EVEIL


Publié le 09/05/2014 à 03:34:14
AFRIQUE/ POLITIQUE ET VIOLENCES : ces guerres sales qui détruisent l’Afrique




« Le cycle infernal des tueries inter-religieuses en Centrafrique a été déclenché par des mois d'exactions contre les chrétiens, perpétrées en toute impunité par les combattants majoritairement musulmans de la Séléka qui avaient pris le pouvoir à Bangui en mars 2013. En réaction, des milices d'autodéfense majoritairement chrétiennes, les anti-balaka, se sont formées. Très rapidement, elles ont attaqué des civils musulmans, à Bangui notamment, entraînant un exode depuis décembre de dizaines de milliers d'entre eux. Lynchages et pillages que les soldats français de l'opération Sangaris et africains ne parviennent pas à faire cesser se poursuivent. »

 

  

« L'Union européenne (UE) a condamné "fermement" la tuerie perpétrée samedi 15 février dans le villag d'Izghe, dans l'Etat de Borno, dans le Nord-est du Nigeria, dans un communiqué rendu public ce mercredi. La Haute représentante de l'UE pour la Politique étrangère, Mme Cathérine Ashton, condamne dans ce communiqué "l'attaque méprisable contre des civils innocents" et appelle à la fin de l'impunité pour ceux qui sont responsables de ces "actes de haine". La tuerie, qui a fait plus de 100 morts, a été revendiquée  par des hommes armés se réclamant du groupe extrémiste musulman Boko Haram. »

  

 

----------------------------

 

  


1 - Nigeria : Boko Haram suspecté d'avoir mené une tuerie dans un lycée

 

Un lycée du Nord-Est du Nigeria a été attaqué dans la nuit de lundi à mardi par des membres présumés de Boko Haram. Selon le chef de la police locale, 43 personnes ont été tuées. Pour la police locale, guère de doutes : le groupe islamiste Boko Haram est responsable de l'attaque sanglante contre un lycée de Buni Yadi, dans l'État de Yobe, au nord-est du Nigeria. Dans la nuit du lundi 24 au mardi 25 février, vers deux heures du matin, un groupe d'hommes armés a ouvert le feu dans le dortoir de cet établissement. Le bilan, encore provisoire et très lourd, fait état de 43 morts.

 

Sanusi Rufai, le chef de la police, n'a pas immédiatement précisé si toutes les victimes étaient des élèves. Il était en route mardi vers le lieu de l'attaque, accompagné du gouverneur de l'État, Ibrahim Geidam. Des attaques similaires à celle de Buni Yadi, à une soixantaine de kilomètres de Damaturu, la capitale de l'État, ont fait des dizaines de morts dans la même région l'an dernier. Selon un porte-parole militaire qui ne disposait pas de bilan définitif, le raid s'est produit au College du gouvernement fédéral de la ville, un établissement accueillant des élèves âgés de 11 à 18 ans.

 

 


Plusieurs écoles attaquées

"Les informations sont encore partielles en raison du manque d'accès téléphonique et on ne sait pas combien de lycéens ont été concernés par l'attaque", a-t-il dit. Boko Haram signifie en haoussa "l'éducation occidentale est interdite par le Coran". Ses combattants ont attaqué de nombreuses écoles dans le nord du Nigeria depuis le début de leur insurrection, en 2009. En septembre, au moins 40 élèves avaient été tués dans un collège d'enseignement agricole dans la ville de Gujba, dans l'État de Yobe. Des militants de Boko Haram avaient attaqué ses dortoirs et tiré sur les élèves dans la nuit.

 25/02/2014 / Par Jeune Afrique

 (Avec AFP)


http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140225122411/islamisme-terrorisme-boko-haram-yobe-terrorisme-nigeria-boko-haram-suspecte-d-avoir-mene-une-tuerie-dans-un-lycee.html


 


----------------------------------

 

 

 

2 - Centrafrique : trois civils musulmans assassinés par balle à Bangui

 

Trois civils musulmans ont été assassinés par balle samedi à Bangui par une foule en colère, après l'arrêt du taxi qui les transportait près de l'aéroport. Ces trois hommes se trouvaient dans un taxi samedi vers 08H30 (07H30 GMT) dans le quartier Combattant, près de l'aéroport. Le véhicule a été stoppé par une foule qui les a fait sortir pour les exécuter, ont raconté deux témoins. "C'était d'une violence inouïe, ils ont été exécutés froidement", a précisé un témoin.

