respectives» un «chemin» qui conduit «à la guérison, à la compréhension mutuelle et au respect». Cette «voie» est «fondée sur la compassion et sur l'amour». Le Pape a ainsi établi un parallèle entre les paroles de Bouddha - «vaincs le méchant avec la bonté» -, et celles de saint François d'Assise - «là où est la haine, que je porte l'amour».


 

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_ Aucune référence au contexte birman

Devant les représentants de plus de 500.000 moines birmans, le pape François a alors martelé: «Nous ne pouvons pas rester isolés les uns des autres» car «il est nécessaire de dépasser toutes les formes d'incompréhensions, d'intolérance, de préjugé, de haine.» «Nous ne pouvons accepter que le terrorisme et l'extrémisme puisse naître dans une certaine foi religieuse»// Bhaddanta Kumarabhivamsa, le président des moines.


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Ce rapprochement pour «guérir les blessures des conflits» dépasse toutefois «les prérogatives des leaders religieux» et «la compétence de l'État». Mais, a précisé François, il est de «la responsabilité particulière des leaders civils et religieux d'assurer que chaque voix soit entendue» dans un «esprit d'impartialité et de solidarité réciproque». Dans son discours d'introduction, le président des moines, Bhaddanta Kumarabhivamsa, a fortement dénoncé le fait que «le terrorisme et l'extrémisme soient mis en œuvre au nom de croyances religieuses». Ajoutant: «Nous ne pouvons accepter que le terrorisme et l'extrémisme puissent naître dans une certaine foi religieuse» et «nous tous devons dénoncer toutes les formes d'expressions qui incitent à la haine, les fausses propagandes, les conflits et les guerres pour des raisons religieuses.»

 

Ce responsable bouddhiste, à la tête de ce conseil religieux - structurellement lié au gouvernement - n'a fait aucune référence au contexte birman, ni aux dérives du mouvement bouddhiste Ma Ba Tha, foncièrement antimusulman, que ce conseil a déjà condamné à plusieurs reprises. Depuis plusieurs années, Ma Ba Tha a poussé les feux de la crise des Rohingyas, minorité musulmane qui a été chassée en août dernier par l'armée vers le Bangladesh. Le Pape rencontrera les représentants des Rohingyas lors de son séjour dans ce pays à partir de jeudi.

 

Par Jean-Marie Guénois / Mis à jour le 29/11/2017/ Publié le 29/11/2017

 

http://www.lefigaro.fr/international/2017/11/29/01003-20171129ARTFIG00189-en-birmanie-le-pape-appelle-les-bouddhistes-a-depasser-prejuges-et-haine.php

 

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 2 - En Birmanie, « je n’ai pas négocié la vérité », affirme le pape François

 

Dans l’avion du retour de sa visite en Birmanie et au Bangladesh, le pape a confié avoir « pleuré » en rencontrant des Rohingya. En Birmanie, le pape François a pu dire ce qu’il voulait à qui il voulait, et il estime que son message est bien passé auprès de ses interlocuteurs. Dans l’avion qui le ramenait de sa visite de six jours au Myanmar (l’autre nom de la Birmanie) et au Bangladesh, samedi 2 décembre, devant des journalistes, le chef de l’Eglise catholique a dressé un bilan positif de son périple, dominé par le sort des Rohingya, des populations musulmanes chassées par centaines de milliers de l’ouest de la Birmanie par une répression qualifiée de « nettoyage ethnique » par l’ONU et les organisations humanitaires.

 

Le pontife est revenu sur le reproche qui lui a été fait de ne pas employer la dénomination « Rohingya » sur le sol birman, alors même qu’il était venu plaider leur cause auprès des autorités. Pour l’Etat birman, qui refuse leur refuse la nationalité, et pour une bonne partie de la population, en grande majorité bouddhiste, qui les considère comme des immigrés illégaux venus du Bangladesh, les appeler ainsi revient à les reconnaître comme une composante de la mosaïque ethnique et culturelle birmane, ce qu’ils refusent. François a commencé par rappeler qu’il avait employé ce terme à plusieurs reprises depuis le début de l’année, place Saint-Pierre : « [Avant que je n’arrive] on savait déjà ce que je pensais ». « Ce qui m’intéresse, c’est que le message parvienne [à mes interlocuteurs birmans]. Si j’avais prononcé ce mot dans un discours officiel, je leur aurais fermé la porte au nez. » Et, selon lui, le message ne serait pas passé.

 

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_ Entretiens privés

Le pape a donc choisi de s’abstenir de le prononcer en public. Mais l’a-t-il fait lors de ses entretiens privés avec ses interlocuteurs institutionnels, et notamment avec le général Min Aung Hlaing, le chef de l’armée et, à ce titre, responsable de l’action des militaires dans l’Etat Rakhine ?

« J’ai utilisé les mots pour arriver à [faire passer] le message. Quand j’ai vu que le message était accepté, j’ai osé dire tout ce que je voulais dire. » Avec lui, a insisté le pontife, « je n’ai pas négocié la vérité. Je l’ai fait de telle sorte qu’il comprenne un peu que la voie des époques sombres, aujourd’hui, n’est pas viable. Ça a été une belle rencontre, civilisée, et le message est parvenu. » François est revenu sur sa rencontre avec seize réfugiés, vendredi, à Dacca, à l’occasion d’une prière interreligieuse, au terme de laquelle il a prononcé le mot « Rohingya ». Ces réfugiés avaient été amenés d’un camp de la région de Cox’s Bazar.


