EVEIL


Publié le 01/04/2017 à 16:57:40
FRANCE/ TERRITOIRES/ Ex-Colonies : attentes de renouveau, de leadership éclairé et de développement véritable



 

« La situation économique et sociale demeure précaire: en 2009-2012, le PIB/habitant dans les DOM représentait, en moyenne, 62 % du niveau de l'hexagone, soit 83,2 % de la région métropolitaine la plus pauvre (Picardie) en 2012. Il s'échelonnait dans les quatre DOM «historiques», entre la moitié (Guyane) et les deux tiers (Martinique: 68,5 %) de la moyenne hexagonale et seulement 25,7 % de ce niveau à Mayotte (2011). Le chômage intolérable touche plus d'un actif sur cinq dans chaque département, avec un record à La Réunion (29 %). Les taux de chômage des jeunes (enquête emploi 2013) se situent entre 37,4% à Mayotte, 60,6% à La Réunion et 68,2 % en Martinique, contre 24,6% dans l'hexagone. Les quatre DOM «historiques» concentrent 6,7 % du total des chômeurs inscrits depuis plus d'un an, pour 2,9 % de la population. Le taux de pauvreté est trois et quatre fois plus élevés que dans l'hexagone: il s'établit par exemple à 42 % en 2010 à La Réunion, contre par exemple 24,8 en Seine-Saint-Denis en 2011. Les retards sont considérables en matière de santé (retard de 23 ans à La Réunion en terme de baisse de la mortalité infantile en 2011 ; retard de 27 ans en Martinique ; de 39 ans à Mayotte!). »

  

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1 - Comment la France pille le Cameroun et l`Afrique : La députée Française Eva Joly s’indigne (??)

 

Nous ne résistons pas à l`envie de publier pour nos lecteurs ces extraits du dernier livre de la députée française Eva Joly, détaillant les «crimes» de la France en Afrique en général et au Cameroun en particulier; elle parle notamment du massacre des Bamilékés par son pays. Je n`avais rien compris à ce que l`écrivain Slimane Zeghidour appelle «le secret de famille de la République». Lorsque j`ai pris en charge l`instruction de l`affaire Elf, j`avais en face de moi les puissants du pétrole français, je n`aimais pas leur arrogance, la façon qu`ils avaient de se servir dans les caisses, mais lorsqu`ils invoquaient les intérêts supérieurs du pays, j`étais prête à les croire. 


Je sortais de plusieurs années en détachement au Ministère des Finances, entourée de hauts fonctionnaires intègres, d’une compétence absolue. J`avais confiance dans les institutions de mon pays d`adoption. Je n`imaginais pas que la finalité des dirigeants des sociétés nationales du pétrole fut autre chose que le bien commun. Je traquais les dérives et non le système lui-même. Pourtant au fil de mon enquête, j`ai découvert un monde souterrain. Magistrate, limitée par le cadre de ma saisine et des compétences nationales, je devais m`arrêter sur le seuil de certaines portes, qui menaient vers l`étranger.

 

Je découvrais des chemins qu`il aurait été passionnant de remonter, des connexions qui m`ahurissaient. Avec des chiffres, des comptes, nous avions sous nos yeux le déchiffrage d`un vaste réseau de corruption institutionnalisé, dont les fils étaient reliés en direct à l`Elysée. Ce n`était pas mon rôle d`en tirer les conclusions politiques, mais j`en ai gardé l`empreinte. Nous avions dessiné alors un vaste schéma, que j`ai toujours avec moi. Il fait huit mètres une fois déplié.

 

Il serpente depuis le bureau d`un directeur des hydrocarbures d`Elf, jusqu`à des comptes obscurs alimentés par le Gabon, aux mains d`Omar Bongo: quarante ans de pouvoir et une difficulté récurrente à distinguer sa tirelire et sa famille d`une part, le budget de l`Etat et le Gouvernement d`autre part.