 Selon ces témoins, la foule massée sur la route qui mène à l'aéroport criait des slogans hostiles aux musulmans au moment des faits. Un porte-parole de l'armée française a confirmé à l'AFP que trois cadavres avaient été retrouvés dans le quartier Combattant où aucune tension apparente régnait quelques heures après ces assassinats.

 

Les troupes françaises positionnées à quelques centaines de mètres de là, au niveau du check-point d'entrée de l'aéroport Mpoko, sont intervenues avec des tirs de sommation pour empêcher que la foule ne s'en prenne aux corps, selon ce porte-parole, ajoutant : "Si nos hommes avaient pu intervenir pour éviter ce drame, ils l'auraient fait bien évidemment". Un officier de la police de la force africaine en Centrafrique (Misca) a indiqué qu'il y avait eu un "incident" peu avant 08H30 et que des coups de feu avaient été tirés pour disperser la foule massée autour d'un taxi.

Les cadavres, emmenés à la morgue de l'hôpital communautaire de Bangui, portaient des traces d'impacts de balle et de coups de machette, a constaté un journaliste de l'AFP.


 

 

Tueries interreligieuses

Le cycle infernal des tueries interreligieuses en Centrafrique a été déclenché par des mois d'exactions contre les chrétiens, perpétrées en toute impunité par les combattants majoritairement musulmans de la Séléka qui avaient pris le pouvoir à Bangui en mars 2013. En réaction, des milices d'autodéfense majoritairement chrétiennes, les anti-balaka, se sont formées. Très rapidement, elles ont attaqué des civils musulmans, à Bangui notamment, entraînant un exode depuis décembre de dizaines de milliers d'entre eux. Lynchages et pillages que les soldats français de l'opération Sangaris et africains ne parviennent pas à faire cesser se poursuivent. Ces crimes ont conduit la présidente de transition centrafricaine Catherine Samba Panza à annoncer une "guerre" contre les anti-balaka.

Face à la persistance des violences, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé jeudi à déployer très vite plus de soldats et de policiers en Centrafrique pour secourir les populations livrées aux crimes de bandes armées, particulièrement dans les zones où aucune force de l'ordre ni administration n'est présente.

 22/02/2014 à 16:54 Par AFP

  

http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20140222165422/bangui-centrafrique-seleka-anti-balaka-centrafrique-centrafrique-trois-civils-musulmans-assassines-par-balle-a-bangui.html

 

 


------------------------------

 



  3 - Les corps de sept Egyptiens tués par balles retrouvés à Benghazi

 

Tripoli, Libye (PANA) - Les services de sécurité libyens ont découvert ce lundi à Benghazi les corps de sept Egyptiens tués par balles et jetés dans l'ouest de la ville, rapporte l'agence de presse libyenne. Les victimes ont reçu des balles dans différentes parties de leurs corps, a précisé l'agence, citant une source sécuritaire. 
De leur coté, des sources médicales ont indiqué que le centre de santé de Benghazi a reçu des corps de victimes dont l'identité de la majorité montre qu'ils sont égyptiens de confession chrétienne copte.

Mais le porte-parole de la cellule commune de sécurité de Benghazi qui a confirmé l'information n'a pas précisé si ''les raisons de ces tueries sont liées à l'appartenance confessionnelle des victimes ou non’’, soulignant toutefois que des enquêtes ont été lancées immédiatement afin de déterminer les causes de "ces crimes odieux et injustifiables''.

-0- PANA AD/IN/TBM/SOC 24fev2014

24 février 2014 19:48:40

 

http://www.panapress.com/Les-corps-de-sept-Egyptiens-tues-par-balles-retrouves-a-Benghazi--12-898685-2-lang1-index.html


 


--------------------------------

 

 


 4 - Un expert de l'ONU demande au Soudan de publier un rapport sur les manifestations de 2013

 

New York, Etats-Unis (PANA) -  L'expert de l'ONU sur la situation des droits de l'homme au Soudan, Mashood Adebayo Baderin, a sollicité vendredi du gouvernement soudanais la publication d'un rapport sur les manifestations de 2013 portant sur la subvention du pétrole, qui ont débouché sur des assassinats, des blessés, des arrestations et des emprisonnements en plus de destruction de propriétés. Dans un communiqué publié après huit jours de mission au Soudan, M. Baderin a exprimé sa profonde préoccupation du fait que les autorités soudanaises n'ont pas encore émis leur rapport sur ces manifestations.