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« JE PLEURAIS, JE CHERCHAIS À CE QUE CELA NE SE VOIE PAS. EUX PLEURAIENT AUSSI. » « [Cette rencontre] n’était pas programmée comme cela. Je savais que je rencontrerais les Rohingya, je ne savais pas où et comment. Mais pour moi, c’était une condition du voyage. » « La prière interreligieuse a préparé nos cœurs. Nous étions religieusement très ouverts. Moi du moins je me sentais ainsi. Ils sont venus me saluer, en file indienne. Et subitement on a voulu les chasser de l’estrade et là, je me suis mis en colère. (…) Et ils sont restés là. Je les ai écoutés un à un. Je commençais à sentir des choses à l’intérieur de moi. Je me suis dit : je ne peux pas les laisser partir sans leur dire un mot. J’ai demandé le micro. J’ai commencé à parler, je ne me souviens plus ce que j’ai dit. Je sais qu’à un certain moment j’ai demandé pardon. A deux reprises. A ce moment je pleurais, je cherchais à ce que cela ne se voie pas. Eux pleuraient aussi. L’un d’entre eux a dit une prière. » 

« J’ai senti que le message était passé. Avez-vous les couvertures des journaux [bangladais] ? Je n’ai pas entendu de critique. »

 

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_ « C’est grand, ce que fait le Bangladesh »

Le pape a indiqué qu’il aurait souhaité se rendre dans un camp de réfugiés mais que cela n’avait pas été possible. Il a rendu hommage au Bangladesh, qui accueille sur son sol, dans des camps de réfugiés, un million de Rohingya ayant fui les persécutions : « C’est grand, ce que fait le Bangladesh pour eux est grand, un exemple d’accueil. Un pays petit, pauvre, qui a reçu 700 000 personnes [depuis l’été] : je pense aux pays qui ferment les portes. Nous devons êtrereconnaissants de l’exemple qu’ils nous ont donné. »


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Interrogé sur l’existence de groupes islamistes parmi les Rohingya, il a répondu : « Oui, il y avait des groupes terroristes là-bas qui essayaient de profiter de la situation des Rohingya, qui sont des personnes de paix. Comme dans toutes les ethnies, toutes les religions, il y a toujours un groupe fondamentaliste. Nous aussi les catholiques nous en avons. Les militaires justifient leur intervention à cause de ces groupes, je n’ai pas parlé avec ces gens, j’ai parlé avec les victimes, les victimes étaient le peuple rohingya qui, d’un côté, souffrait de la discrimination, et de l’autre, était défendu par les terroristes. Les pauvres ! (…) Ceux qui se sont enrôlés dans Daech, c’est un petit groupe fondamentaliste extrémiste. C’est ça que font les fondamentalistes, ils justifient l’intervention qui a détruit les bons comme les méchants. »

 

LE MONDE/ 03.12.2017 / Mis à jour le 03.12.2017/ Par Cécile Chambraud (à bord du vol papal, envoyée spéciale)

 

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/12/03/en-birmanie-je-n-ai-pas-negocie-la-verite-affirme-le-pape-francois_5223820_3216.html


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3 - Le Pape François invite les jeunes du Bangladesh à vivre selon la sagesse de Dieu

 

Tout comme avant-hier en Birmanie, la visite du Pape François au Bangladesh s’est achevée aujourd’hui avec une rencontre entre le Pape et les jeunes, à l’université Notre-Dame. 7000 jeunes, des catholiques, mais aussi des musulmans et des croyants d’autres religions, ont participé à un temps festif marqué par des danses et des témoignages. Le Pape n’a pas caché son plaisir en déclarant «Je me sens rajeunir chaque fois que je vous rencontre !». Et à quelques instants de reprendre l’avion pour Rome, le Pape a articulé son discours autour de la notion de «voyage».

 

Le Pape François qui avait été professeur de lettres et de psychologie dans ses années de noviciat jésuite, a renoué avec sa vocation d’éducateur en invitant les jeunes étudiants à ne pas «divaguer sans but», et à choisir la bonne voie en utilisant la sagesse qui nait de la foi. Devant ces étudiants, parmi lesquels de futurs ingénieurs, le Pape a utilisé une métaphore informatique en déclarant que Dieu a mis en quelque sorte en nous «un logiciel qui nous aide à discerner son programme divin», un logiciel qui doit être régulièrement mis à jour en écoutant le Seigneur. Pour atteindre cette sagesse, «nous devons regarder le monde, nos situations, nos problèmes avec les yeux de Dieu, écouter les autres avec les oreilles de Dieu, aimer avec le cœur de Dieu, et évaluer les choses avec les valeurs de Dieu». Il ne faut pas pour autant «se replier dans son petit monde», parce que quand un peuple, une religion ou une société deviennent un petit monde fermé, les personnes sombrent dans l’arrogance, et dans des discours binaires du type «je suis bon, tu es mauvais».


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La sagesse de Dieu doit nous ouvrir aux autres et nous aider à voir au-delà de notre confort et des fausses sécurités. François a insisté aussi sur l’écoute réciproque entre les jeunes et les plus anciens. Nous faisons partie d’une longue chaîne de transmission, et il ne faut pas vivre accroché à son téléphone portable, mais avoir conscience que la réalité est plus grande que nos individualités. «En regardant vos visages, je suis plein de joie et d’espérance, pour vous, pour votre pays, pour l’Église et pour vos communautés»«Que Dieu bénisse le Bangladesh», a conclu le Saint-Père, avant de repartir vers l’aéroport.

 

(CV)/ (RV)/ 02/12/2017

 

http://fr.radiovaticana.va/news/2017/12/02/voyage_bangladesh_la_rencontre_avec_les_jeunes/1352544

 

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4 - Pape François : «J'ai pleuré en demandant pardon aux Rohingyas»

 

Dans l'avion du retour vers Rome, le pape François s'est livré à une longue conférence de presse où il est revenu sur les étapes fortes de son voyage en Birmanie et au Bangladesh. Rencontrer des représentants Rohingyas était pour lui « ‘La' condition du voyage ». C'est l'ultime rituel des voyages du pape. Il est presque devenu une institution. A peine décollé dans l'avion du retour vers Rome, le pape François, quel que soit son état de fatigue, ne raterait pour rien son rendez-vous avec la presse qui l'accompagne. Les questions des journalistes sont posées par groupes linguistiques. Selon le temps de vol le pape accorde, un quart d'heure et parfois près d'une heure comme ce fut le cas samedi soir, 2 décembre 2017, lors de son retour du Myanmar et du Bangladesh, le 21ieme voyage du pontificat.