 

J`emporte souvent ce schéma avec moi, au fil des rendez-vous. Je l`étale sur les tables, un peu comme un capitaine au combat sort ses vieilles cartes.

Les positions ont sans doute varié, les techniques de camouflage se sont sophistiquées, mais le système est là: les tyrans sont des amis que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l`influence par de vastes réseaux de corruption; en échange ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol. Tout ce beau monde a intérêt à ce que rien, jamais, ne stimule ni les institutions ni l`économie des pays.

 

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La France aide à appauvrir le Gabon.

Et si je m`arrête un instant au Gabon, qu`est-ce que j`y vois? Un pays riche qui exporte plus de treize milliards de dollars de pétrole brut par an et affiche un PIB par habitant largement au-dessus de la moyenne africaine (6 397 $)? Ou un pays pauvre où l`espérance de vie est estimée à 55 ans pour les femmes et 53 pour les hommes, ce qui leur laisse un an de moins que les Malgaches nés sur un sol sans pétrole? Le taux de mortalité infantile est au Gabon particulièrement élevé, le taux de vaccination contre la rougeole est de 40% contre une moyenne de 79% dans les pays en développement.

 

Voilà où en est le Gabon, chasse gardée de la France, fournisseur des trésors du pétrole et de l`uranium, fief de Total-Elf, la première capitalisation boursière française. Si les habitants de Libreville n`ont pas bénéficié de la richesse de leur pays, c`est parce que la France s`est accaparée ses ressources minières, avec la complicité d`un Président, enrôlé dès son servicemilitaire par l`armée française et ses services secrets, placé à la tête du pays à 32 ans par Paris, il était alors le plus jeune Chef d`Etat du monde. La France contrôle son armée, ses élections et protège sa fortune.

 

En retour, Omar Bongo fait table ouverte plusieurs fois par an, Avenue Foch ou l`Hôtel Crillon, où il reçoit les hommes politiques, des publicitaires et les journalistes français qui comptent. Chacun se presse à ces audiences.

Dans les années 1990, un homme politique français de premier plan, alors en fonction, bénéficiait en parallèle d`un contrat de «consultant» signé par Omar Bongo et largement rémunéré. De Roland Dumas, le Président gabonais dit qu`il est un «ami intime». Prévoyant, il apprécie aussi Nicolas Sarkozy, venu «prendre conseil» en tant que candidat à l`élection présidentielle.

 

Lorsqu’au cours de l`instruction, nous avons perquisitionné au siège de la FIBA, la banque franco-gabonaise, nous avons consulté le listing des clients qui paraissait tenu à la plume sergent-major. C`était une sorte de Who`s Who de la France en Afrique, qui en disait long sur l`envers de la République et des médias.

 

La France fait semblant d`aider des pays qui sont riches en matières premières.

A ceux qui croient encore à l`aide désintéressée de la France en Afrique, il suffit de consulter les chiffres du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). La corrélation est régulière entre le montant de l`aide française et la richesse en matières premières.

 

En clair, celui qui n`a rien dans son sous-sol ne doit pas attendre grand-chose de Paris. Il n`est pas étonnant de retrouver le Gabon comme l`un des premiers bénéficiaires de l`aide publique française au développement. Le résultat est affligeant en termes de système de santé et d`éducation. L`argent s`est perdu en route. Il est justement fait pour cela.

 

Il ne s`agit pas d`une dérive mais d`une organisation cohérente et raisonnée. Dans chaque audition durant notre instruction, nous entendions parler de pressions physiques, d`espionnage permanent et de barbouzes.

 

Les perquisitions dans la tour Elf à la Défense livraient une moisson de documents révélant la confusion des genres, nous les transmettions au Parquet de Nanterre, qui se gardait bien d`ouvrir des enquêtes. Car Elf hier, Total aujourd’hui, est un Etat dans l`Etat, conçu par Pierre Guillaumat, un ancien Ministre de la Défense, patron des services secrets et responsable du programme nucléaire français afin de servir les intérêts géopolitiques de Paris.