"Je regrette de constater que huit mois après ces incidents, la commission mise sur pied par le gouvernement n'a pas encore publié de rapport ou des résultats sur ces événements. La communauté internationale attend une enquête approfondie sur les violations des droits humains qui se sont déroulées au cours de ces manifestations de septembre", a-t-il déclaré. "J'ai mis en évidence les préoccupations de la communauté internationale concernant cette affaire et j'ai sollicité du gouvernement d'accélérer la publication de ce rapport", a ajouté M. Baderin.

Au cours de sa visite au Soudan, du 11 au 19 février, M. Baderin a eu des entretiens avec le gouvernement sur la situation générale des droits de l'homme dans le pays à la suite des défis soulevés dans son dernier rapport au conseil onusien des droits de l'homme qui, de son point de vue, récèle encore des zones de préoccupation. Au cours de son séjour au Soudan, il a également rencontré des acteurs de la société civile, des leaders de l'opposition politique, des organisations humanitaires et des agences des Nations unies basées à Khartoume, à Kadugli, à Kordofan, à El-Fasher, à El-Daein et à Zalingei.


 

Les discussions ont porté sur la réduction des activités des organisations de la société civile, la censure de la presse, les arrestations arbitraires, les emprisonnements, la liberté de culte, le "National Security Act" de 2010, les droits des femmes et des enfants, l'accès à l'aide humanitaire, les droits économiques, sociaux et culturels, ainsi qu'à la protection des populations civiles dans les zones de conflit. "Dans mon dernier rapport, j'ai insisté sur le besoin pour le gouvernement de mettre l'accent sur ces défis des droits humains en prenant des mesures concrètes et en encourageant une coopération suivie avec les pays donateurs et les institutions internationales concernées", a-t-il dit.

M. Baderin a indiqué que les autorités ont exprimé leur engagement pour améliorer la concrétisation pratique des droits de l'homme dans ces régions du Soudan. Il a déclaré qu'au cours de ces rencontres avec les leaders des partis politiques d'opposition, ces derniers ont insisté sur le besoin d'un processus politique et constitutionnel "transparent, inclusif et démocratique" qui servira  de fondation solide et durable pour la promotion et la protection des droits humains au Soudan. Selon lui, les conflits tribaux d'une part et les conflits entre les forces gouvernementales et les mouvements armés d'autre part, continuent d'être des sources majeures de violation des droits humains dans le sud Kordofan aussi bien qu'au Darfour.


L'expert a réitéré son appel urgent au gouvernement du Soudan, aux mouvements armés ainsi qu'à la communauté internationale pour mettre un terme à ces conflits qui mènent à des violations des droits de l'homme et avoir recours au dialogue pour régler la confrontation armée. "J'exhorte et encourage le gouvernement à continuer dans le renforcement de ses efforts afin d'améliorer la situation des droits de l'homme dans ce pays pour arriver à la possibilité d'attirer l'assistance technique et le renforcement des capacités nécessaires" a-t-il ajouté. M. Baderin présentera en septembre ses résultats et ses recommandations dans un rapport complet au Conseil de l'ONU sur les droits de l'homme.

-0- PANA AA/VAO/MTA/AAS/SOC 21fév2014

21 février 2014 20:56:45

http://www.panapress.com/Un-expert-de-l-ONU-demande-au-Soudan-de-publier-un-rapport-sur-les-manifestations-de-2013--12-898452-2-lang1-index.html

 

 


--------------------------------

 

 


5 - L'UE condamne la tuerie ayant fait plus de 100 morts au Nigeria

 

Bruxelles, Belgique (PANA)   - L'Union européenne (UE) a condamné "fermement" la tuerie perpétrée samedi 15 février dans le villag d'Izghe, dans l'Etat de Borno, dans le Nord-est du Nigeria, dans un communiqué rendu public ce mercredi. La Haute représentante de l'UE pour la Politique étrangère, Mme Cathérine Ashton, condamne dans ce communiqué "l'attaque méprisable contre des civils innocents" et appelle à la fin de l'impunité pour ceux qui sont responsables de ces "actes de haine".

La tuerie, qui a fait plus de 100 morts, a été revendiquée  par des hommes armés se réclamant du groupe extrémiste musulman Boko Haram.
-0- PANA AK/TBM/IBA 19février2014

19 février 2014 13:10:12

 

http://www.panapress.com/L-UE-condamne-la-tuerie-ayant-fait-plus-de-100-morts-au-Nigeria--12-898074-2-lang1-index.html


 


-------------------------------

 

 

 

6 - Amnisty International déplore le sort des musulmans en Centrafrique

 

Nairobi, Kenya (PANA) - Les soldats de la force internationale de la paix en Centrafrique n'ont pu empêcher le massacre de civils musulmans en Centrafrique, a déclaré Amnisty international dans un communiqué publié mercredi à Nairobi. Selon l'organisation, la protection des communautés musulmanes nécessite une prise de contrôle des milices anti-Balaka en déployant suffisamment d'hommes là où la présence des musulmans est menacée. "Ces milices mènent des attaques violentes pour exterminer les musulmans en RCA. On assiste à un déplacement sans précédent des musulmans", a déploré un responsable d'Amnesty International, Joanne Mariner, cité dans le communiqué. 