 

François semble toutefois moins apprécier que les journalistes posent des questions qui ne concernent pas le voyage. Non qu'il refuse de répondre tout azimut comme il le faisait volontiers au début de son pontificat - au risque, parfois, de formulations hasardeuses -, mais samedi soir, il a lui-même a imposé cette restriction. Très concentré sur son voyage il souhaitait ne pas sortir de ce sujet. Sa mise au point fut d'ailleurs exprimée assez sèchement après une question sur le nucléaire. Il y a répondu mais ce fut le seul «hors sujet» de cette conférence de presse.

 

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_ Deux pays, onze discours et vingt-quatre cérémonies en six jours

Sur un autre plan le pape est apparu très normalement fatigué après un tel marathon et surtout très présent. Il ne toussait plus comme ce fut le cas au début de cette semaine asiatique. Celui qui fêtera son 81° anniversaire, dans deux semaines, le 17 décembre prochain, a donc une nouvelle fois démontré une incroyable énergie et une très forte capacité de résistance. En six jours, il aura visité deux pays chauds, prononcé onze discours et présidé la bagatelle de vingt-quatre cérémonies!

 

Un dernier détail : il est d'usage que la compagnie aérienne du pays visité raccompagne le pape à Rome, alors qu'Alitalia tient toujours le monopole de l'aller. Samedi soir, un large Boing 777 de Bangladesh Airlines, Biman, accueillait donc le pape catholique pour un trajet de neuf heures. Ce qui fut l'occasion d'une scène très cocasse: alors que tous les journalistes attendaient le pape pour la conférence de presse par le côté gauche de l'appareil - l'homme en blanc occupe le premier siège près de la porte avant sur le flanc gauche de l'appareil - un membre de l'équipage, en costume de pilote, trois barrettes, la barbe bien taillée, sans casquette mais coiffé d'un chapeau musulman blanc et revêtu d'un pantalon laissant apparaître nettement ses chevilles, est soudainement apparu par le côté droit de la carlingue avec un petit… tapis à la main! Il s'est rendu le plus naturellement du monde au fond de l'avion pour accomplir sa prière, à l'heure dite et en direction de la Mecque, toujours indiquée dans les compagnies de pays musulmans. Le pape arriva presque aussitôt et sa conférence de presse commença!


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_ Un «silence» calculé sur les «Rohingyas»

Interrogé sur le fait que le pape ait longuement attendu avant de prononcer le mot «Rohingyas» - du nom de cette ethnie musulmane dont 620 000 ressortissants sont actuellement réfugiés au Bangladesh après avoir été chassés militairement du Myanmar fin août 2017 - il a commencé par se justifier. François avait «déjà parlé» de ce sujet sur la place Saint-Pierre, le 27 août 2017. «On savait donc ce que je pensais sur le sujet». Mais «la chose la plus importante pendant ce voyage était que le message passe». Et pour cela «il fallait dire les choses pas à pas». Et d'observer: «j'ai compris que si j'avais prononcé ce mot dans un discours officiel» ou «si j'avais lancé publiquement une dénonciation» cela aurait interrompu le dialogue car «l'agressivité ferme les portes». Le pape a donc préféré «décrire des situations», évoquer des questions de «droits», de «citoyenneté», «ce qui m'a permis d'aller plus loin lors des entretiens privés». Au total, il s'est estimé «satisfait» du résultat: «Le message est passé».

 

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_ «Quand j'ai demandé pardon aux Rohingyas, je pleurais»

Le Pape a aussi raconté pourquoi lors d'une cérémonie interreligieuse, vendredi soir à Dacca, dans la capitale du Bangladesh, il avait fini par lancer ce cri en faveur des Rohingyas: il leur a demandé «pardon» mais il ajouté cette phrase marquante: «Aujourd'hui, la présence de Dieu, s'appelle aussi Rohingyas» (nos éditions du 2 décembre). Ce moment fut la clé déplacement. François a alors révélé que cette rencontre avec les 16 représentants de l'ethnie Rohingyas était pour lui «‘La' condition du voyage». Il fut même question, dans un premier temps, d'aller les rencontrer, sur place, dans un camp: «j'aurais aimé m'y rendre, a-t-il témoigné, les choses ont été étudiées mais cela n'a pas été possible».

 

Finalement des «tractations» avec «le gouvernement du Bangladesh» ont permis le transfert de ces réfugiés de leur camp vers la capitale à la rencontre du pape. François «très heureux» de pouvoir les saluer «un à un» a toutefois glissé qu'il avait dû «se fâcher» - «je suis un pêcheur» a-t-il alors noté - quand «quelqu'un qui n'était pas du gouvernement» demanda à ces seize Rohingyas de redescendre de l'estrade. Le pape s'est interposé en rétorquant: «respect! respect!». Puis, «voyant que je ne pouvais pas les laisser partir sans leur dire un mot j'ai demandé le micro et j'ai commencé à parler… Je sais que j'ai demandé pardon à deux reprises (verbatim du message dans nos éditions du 2 décembre ndlr.) mais je ne me souviens plus de ce que j'ai dis. Je pleurais à ce moment-là… je cherchais à ne pas le montrer mais eux aussi, pleuraient». Et François de conclure «le message est finalement passé! Une partie était programmée, l'autre a été spontanée. Toutes les couvertures des journaux en ont parlé. Je n'ai pas entendu de critiques.»


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_ Daech serait-il infiltré chez les Rohingyas?

François a reconnu que des «groupes terroristes essayaient de profiter de la situation Rohingyas qui sont des personnes de paix». Précisant alors «il y a toujours un groupe fondamentaliste dans toutes les ethnies et dans toutes les religions. Nous aussi, les catholiques, nous en avons.» Il a surtout constaté que «les militaires justifiaient leur intervention à cause de ces groupes» mais qu'il «n'avait pas parlé avec ces gens» fondamentalistes mais avec «les victimes que sont le peuple Rohingyas». Car, «d'un côté, ils souffrent de la discrimination et de l'autre on les accuse d'être défendus par les terroristes». Si «des Rohingyas sont enrôlés dans Daech, cela représente un groupe fondamentaliste extrémiste très peu nombreux».