 

La Norvège a utilisé son pétrole pour construire et assurer le paiement des retraites futures. La France se sert d`Elf Total pour affirmer sa puissance.

La compagnie intervient dans le Golfe de Guinée, au Nigeria, au Congo-Brazzaville, en Angola… Tous ces pays ont connu la guerre civile et la dictature, derrière laquelle la main française s`est fait sentir. Le chaos, lorsqu`il se produit, ne trouble pas le système. Il n`est qu’à voir l`Angola en guerre pendant des dizaines d`années, mais dont aucune goutte de pétrole, jamais, n`a raté sa destination.

Pendant la guerre, les affaires continuaient…les banques françaises, Bnp-Paribas en tête, ont même profité de l`occasion pour élaborer des montages financiers destinés aux pays en guerre, à des taux affolants, tout en sachant qu`elles ne prenaient pas le moindre risque. L`argent, là aussi, n`a pas été perdu pour tout le monde. C`est un miroir dans lequel il ne faut pas trop souvent regarder les élites françaises.

 

Depuis que j`ai ouvert le dossier Elf dans mon bureau de la galerie financière, j`ai voyagé physiquement et intellectuellement bien loin de la Seine et de ses quais gris et bleus…j`ai appris en marchant. A l`arrivée, le tableau est effrayant.

 

L`Afrique a refait de moi une Norvégienne, fière de l`être. Mon pays est riche, mais, il se souvient avoir été pauvre, un peuple d`émigrants regardant vers le nouveau monde américain.

 

Son esprit de conquête, ses allures vikings sont des traces d`un passé très lointain, vinrent ensuite les tutelles danoise puis suédoise, dont il fallut se libérer, Il envoya vers l`Afrique des missionnaires protestants, personnages austères au visage buriné, taillé par la parole chrétienne et l’œuvre humanitaire, plutôt que des nouveaux colons, comme on les croise encore dans les quartiers d`expatriés blancs.

 

Pendant que la France fondait Elf, la Norvège mettait en place l`exploitation des ressources de la mer du Nord, accumulant un fonds de réserve, aussitôt placé pour les générations futures et soigneusement contrôlé. Ce petit pays des terres gelées est devenu la première nation donatrice en dollars par habitant.

Bien sûr, les pétroliers norvégiens ne sont pas des enfants de chœur. De récentes enquêtes ont montré que certains d`entre eux ont versé des commissions et que la tentation d`abuser de leur pouvoir est permanente. Mais la Norvège n`a pas à rougir de ce qu`elle a fait de son pétrole. Ce que j`ai vu, les rapports internationaux qui l`attestent, est une œuvre d`espoir.

 

La République française, à la même époque, a mis en place en Afrique un système loin de ses valeurs et de l`image qu`elle aime renvoyer au monde. Comment des institutions solides et démocratiques, des esprits brillants et éclairés, ont-ils pu tisser des réseaux violant systématiquement la loi, la justice et la démocratie? Pourquoi des journalistes réputés, de tout bord, ont-ils toléré ce qu`ils ont vu? Pourquoi des partis politiques et des ONG, par ailleurs prompts a s`enflammer, n`ont-ils rien voulu voir ?


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L`Occident a fermé les yeux sur les crimes de la France

Je ne condamne pas. J`ai partagé cet aveuglement. J`étais comme eux, avant de glisser l`œil dans le trou de la serrure et de prendre la mesure de ce secret de famille: la France reste un empire et ne se remet pas de sa puissance perdue. L`indépendance politique a été largement une mascarade en Afrique de l`Ouest. L`Occident a fermé les yeux, car la France se prévalait d`être le «gendarme» qui défendait la moitié du continent contre le communisme. Les Français ont laissé faire, car astucieusement, De Gaulle et ses successeurs ont présenté leur action comme un rempart contre l`hydre américaine. Elf était l`une des pièces maîtresses de cette partie géopolitique.