 

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_ «Je n'ai pas négocié la vérité» avec le général Birman

Interrogé sur le contenu de ses conversations privées avec le général Min Aung Hlaing, le chef de l'armée du Myanmar, le pape n'a pas levé le coin du voile mais a tout de même précisé: «Ce général a demandé à parler. Je l'ai reçu. Je ne ferme jamais la porte. Tu demandes à parler, tu viens. On ne perd jamais à parler. On gagne toujours. Ce fut une belle conversation. Je ne peux pas en parler car elle était privée. Mais je n'ai pas négocié la vérité. Je l'ai fait de telle sorte qu'il comprenne un peu que la voie choisie lors de la mauvaise période [la dictature militaire, ndlr. ], si elle était aujourd'hui restaurée, ne serait pas viable. Ce fut une belle rencontre, civilisée». Il ajoute: «J'ai utilisé les mots pour réussir à faire passer le message. Quand j'ai vu que le message était accepté, j'ai osé dire tout ce que je voulais dire.»

  

_ Il est «présomptueux» de critiquer Aung Sann Suu Kyi

Quant à sa rencontre avec le prix Nobel de la Paix, premier ministre, Aung San Suu Kyi, François qui l'a ouvertement soutenue pendant son voyage, n'a pas révélé de détails, sinon qu'il a souligné combien il était facile - voire «présomptueux» - de porter des jugements sur sa politique, surtout sans savoir «ce qui est vraiment possible de faire ou pas». «J'ai entendu tout cela, j'ai entendu les critiques» mais «la situation politique du Myanmar correspond à une nation politiquement en croissance. C'est une nation en transition. Il faut donc toujours regarder devant, voir le pays en construction.» Sans illusion toutefois. «Cela ne sera pas facile d'aller vers un développement constructif tout comme il ne sera pas facile non plus de revenir en arrière.» Notamment parce que la «conscience de l'humanité» n'est plus la même «depuis que les Nations Unies ont dit que les Rohingyas sont la minorité religieuse et ethnique la plus persécutée au monde».

 

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(China On Track To Become World's Largest Christian Country By 2025, Experts Say | HuffPost)

_ «Un voyage en Chine fera du bien à tous»

A l'origine, ce 21ième voyage international du pape François devait couvrir l'Inde et le Bangladesh. Un projet qui a été abandonné. Car «pour visiter l'Inde, il faut un seul voyage. En raison des diverses cultures de l'Inde, il faut aller au sud, au centre, à l'est, au nord-est, au nord…. J'espère pouvoir le faire en 2018, si je suis en vie». En revanche «le voyage en Chine n'est pas en préparation pour le moment» mais «il n'y a rien de caché: cela me plairait tellement de visiter la Chine!». «Un dialogue politique existe avec ce pays surtout pour l'Eglise chinoise. Il y a notamment la question de l'Eglise patriotique et celle de l'Eglise clandestine. On doit procéder, pas à pas, avec délicatesse, comme ce qui se fait à présent, lentement. Il faut de la patience. Les portes du cœur sont ouvertes. Un voyage en Chine fera du bien à tous».

 

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_ Convertir «n'enthousiasme» pas François

A la question de savoir qu'elle était la priorité du pape, le dialogue interreligieux ou l'évangélisation, le pape François a rétorqué: «Evangéliser n'est pas faire du prosélytisme. L'Eglise grandit, non pas par prosélytisme, mais par attraction, c'est-à-dire par le témoignage. C'est ce qu'a dit le pape Benoit XVI.» Et de constater: «l'Esprit Saint travaille à travers ce témoignage. C'est ensuite que viennent les conversions. Nous ne sommes donc pas très enthousiastes à l'idée de faire subitement des conversions». François a alors raconté l'anecdote d'un jeune aux JMJ de Cracovie qui lui demandait comment «convertir» un ami qui ne croyait pas en Dieu.

 

Réponse du pape: «la dernière des choses à faire est de ‘dire' quelque chose. Vis ton Evangile, alors lui te demandera: ‘Pourquoi vis-tu comme cela?'. Toi, fais, Lui cherchera. Et laisse l'Esprit Saint l'activer'. Car l'Esprit Saint démontre force et la douceur lors des conversions. Nous ne sommes que des témoins de l'Evangile». Pour François, «il ne s'agit donc pas de convaincre mentalement, avec la raison et l'apologétique. C'est l'Esprit Saint qui accomplit la conversion». La «priorité» pour lui est «le témoignage, le respect, par qui se fait la paix. La paix se brise quand commence le prosélytisme. Le prosélytisme n'est pas évangélique».

 

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_ L'arme nucléaire est à «la limite» de l'illicite

Interrogé dans le contexte de la tension entre la Corée et la Chine sur la licéité de l'arme nucléaire, le pape François a lancé: «aujourd'hui, nous sommes à la limite! Cela peut se discuter mais c'est mon opinion: j'en suis convaincu… nous sommes à la limite de la licéité de posséder et d'utiliser les armes nucléaires». Au-delà du «risque de destruction de l'humanité» et de l'augmentation des armes nucléaires, «ce qui a changé, c'est leur sophistication et leur cruauté. Nous sommes en capacité de détruire les personnes, sans toucher les structures. Nous sommes à la limite…

Et parce que nous sommes à la limite, je me pose cette question. Et cela - non du point de vue du magistère pontifical, mais c'est une question que se pose un pape: aujourd'hui, est-il licite de maintenir des arsenaux nucléaires comme ils sont? Pour sauver la Création, pour sauver l'humanité, n'est-il pas nécessaire de retourner en arrière?». Concluant: «nous sommes aujourd'hui au point où par cette culture, l'homme détient en ses mains la capacité de créer une inculture: celle de la destruction. Pensons à Hiroshima et Nagasaki.»

 

Envoyé spécial,Dans l'avion du pape/ Par Jean-Marie Guénois / Mis à jour le 02/12/2017/ Publié le 02/12/2017/

 

http://www.lefigaro.fr/international/2017/12/02/01003-20171202ARTFIG00168-pape-francois-j-ai-pleure-en-demandant-pardon-aux-rohingyas.php


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5 - Ce qu'il faut retenir du voyage du Pape en Birmanie et au Bangladesh

 

Le Pape est actuellement dans l’avion qui le ramène vers Rome. Il a quitté Dacca et le Bangladesh vers 17 heures, heure locale, après presque une semaine passée en Asie, d’abord en Birmanie, puis au Bangladesh. François est allé à la rencontre de deux petites Églises, pleines de vitalité malgré un contexte difficile. Il a voulu les encourager car elles représentent toutes deux un enjeu pour le dialogue interreligieux. La crise des Rohingyas, dans laquelle sont impliquées Birmanie et Bangladesh, s’est invitée dans ce voyage apostolique, captant souvent l’attention des médias et des observateurs. Retour sur la dernière étape, celle qui a conduit le Pape au pays du nymphéa, avec notre envoyé spécial, Xavier Sartre.