 

Le double jeu a été facilité par la certitude, ancrée dans les mentalités, que «là-bas, c`est différent». Là-bas, c`est normal la corruption, le népotisme, la guerre, la violence. Là-bas, c`est normal la présence de l`armée française, les proconsuls à l`ambassade ou à l`état-major, les camps militaires. Là-bas, c`est normal l`instruction des gardes présidentielles. Là-bas, c`est normal la captation des richesses naturelles. D`ailleurs, «tout le monde fait pareil». Jeune ou vieux, de gauche ou de droite, nul Français ne songe à s`offusquer de voir nos soldats mener, presque chaque année, une opération militaire en Afrique, au Tchad, en Côte d`Ivoire, au Rwanda, quand tous se gaussent de cette Amérique venue faire la police en Irak, en maquillant d`un fard démocratique les intérêts géopolitiques et pétroliers de Washington. Il y a pourtant bien des symétries.

 

 

J`ai vu récemment un documentaire sur la guerre du Biafra, quatre ou cinq demi-heures de témoignage brut des principaux acteurs, sans commentaires. Je suis restée sans voix. A ceux qui sont nés après 1970, le Biafra ne dit rien. Dans cette région du Nigeria, riche en pétrole, une ethnie, chrétienne et animiste armée par la France, réclama l`indépendance. S`ensuivit une guerre meurtrière de trois ans, révolte financée depuis l`Elysée via des sociétés suisses. La télévision française aimait alors montrer les enfants affamés que les militaires français ramenaient par avion pour les soigner, jamais elle ne laissait voir la cargaison de l`aller, remplie d`armes. A l`image maintenant, les anciens collaborateurs de Jacques Foccart, repus dans leurs fauteuils Louis XV, détaillent sans émotion ces montages illégaux. Les officiers, lieutenants d`alors, généraux d`aujourd`hui, racontent ce bon tour le sourire aux lèvres. Fin du documentaire. Pas un mot, pas une ligne dans les livres d`histoire.


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(Biafra en 2017 : et maintenant, c'est toujours la France ???)


La France au cœur de la guerre du Biafra et du massacre des Bamilékés au Cameroun

Des drames comme celui-ci, l`Afrique en contient des dizaines, soigneusement passés sous silence. Les massacres des Bamiléké au Cameroun par la France du Général De Gaulle, le génocide des Tutsi commis par un régime soutenu par François Mitterrand, les assassinats d`opposants, les manipulations d`élections.. Le passif de la France sur le continent africain n`a rien à envier à l`impérialisme américain en Amérique latine ou au Moyen-Orient.

 

Il est à la mode parmi les intellectuels français de se plaindre du mouvement de repentance qui s`est répandu depuis quelques années. Les bienfaits de la colonisation, à inscrire dans les manuels scolaires, ont même fait l`objet d`une proposition de loi, largement soutenue par les députés.

Bien sûr, l`histoire de la France en Afrique ou en Asie du sud-est a compté aussi des aventuriers sincères, exportateurs, instituteurs ou pionniers, qui ont fait corps avec les pays qu`ils ont découverts. A Madagascar, les Vazas, ces pieds noirs malgaches, ne cessent de louer devant moi l`état des routes et des infrastructures françaises au moment de l`indépendance.

 

Mais les peuples sont comme les familles. On ne peut pas faire le tri de la mémoire. Il est des secrets soigneusement cachés dont l`onde portée va bien au-delà d`une ou de deux générations. Les enfants héritent de tout: du malheur comme du bonheur, de la richesse comme des dettes. La République française paie aujourd`hui la facture de son passé. Il suffit de dérouler la liste des appellations officielles des Maghrébins nés dans un département français avant 1962 ou sur le sol hexagonal depuis les années 1970. Par la loi, ils furent et sont des Français comme les autres.

 

Les gouvernements successifs n`ont pourtant cessé d`inventer des périphrases : «indigène musulman», «sujet africain non naturalisé», «JFOM» (Jeune français originaire du Maghreb), «jeune issu de l`immigration», «fils de harkis», «jeune des quartiers», «Arabo-musulman», «Français d`origine arabe», «Français musulman»…

 

La France vit encore comme si en Afrique, elle était chez elle, et comme si, ses enfants d`ascendance africaine n`étaient pas Français. Le développement de la Françafrique, notre tolérance vis-à-vis des réseaux, tout ramène à ce secret colonial, cet empire qui hante les esprits comme un fantôme. Oui, Total, la première entreprise française, est riche et prospère.

 

Mais la manière dont la firme s`est bâtie fait partie de l`héritage. Qui osera un jour rendre au Nigeria, au Cameroun, au Gabon, au Congo-Brazzaville ce que la France leur doit? Qui contestera les contrats conclus par Areva pour l`uranium du Niger ou ceux des mines d`or de Sadiola au Mali, deux pays parmi les plus pauvres du globe, qui ne touchent qu`une part dérisoire des richesses prélevées dans leur sol? La République a contracté une dette qu`il lui faudra bien honorer.

 

Notre prospérité est nourrie de richesses que nous détournons. A certains de ces sans-papiers qui risquent leur vie pour gagner l`Europe, il pourrait-être versé une rente au lieu d`un avis d`expulsion. Je rêve pour ce pays que j`aime, d`un réveil collectif. Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique: ce qu`une génération a fait, une autre peut le défaire. C`est possible.

 

Extrait de : « La force qui nous manque »/ Eva Joly. Editions des Arènes (Paris) 190 pages./ Les intertitres sont de la rédaction .

 

http://regardsurlafrique.com/comment-la-france-pille-le-cameroun-et-lafrique-la-deputee-francaise-eva-joly-sindigne/


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2 - Guyane : le soulèvement prévisible d'une France d'outre-mer délaissée

 

 « Insécurité et chômage ont conduit la Guyane a une grève générale qui a commencé ce lundi. Pour Patrick Karam, cette situation de crise était annoncée, dans un territoire depuis longtemps destructuré et qui a besoin de mesures gouvernementales pour régler la situation. »/FIGAROVOX/TRIBUNE-

Le président de la République et son gouvernement doivent tirer les conséquences des enjeux de la dégradation de la situation en Guyane qui pourrait conduire à un engrenage aux conséquences imprévisibles et à un embrasement de tous les outre-mer. La Guyane entre désormais dans un cycle qui rappelle la situation de la Guadeloupe en 2009. En effet, le gouvernement de l'époque n'avait pas su prendre à temps la mesure de la crise et, sur décision du président de la République lui-même, avait dû envoyer en urgence le ministre de l'outre-mer négocier avec les grévistes pour éviter un bain de sang.

 

Le président Sarkozy avait dû ensuite s'investir personnellement et avait consacré un temps et une énergie infinis pour régler la crise. Il avait décidé de lancer une vaste consultation populaire sur tous les territoires et dans l'Hexagone, sous la forme des États-Généraux des outre-mer, qui avaient accouché de mesures importantes, puis leur avaient donné une visibilité en faisant de 2011 l'année des outre-mer.

 

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Les élus guyanais avaient prévenu que la situation devenait intenable.

Le mouvement social de 2009 et les revendications du LKP sous l'impulsion du médiatique Elie Domota avaient en réalité commencé en 2008 en Guyane sur la question de la cherté de l'essence. Le mouvement avait ensuite fait tâche d'huile. Pourtant, à ses débuts, tout aurait pu être évité. Les élus guyanais, venus en délégation avec les organisations patronales et syndicales à la rencontre du gouvernement de l'époque, en septembre 2008, avaient prévenu que la situation devenait intenable faute d'empêcher la flambée du prix de l'essence au moment où celui-ci baissait dans l'Hexagone.

 

Le refus de les écouter avait conduit à la paralysie de la Guyane par la rue et à une baisse des prix qui allait bien au-delà de la revendication initiale. Le LKP en avait tiré les conséquences et engagé un mouvement social inédit par sa forme et son ampleur et agrégé tous les mécontentements qui avaient conduit à une prise de pouvoir par la rue et un discrédit de la classe politique guadeloupéenne. D'autres territoires ultramarins avaient suivi le mouvement.