 

Il y a certes les images anecdotiques, comme le Pape conduit en trishaw pour se rendre à la rencontre interreligieuse de Dacca. Mais il y a surtout son insistance, lors de toutes ses interventions publiques, sur l’importance cruciale que représente le dialogue interreligieux. Dans un pays très majoritairement musulman sunnite, être catholique ne va pas forcément de soi. Les conflits au Proche-Orient faussent notre perception des choses ici, au Bangladesh. Les récents attentats revendiqués par des islamistes dans le pays ne contribuent pas non plus à voir que dans cet État surpeuplé, la cohabitation entre les différentes religions est globalement bonne.


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Les catholiques sont très estimés pour leurs actions dans le social, le sanitaire et surtout l’éducation. De nombreux musulmans se sont montrés curieux à l’occasion de la visite du Pape. Et le dialogue permanent des chrétiens avec les autres croyants aident aussi, passé le premier moment de méfiance, à créer des liens d’estime et de respect, voire d’amitié. Comme souvent, la religion est instrumentalisée à des fins politiques. C’est pourquoi le Pape a mis en garde plus d’une fois contre cette dérive. Dans un contexte régional et global où les religions semblent être la ligne de front des conflits, le Bangladesh doit montrer la voie d’un dialogue sincère en vue de la paix et de l’harmonie.

 

L’autre point fort de ce voyage fut la rencontre entre le Pape et des réfugiés rohingyas. Chacun a pu confier quelques mots au Pape, racontant leurs épreuves. Jusqu’alors, François, sans esquiver le sujet, n’avait pas prononcé le mot fatidique de la minorité de l’Arakan. Prenant la parole de manière improvisée, il n’a pas hésité vendredi soir à demander pardon pour tout le mal et l’indifférence dont sont l’objet les Rohingyas. Des paroles qui ont eu un écho important au Bangladesh qui doit supporter seul le poids de cette crise, mais aussi bien au-delà.

 

(XS)/ 02/12/2017/ (RV) 

 

http://fr.radiovaticana.va/news/2017/12/02/voyage_bangladesh_bilan_retour_rome_/1352605


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6 - Le Pape se souvient des visages éprouvés mais souriants des Birmans et Bangladais

 

De retour de son 21è voyage apostolique au Bangladesh et en Birmanie du 27 novembre au 2 décembre 2017, le Pape François a tenu à remercier, après la prière de l’Angelus, tous ceux qui l’ont «accompagné» dans ce voyage qui lui a permis de «rencontrer les populations, en particulier la communauté catholique, et être grandi par leurs témoignages». Il a souligné qu’il gardait «imprimé en lui», les nombreux «visages éprouvés par la vie, mais nobles et souriants».

 

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_ Prier pour la paix au Honduras en état d’urgence

Le Saint-Père a aussi évoqué la situation critique au Honduras. Il a ainsi dit prier particulièrement pour les Honduriens afin qu’ils puissent sortir de cette période difficile «de manière pacifique». Une semaine après la présidentielle du 26 novembre, le pays n’a toujours pas de président. Le scrutin se joue entre le candidat de l’opposition de gauche Salvador Nasralla et le président sortant de droite Juan Orlando Hernandez, qui s’est représenté malgré l’interdiction de la Constitution. Des désaccords entre parties sur le décompte des voix, a provoqué une vague de manifestations qui ont dégénéré. Face aux violences, le gouvernement a décrété le 1er décembre l’état d’urgence, donnant à l’armée et à la police des pouvoirs élargis.

  

03/12/2017/ (RV)

 

http://fr.radiovaticana.va/news/2017/12/03/voyage_birmanie_bangladesh_apr%C3%A8s_angelus_/1352676


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7 - En Birmanie et au Bangladesh, le pape François veut promouvoir le dialogue

 

À travers la question des Rohingyas, c’est toute la question des minorités qui se posera au pape pendant cette semaine en Birmanie, où il arrive lundi 27 novembre et au Bangladesh. « Plus qu’un voyage : une aventure ! », sourit Greg Burke, directeur de la Salle de presse du Saint-Siège à propos du voyage du pape François en Birmanie, où il doit arriver lundi 27 novembre, avant le Bangladesh à partir de jeudi 30 novembre.

Un voyage dont les détails ont été réglés jusqu’au dernier moment. Il y a dix jours, le cardinal Charles Bo était encore dans le bureau du pape pour le convaincre de quelques ajouts à son programme : une réunion interreligieuse, dès mardi matin 28 novembre avec des représentants de toutes les confessions présentes en Birmanie – et donc, probablement, des musulmans – et une rencontre « privée » avec le chef de l’armée birmane, celle-là même que l’ONU accuse de « nettoyage ethnique » vis-à-vis des Rohingyas. En contrepartie, à Dacca, avant la rencontre interreligieuse de vendredi 1er décembre, François rencontrera quelques Rohingyas dont il écoutera le témoignage, lui qui ne cesse de plaider en leur faveur depuis plusieurs mois.

 

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_ La question des Rohingyas, au cœur du voyage papal

Si le pape vient d’abord à la rencontre de deux petites Églises (0,24 % de la population au Bangladesh, 1,27 % en Birmanie), c’est bien la question des Rohingyas qui sera au cœur de son 21e voyage. L’emploi même du mot pourrait poser problème même si, au Vatican, on assure que « Rohingya n’est pas un mot interdit ». « Il pourrait plutôt parler des « musulmans de l’État Rakhine » », suggère néanmoins le cardinal Bo qui, comme le reste de l’Église birmane, a essayé de faire en sorte que le pape n’insiste pas trop sur le sujet. Non qu’elle se désintéresse du sort des Rohingyas, mais elle sait que, à travers eux, c’est toute la question des minorités qui est en jeu. « On parle beaucoup des Rohingyas mais on oublie que beaucoup d’autres minorités ont vécu la même chose », rappelle le père Bernardo Cervellera, directeur de l’agence d’information italienne AsiaNews, qui cite les Karens, dans l’est du pays, ou les Kachins, dans le Nord, ethnies majoritairement chrétiennes.