Le scénario semble se répéter en Guyane huit ans plus tard avec la circonstance aggravante de l'union sacrée du territoire autour d'un ensemble hétéroclite de revendications portées par des acteurs qui ont débordé le pouvoir politique local, contraint désormais au suivisme sous la pression sociale.

L'obstination du gouvernement comme en 2009 à refuser d'ouvrir les négociations en Guyane même au niveau ministériel malgré les revendications répétées et désormais agrégées de tous les élus guyanais, des 37 syndicats réunis dans l'Union des Travailleurs Guyanais, des agriculteurs, des pêcheurs, des multiples collectifs citoyens, et à la différence de 2009, avec le soutien de tout le patronat, annonce un embrasement généralisé et des risques de métastases dans les autres territoires ultramarins.

 

 

Depuis plusieurs mois, les grands élus guyanais tiraient la sonnette d'alarme et demandaient des mesures d'urgence sur différents plans.

Pourtant, depuis plusieurs mois, les grands élus guyanais tiraient la sonnette d'alarme et demandaient des mesures d'urgence sur différents plans. Le président de la Collectivité territoriale de Guyane avait refusé de signer le Pacte d'avenir en raison des dizaines de millions d'euros dont était privée la Guyane par le vote du collectif budgétaire rectificatif de 2016, qui en revoyant l'assiette de l'octroi de mer donnait l'image que le gouvernement donnait d'une main avec le Pacte d'avenir ce qu'il reprenait de l'autre.

 

Les socioprofessionnels avaient également fait part de leurs craintes sur l'application des mesures économiques du Pacte d'avenir, bouffée d'oxygène dont ce territoire si fragile économiquement a plus que besoin. Le coup de force pacifique du Collectif des 500 Frères qui s'est créé pour dénoncer l'insécurité pendant la conférence internationale de la convention de Carthagène à laquelle participait la ministre Royal a signé le départ d'une prise de conscience qu'en raison de l'impuissance des élus, la rue pouvait et devait imprimer des combats et les gagner en étant peu regardant sur les méthodes. Il faut dire qu'avec quatre fois plus d'homicides qu'à Marseille et une dégradation des conditions de sécurité, la Guyane se rapproche de ses voisins brésiliens et guyaniens et dépasse le Surinane en termes de taux d'homicides par habitant.

 

Le message ainsi délivré aux autres territoires ultramarins aurait des conséquences en chaîne sur leur propre stabilité et comme ce fut le cas en 2009, signerait le début d'un processus de délitement imprévisible quant à ses conséquences, et une perte de légitimité du pouvoir central et des élus qui jusque-là canalisaient tant bien que mal les frustrations collectives.

 

En s'arc-boutant sur une posture difficilement tenable, le gouvernement prend le risque d'être accusé de mettre en œuvre la théorie du chaos et de la violence

En s'arc-boutant sur une posture difficilement tenable à terme, (le refus de toute discussion au niveau ministériel), sans faire aucune concession, le gouvernement prend le risque d'être accusé de mettre en œuvre la théorie du chaos et de la violence, pour discréditer le mouvement social et éviter l'engrenage des revendications dans les autres territoires ultramarins et même dans l'hexagone.

Pourtant, ce mouvement, comme celui de 2009, a le mérite de mettre en lumière le profond malaise des sociétés ultramarines lié à l‘échec de 70 années de départementalisation. Le soutien populaire rappelle les différentes révolutions comme celles en Ukraine ou en Géorgie où les peuples réclamaient la considération et une plus grande justice sociale. Et se posent d'abord, le besoin d'un mieux d'Etat dans la question sociale. Les ultramarins ne veulent plus être marginalisés dans la République et ils posent la question de la présence et de l'efficience de l'Etat. Ils revendiquent aussi l'égalité. Les ultramarins se sentent d'abord Français mais la France les considère-t-elle comme des Français faute de véritables plans de rattrapage comme cela a été fait pour la Corse.