 

« En arrivant au pouvoir, Aung San Suu Kyi a trouvé une situation très polarisée et a lancé un vaste programme de réconciliation », explique encore ce spécialiste de l’Asie. Selon lui, si l’Église soutient si fortement Aung San Suu Kyi, c’est parce qu’elle a bien compris que ce qui se passe avec les Rohingyas est une tentative des militaires pour l’affaiblir et la faire partir une fois qu’elle aura perdu le soutien de la communauté internationale. « Le soutien du pape à Aung San Suu Kyi sera aussi un message à la Chine » À cet égard, la rencontre avec les moines bouddhistes, mercredi après-midi 29 novembre, sera cruciale pour François. « Il y a dix ans, ce sont eux qui ont commencé les marches pour la démocratie, rappelle le père Cervellera. Ils sont une vraie force dans le pays mais, depuis quelques années, les militaires ont placé des gens à eux dans les monastères pour exciter le nationalisme. »

 

Pourtant, cette confrontation n’est, pour lui, « religieuse qu’en apparence ». « Le programme des nationalistes bouddhistes coïncide avec celui politique mais surtout économique des militaires », explique-t-il, décrivant le projet de port en eau profonde pour accueillir les navires chinois prévu dans l’État Rakhine, où vivent les Rohingyas, qu’un pipeline et une autoroute relieront à la Chine, justement à travers les terres des minorités chrétiennes du Nord. « Le soutien du pape à Aung San Suu Kyi sera aussi un message à la Chine », affirme le père Cervellera.

 

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_ Appeler au dialogue

Mais c’est bien sur le dialogue que François entend insister tout au long de cette semaine asiatique : vis-à-vis du bouddhisme en Birmanie, comme de l’islam au Bangladesh. Et aussi l’hindouisme. Dacca ne sera qu’à une encablure de l’Inde où un voyage avait été envisagé, rendu difficile par le discours nationaliste et antichrétien du parti au pouvoir à New Delhi. De ces deux « petits » pays que le pape visitera, il s’adressera donc aux deux géants de l’Asie, la Chine et l’Inde (2,7 milliards à eux deux !). Comme le reconnaît Greg Burke, « ce sera sûrement le voyage le plus intéressant de François sur le plan diplomatique ».

 

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_ Un nouvel appel pour l’accueil des migrants

Le pape François a placé la Journée mondiale de la paix, qui aura lieu le 1er janvier, sous le signe des migrants. « Ceux qui fomentent la peur des migrants, parfois à des fins politiques, au lieu de construire la paix sèment la violence, la discrimination raciale et la xénophobie, sources de grande préoccupation pour tous ceux qui ont à cœur la protection de chaque être humain », affirme-t-il, dans son message publié vendredi 24 novembre. Le pape souligne que les migrants et les réfugiés « n’arrivent pas les mains vides ». « Ils enrichissent la vie des nations qui les accueillent », selon les mots de François qui appelle à les « accueillir », les « protéger », les « promouvoir » et les« intégrer ». Au cours de l’année 2018, il souhaite également « la définition et l’approbation par les Nations unies de deux pactes mondiaux : l’un pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et l’autre concernant les réfugiés ».

 

Nicolas Senèze (à Rome) , le 27/11/2017 / Mis à jour le 27/11/2017

 

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Monde/En-Birmanie-Bangladesh-pape-Francois-veut-promouvoir-dialogue-2017-11-27-1200895021


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8 - Myanmar. Les Rohingyas sont pris au piège d’un régime d'apartheid déshumanisant

 

. Les Rohingyas sont victimes de ségrégation et d'atteintes aux droits humains dans une « prison à ciel ouvert ».

. Deux ans d'enquête ont permis de mettre au jour les causes profondes de la crise qui sévit dans l'État d'Arakan.

. Le système de discrimination s'apparente à un crime d'apartheid constituant un crime contre l'humanité.

 

Les Rohingyas au Myanmar sont pris au piège d'un système de discrimination cautionnée par l'État, institutionnalisée, qui s'apparente à l'apartheid, écrit Amnesty International le 21 novembre dans une analyse étayée sur les causes profondes de la crise qui secoue l'État d'Arakan. Intitulé « Enfermés à ciel ouvert ». L'État d'Arakan, au Myanmar, est en situation d'apartheid, ce document replace dans son contexte la récente vague de violence au Myanmar, lorsque les forces de sécurité ont tué des Rohingyas, réduit en cendres des villages entiers et poussé plus de 600 000 personnes à s'enfuir et franchir la frontière avec le Bangladesh.

 

Les autorités du Myanmar soumettent les hommes, les femmes et les enfants rohingyas à la ségrégation et à l'intimidation dans un système d'apartheid déshumanisant. Leurs droits sont bafoués au quotidien et la répression n'a fait que se durcir ces dernières années.//Anna Neistat, directrice des recherches à Amnesty International

 

Ces deux années d’enquête révèlent que les autorités restreignent quasiment tous les aspects de la vie des Rohingyas dans l'État d'Arakan et les confinent à une vie de ghetto, où ils doivent lutter pour accéder aux soins de santé et à l'éducation, voire dans certaines régions, pour sortir de leurs villages. La situation actuelle répond à tous les critères de la définition juridique du crime d'apartheid contre l'humanité. « Les autorités du Myanmar soumettent les hommes, les femmes et les enfants rohingyas à la ségrégation et à l'intimidation dans un système d'apartheid déshumanisant. Leurs droits sont bafoués au quotidien et la répression n'a fait que se durcir ces dernières années, a déclaré Anna Neistat, directrice des recherches à Amnesty International.