 

Sur ce malaise, surfent des groupuscules qui s'interrogent sur l'appartenance à l'ensemble français. «Ne vaudrait-il pas mieux être indépendant? N'irions-nous pas mieux?» C'est une arrière-pensée par laquelle on voudrait montrer la faillite de l'Etat, donc de sa politique d'intégration de la Guyane dans la République.

Il est grand temps pour le gouvernement d'assumer ses responsabilités. D'abord à court terme avec des ministres responsables qui répondent à la demande unanime des acteurs guyanais et se rendent sur place pour trouver une sortie honorable avant qu'ils ne soient contraints à le faire avec un prix politique plus lourd en raison d'une situation détériorée par les débordements violents et le risque d'embrasement généralisée en cas de bavures des forces de l'ordre.

 

Il faut considérer la légitimité des demandes de remise à plat du système car depuis soixante dix ans et la départementalisation, malgré les progrès, on est loin du compte.

Il faut ensuite considérer la légitimité des demandes de remise à plat du système car depuis soixante dix ans et la départementalisation, malgré les progrès, on est loin du compte. Les DOM souffrent de chômage, de vie chère et de pauvreté, et d'injustice aussi. Le temps est venu de tourner la page et de changer de perspective.

 

 

Et d'abord, il faut en finir avec le fantasme des outre-mer assistés

Les territoires d'Outre-mer sont victimes d'une grande imposture qui consiste à asséner comme une vérité le fait qu'ils «coûteraient cher à la France». La seule comparaison de l'effort total net de la nation pour les outre-mer en 2013, 22,5 Mds d'euros, soit 2,2% des 1000 milliards de dépenses de l'Etat et de la sécurité sociale, pour 4% de la population, démontre le fantasme de l'assistanat. Certains territoires reçoivent d'ailleurs moins de crédits publics que la moyenne nationale par habitant, comme La Réunion qui perçoit 5% de moins et qui a vu ses transferts régresser de 17% en 5 ans. S'agissant des emplois publics, 8,16% de la population, ils sont plus élevés d'un point que la moyenne nationale, mais c'est le cas aussi pour d'autres régions hexagonales comme le Limousin (8,19%).

 

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L'Outre-Mer en queue de développement

Les outre-mer se situent toujours en queue de peloton des territoires nationaux. La situation économique et sociale demeure précaire : en 2009-2012, le PIB/habitant dans les DOM représentait, en moyenne, 62 % du niveau de l'hexagone. La situation économique et sociale demeure précaire: en 2009-2012, le PIB/habitant dans les DOM représentait, en moyenne, 62 % du niveau de l'hexagone, soit 83,2 % de la région métropolitaine la plus pauvre (Picardie) en 2012. Il s'échelonnait dans les quatre DOM «historiques», entre la moitié (Guyane) et les deux tiers (Martinique: 68,5 %) de la moyenne hexagonale et seulement 25,7 % de ce niveau à Mayotte (2011). Le chômage intolérable touche plus d'un actif sur cinq dans chaque département, avec un record à La Réunion (29 %). Les taux de chômage des jeunes (enquête emploi 2013) se situent entre 37,4% à Mayotte, 60,6% à La Réunion et 68,2 % en Martinique, contre 24,6% dans l'hexagone. Les quatre DOM «historiques» concentrent 6,7 % du total des chômeurs inscrits depuis plus d'un an, pour 2,9 % de la population.

Le taux de pauvreté est trois et quatre fois plus élevés que dans l'hexagone: il s'établit par exemple à 42 % en 2010 à La Réunion, contre par exemple 24,8 en Seine-Saint-Denis en 2011. Les retards sont considérables en matière de santé (retard de 23 ans à La Réunion en terme de baisse de la mortalité infantile en 2011 ; retard de 27 ans en Martinique ; de 39 ans à Mayotte!).