 

« Ce système semble conçu pour rendre la vie des Rohingyas aussi désespérée et humiliante que possible. La violente campagne de nettoyage ethnique des forces de sécurité au cours des trois derniers mois n'est que la manifestation extrême de cette politique scandaleuse. « Ces violations des droits humains sont moins visibles que celles qui ont fait la une des journaux ces derniers mois, mais sont tout aussi terribles. Il faut s'attaquer aux causes profondes de la crise afin de briser le cycle des atteintes aux droits humains et de permettre le retour des réfugiés rohingyas, dans le respect de leurs droits et de leur dignité. »

 

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_ L'État d'Arakan : une prison à ciel ouvert

Si les Rohingyas subissent une discrimination systématique et cautionnée par l'État depuis des décennies au Myanmar, les investigations d'Amnesty International révèlent que cette répression s'est nettement intensifiée depuis 2012, lorsque des violences ont éclaté entre les communautés bouddhistes et musulmanes. Les Rohingyas qui vivent dans l'État d'Arakan sont fondamentalement isolés du monde extérieur. Leur droit de circuler librement est fortement restreint et ils sont confinés dans leurs villages et communes. Ces restrictions sont le fruit d'un réseau complexe de lois nationales, d'« ordonnances locales » et de politiques mises en œuvre par des représentants de l'État affichant ouvertement un comportement raciste.

 

Une règlementation en vigueur dans l'État d'Arakan précise clairement que les « étrangers » et les « personnes de race Bengali », terme péjoratif désignant les Rohingyas, ont besoin de permis spéciaux pour se rendre d’une localité à l’autre. Dans le nord de l'État d'Arakan, où vivaient la majorité des Rohingyas jusqu'à l'exode récent, un système de permis limite fortement les déplacements entre les villages. Depuis cinq ans, des couvre-feux arbitraires sont continuellement instaurés dans les zones à majorité rohingya. Dans le centre de l'État d'Arakan, les Rohingyas sont enfermés dans leurs villages et les camps pour personnes déplacées. Dans certaines zones, ils ne sont pas autorisés à circuler sur les routes et ne peuvent emprunter que les voies navigables, uniquement pour se rendre dans d'autres villages musulmans.

Pour les Rohingyas qui parviennent à obtenir la permission de se rendre dans le nord de l'État d'Arakan, les nombreux postes de contrôle, tenus pour la plupart par la police des frontières, sont une menace constante, car ils sont régulièrement harcelés, contraints de payer des pots-de-vin, agressés physiquement ou arrêtés.

 

Un Rohingya a raconté avoir été témoin de ces atteintes aux droits humains, lorsque le bus à bord duquel il circulait a été arrêté par la police : « Ils étaient quatre policiers au total. Deux d'entre eux ont frappé les hommes à coups de baguette sur le dos, les épaules et les cuisses. Un autre a giflé une dame quatre ou cinq fois avec la main. […] Après, ils les ont emmenés au poste de police. » Lorsqu’elle a mené ses recherches pour le rapport, l'équipe d'Amnesty International a vu un garde-frontière donner des coups de pied à un Rohingya à un poste de contrôle et a recensé au moins un cas d'exécution extrajudiciaire. En effet, des agents de la police des frontières ont abattu un homme de 23 ans circulant durant les heures de couvre-feu.

Durant les violences en 2012, des dizaines de milliers de Rohingyas ont été chassés des zones urbaines de l'État d'Arakan, en particulier de la capitale de l'État, Sittwe. Aujourd'hui, quelque 4 000 Rohingyas vivent encore dans la ville, dans un quartier-ghetto, encerclé de barricades de barbelés et de postes de contrôle de la police. S’ils tentent de partir, ils risquent d'être arrêtés ou de subir les violences des communautés qui les entourent.

 

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_ Une vie proche de la survie

Les restrictions de la liberté de mouvement ont un impact dévastateur sur la vie quotidienne de centaines de milliers de Rohingyas, condamnés à la survie. Si la qualité des hôpitaux et des dispensaires dans l'État d'Arakan est médiocre pour l’ensemble des communautés, les Rohingyas se heurtent souvent à des obstacles mettant leur vie en danger pour accéder aux soins de santé. Ils ne peuvent pas être soignés à l'hôpital de Sittwe, le meilleur centre médical de l'État d'Arakan, sauf en cas d'extrême urgence. Même alors, ils ont besoin de l'autorisation des autorités de l'État d'Arakan et circulent sous escorte policière. Dans le nord de l'État, beaucoup n’ont d'autre choix que de se rendre au Bangladesh pour bénéficier des soins médicaux dont ils ont besoin, ce qui s'avère souvent trop onéreux, sauf pour les familles les plus aisées.

 

Un homme âgé d'une cinquantaine d'années a déclaré : « Je voulais me rendre à l'hôpital de Sittwe pour y être soigné, mais c'est interdit, les employés de l'hôpital m'ont dit que je ne pouvais pas y aller pour ma propre sécurité et que je devais aller me faire soigner au Bangladesh. Cela représente beaucoup d'argent. Mon frère a plusieurs rizières et des bœufs et il a dû en vendre un certain nombre pour payer le voyage. J'ai eu de la chance… La plupart des gens ne peuvent pas se le payer, alors ils sont condamnés à mourir. » En dehors du nord de l'État d'Arakan, seuls quelques centres médicaux accueillent les Rohingyas. Ils sont installés dans des salles réservées aux musulmans, qui sont gardées par la police. Un travailleur humanitaire a comparé ces services à un « hôpital-prison ».

 

Plusieurs Rohingyas ont raconté qu'ils avaient dû verser des pots-de-vin à des employés de l'hôpital et à des policiers pour pouvoir appeler leurs proches ou acheter de la nourriture à l’extérieur. D'autres préfèrent éviter totalement les hôpitaux – craignant des violations de la part des médecins et infirmiers, ou persuadés qu'ils ne seront pas du tout soignés.

 

« Priver les Rohingyas d'accès aux soins médicaux est abject. Des femmes nous ont confié qu'elles préféraient accoucher chez elles dans des conditions peu hygiéniques, plutôt que de risquer de subir des violations et de se faire extorquer de l'argent à l'hôpital », a déclaré Anna Neistat. C'est très difficile en ce moment, parce que nous n'avons pas assez à manger. Nous serions mieux en cellule ou en prison, parce qu'au moins nous aurions régulièrement de quoi manger. De toute façon, c'est comme si nous vivions en prison.