 

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Un plan pour l'égalité réelle en une génération

C'est pourquoi pour compléter les évolutions liées à l'égalité politique de 1946 et l'égalité sociale de 1996, j'ai plaidé inlassablement auprès du président de la république dans mes fonctions de premier président du Conseil Représentatif des Français d'Outre-mer (CREFOM) pour une loi d'égalité économique réelle et des plans de convergence pour la mettre en oeuvre qui répondraient aux aspirations de générations d'ultramarins d'atteindre une égalité dans tous les indicateurs par rapport à la moyenne hexagonale en moins d'une génération. Après un lobbying sans relâche, une loi fourre-tout a finalement été adoptée en fin de mandat qui comporte de multiples mesures, véritable catalogue de différentes revendications, de nature et de niveau différents, sans véritable perspective, ni hierchisation. Une loi-cadre devrait fixer à l'État une obligation de résultat sur des objectifs d'amélioration de la convergence avec le standard hexagonal.

 

C'est un premier pas encourageant qui dans la durée apportera un mieux. Mais en chemin, l'essentiel a été oublié et il faudra reconstruire avec les gouvernements qui se succéderont une véritable perspective par une loi-cadre qui devrait fixer à l'État une obligation de résultat sur des objectifs d'amélioration de la convergence avec le standard hexagonal en une génération, mesurés par l'unique revenu par habitant et pas un ensemble de critères qui n'aboutiront qu'à «noyer le poisson» et pourront être facilement contournés en raison de leur imprécision.

 

Aux moyens et délais pour y parvenir, il faut clairement ajouter le contrôle strict des obligations par une autorité réellement indépendante, avec saisine et vote du parlement en cas de retard, publication des éléments et création d'un droit opposable collectif qui obligeraient tout gouvernement à rester dans la cadence ainsi déterminée.

 

Cette exigence d'égalité réelle, la France la doit à l'Outre-Mer. C'est aussi son intérêt. Il ne saurait y avoir de territoires durablement délaissés. On ne peut plus accepter au XXIème siècle une situation d'inégalité collective qui différencie, discrimine et condamne selon que soit né en outre-mer ou dans l'Hexagone.

 

Par Par Patrick Karam/ Mis à jour le 27/03/2017/ Publié le 27/03/2017.

 

Patrick Karam, docteur en science politique, a été l'un des acteurs de la crise de 2009 en sa qualité de délégué interministériel à l'outre-mer de 2007 à 2011.

 

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/03/27/31003-20170327ARTFIG00129-guyane-le-soulevement-previsible-d-une-france-d-outre-mer-delaissee.php


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3 - Guyane: plan gouvernemental à 4 milliards d'euros

 

Le gouvernement va proposer un "pacte" pour la Guyane d'un montant de 4 milliards d'euros sur un peu moins de 10 ans, à raison de 400 à 500 millions par an, pour sortir de la crise qui bloque ce département, rapportent aujourd'hui Les Echos. Selon le site internet du quotidien, les ministres de l'Intérieur et de l'Outre-Mer, Matthias Fekl et Ericka Bareigts, attendus en Guyane, proposeront de relever le pacte proposé l'an dernier, dont le montant estimé entre un et 2,6 milliards d'euros avait été jugé trop faible par les élus locaux.


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"La nouvelle proposition de pacte prendrait cette fois la forme d'un avenant au contrat de plan Etat-Région 2015-2020 qui ne prévoyait que 430 millions d'euros d'investissements", poursuivent Les Echos, précisant que l'Etat devrait confirmer l'implantation d'un escadron de gendarmes mobiles, la création d'un tribunal de grande instance et d'une nouvelle prison et calmer les inquiétudes sur l'avenir du centre médical de Kourou et de l'hôpital de Cayenne.

 

Par Le Figaro.fr avec Reuters/ Mis à jour le 29/03/2017/ Publié le 29/03/2017

 

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/03/29/97001-20170329FILWWW00305-guyane-le-gouvernement-propose-4-milliards-d-euros.php


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