 

Depuis 2012, les autorités du Myanmar ont durci les restrictions à l'accès à l'éducation des Rohingyas. Dans de vastes zones de l'État d'Arakan, les enfants rohingyas n’ont plus le droit d’être scolarisés dans les écoles gouvernementales auparavant mixtes et les enseignants du gouvernement refusent souvent de se rendre dans les zones musulmanes. Les Rohingyas n’ont globalement pas accès à l’enseignement supérieur et beaucoup ont exprimé un sentiment d'immense désespoir quant à leur avenir. En outre, le durcissement des restrictions quant aux déplacements affecte la capacité des Rohingyas à gagner leur vie ou apporter assez de nourriture sur la table. Ceux qui vendent des produits sont tenus à l’écart des routes de commerce et des marchés, tandis qu'on empêche souvent les paysans de travailler dans leurs champs. La malnutrition et la pauvreté deviennent la norme parmi les Rohingyas dans les zones touchées, une situation qu’aggrave le quasi-blocage de l'aide humanitaire.

 

« C'est très difficile en ce moment, parce que nous n'avons pas assez à manger. Nous serions mieux en cellule ou en prison, parce qu'au moins nous aurions régulièrement de quoi manger. De toute façon, c'est comme si nous vivions en prison », a déclaré un Rohingya âgé de 25 ans. Par ailleurs, en raison de l'interdiction des rassemblements de plus de quatre personnes, qui s'applique surtout aux régions à majorité musulmane, les Rohingyas – pour l'immense majorité des musulmans – n'ont pas le droit de pratiquer leur culte ensemble. Les autorités ont aussi fermé des mosquées, laissant les lieux de culte musulmans se dégrader.

 

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_ Privés de citoyenneté

L'absence de droits juridiques pour les Rohingyas au Myanmar vient étayer la discrimination dont ils sont victimes. Au cœur de ce système, les lois et pratiques discriminatoires, en particulier la Loi sur la citoyenneté de 1982, qui privent effectivement les Rohingyas de citoyenneté sur la base de leur origine ethnique. Les recherches d'Amnesty International révèlent aussi que les autorités mènent une campagne délibérée visant à retirer aux Rohingyas les formes même limitées d'identification en leur possession. Depuis 2016, il est très fastidieux pour les Rohingyas de faire enregistrer les nouveaux-nés sur les « listes de famille » - bien souvent le seul justificatif de domicile au Myanmar pour les familles rohingyas. Dans le nord de l'État d'Arakan, ceux qui ne se trouvent pas chez eux lors du « recensement annuel » risquent tout simplement d'être supprimés des registres.

 

Conséquence de cette campagne, il est devenu quasi impossible pour les Rohingyas ayant fui le pays de rentrer chez eux – une situation très inquiétante, puisque les opérations militaires menées en 2016 et 2017 ont amené près de 700 000 Rohingyas à fuir au Bangladesh, où ils vivent dans des camps de réfugiés, dans des conditions désespérées. « Il faut de toute urgence rétablir les droits et le statut juridique des Rohingyas et modifier les lois discriminatoires relatives à la citoyenneté, à la fois pour ceux qui sont encore dans le pays et pour ceux qui souhaitent y revenir. On ne peut pas demander aux Rohingyas qui ont fui les persécutions au Myanmar de revenir dans un système d'apartheid », a déclaré Anna Neistat.

 

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_ Démanteler le système d'apartheid

En menant une analyse juridique en profondeur de ce grand nombre d’éléments de preuve, Amnesty International a conclu que le traitement infligé aux Rohingyas par les autorités du Myanmar s'apparente à un apartheid, défini comme un crime contre l'humanité au titre de la Convention contre l'apartheid et du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Le Myanmar est légalement tenu de démanteler le système d'apartheid dans l'État d'Arakan et doit veiller à amener les responsables d'actes qui constituent des crimes contre l'humanité à rendre des comptes. « L'État d'Arakan est une scène de crime. C'était le cas bien avant la violente campagne menée par l’armée ces trois derniers mois. Ce système de discrimination et de ségrégation imprègne tous les aspects de la vie des Rohingyas et, si des mesures ne sont pas prises pour le démanteler, il perdurera bien après la fin de la campagne militaire, a déclaré Anna Neistat.

 

« Les autorités ne peuvent pas s'appuyer sur des arguments creux quant au besoin de " sécurité " ou la lutte contre le " terrorisme " pour imposer de nouvelles restrictions aux Rohingyas. La répression est illégale et totalement disproportionnée. Les crimes contre l'humanité ne sauraient être justifiés en invoquant des " mesures de sécurité " ni tout autre motif. « La communauté internationale doit ouvrir les yeux sur ce cauchemar quotidien et faire face à la réalité qui perdure dans l'État d'Arakan depuis des années. Si le développement est un volet important de la solution, il ne doit pas être accompli d'une manière qui renforce encore la discrimination. La communauté internationale, et en particulier les donateurs, doivent veiller à ce que leur engagement ne les rende pas complices de ces violations. »

 

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_ Complément d'information : « Qu’est-ce que l'apartheid ? »

Au titre de la Convention internationale sur l'élimination et la répression du crime d'apartheid et du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, l'apartheid est défini comme un crime contre l'humanité couvrant un éventail d'actes, commis dans le cadre d'un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d'un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans l’intention de maintenir ce régime.

 

Les actes spécifiques commis dans ce contexte et cités au rang des crimes d'apartheid vont d'actes ouvertement violents comme le meurtre, le viol et la torture, à des mesures législatives, administratives et autres calculées pour empêcher un groupe racial ou des groupes raciaux de participer à la vie politique, sociale, économique et culturelle du pays et les priver de droits et de libertés fondamentales. Les restrictions extrêmes imposées au droit de circuler librement des Rohingyas illustrent le fait que les représentants de l'État d'Arakan ont combiné des actes réglementaires et violents. Il s'agit du crime de « privation grave de liberté physique » tel que défini dans le Statut de Rome.

 

21 novembre 2017/ UTC

 

https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2017/11/myanmar-rohingya-trapped-in-dehumanising-apartheid-regime/


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