"La  réaction de la communauté internationale a été timide et lente face à la communauté musulmane menacée par les anti-Balaka", a-t-il ajouté. Au regard de la crise qui a pris une tournure sectaire en RCA, le Conseil de sécurité de l'ONU avait opté pour le déploiement de casques bleus dans le pays. 

C'est ainsi que  5.500 hommes de la MISCA et 1.600 Français de l'opération "Sangari" ont été déployés à Bangui et dans plusieurs villes.
-0- PANA DJ/SEG/PBA/AAS/IBA 13fev2013

 

http://www.panapress.com/Amnisty-international-deplore-le-sort-des-musulmans-en-Centrafrique--12-897322-2-lang1-index.html


 

 

----------------------------------

 

 


7 - Paix et sécurité en Afrique en 2013 : quel bilan ?


Cet article est le premier d’une série de trois articles sur la sécurité en Afrique. Après ce panorama sur les conflits armés en 2013, nous nous intéresserons au concept de « sécurité humaine » et à la manière dont les pouvoirs publics développent des politiques de protection des civils face aux nouvelles menaces sécuritaires. Enfin, nous verrons quels sont les défis majeurs pour l’année 2014 en matière de résolution des conflits.

 

Depuis le début des années 2000, les guerres sont en recul en Afrique. Le continent n’est plus cette terre de chaos et de violences brutales que certains journaux se plaisent encore à décrire : le niveau général de démocratie et de développement économique s’est amélioré et des mécanismes de résolution des conflits ont émergé, permettant une baisse régulière du nombre des conflits.

2013 aura tout de même été une année turbulente sur le continent, et les questions de sécurité ont souvent occupé une place centrale dans les réunions internationales. Quelles grandes tendances peut-on dégager ?


 


Le problème des périphéries oubliées

Depuis quelques années, la nature de la violence sur le continent a changé assez radicalement. La majorité des conflits ne sont plus des « grandes guerres » : ils n’ont plus pour enjeu le contrôle de l’État, mais se déroulent aux confins de l’État, dans des périphéries peu ou mal gouvernées. Dans une Afrique de plus en plus urbanisée, l’État a tendance à concentrer son attention et ses efforts de développement sur la capitale et les grands centres urbains. La division coloniale entre la « partie utile » et le reste du pays reste encore d’actualité. Des pans entiers du territoire national, souvent pauvres en ressources, sont totalement laissés pour compte, oubliés par un État qui a renoncé jusqu’à ses fonctions les plus basiques de maintien de l’ordre et de la sécurité. Dès lors, il n’y a rien d’étonnant à voir émerger des mouvements de contestation, qui se nourrissent du sentiment de marginalisation des populations.  

 

Parfois, le régime au pouvoir est tellement sclérosé que ces mouvements finissent par atteindre la capitale et prendre le contrôle de l’État. En République centrafricaine, la coalition rebelle de la Séléka, partie des régions reculées de la Vakaga et de la Haute-Kotto au nord-est, a pu arriver jusqu’à Bangui sans rencontrer d’opposition. Mais le plus souvent, c’est à un niveau local que ces conflits se jouent. La rareté des ressources crée des tensions entre les différentes communautés (entre agriculteurs et éleveurs, ou entre groupes ethniques), que l’État ne peut pas réguler puisqu’il a laissé s’installer un vide sécuritaire. Là où la présence de l’État permettrait de canaliser ces conflits, son absence laisse la porte ouverte à leur aggravation. En 2013, des incidents meurtriers ont ainsi éclaté aux confins de plusieurs États : l’Algérie, le Cameroun, l’Éthiopie, la Guinée, le Kenya, la Libye, le Mali, le Mozambique, le Nigéria, le Sénégal…

 

 


Du rebelle au trafiquant-terroriste : les nouveaux acteurs de la violence

Si la nature de la violence a changé, les acteurs de la violence ont également évolué au cours des dernières années. En 2003, les salafistes algériens du GSPC organisaient leur première prise d’otages au Sahel. Dix ans plus tard, leur action a fait des émules, les groupes se sont multipliés, et le phénomène du terrorisme, auparavant relativement inconnu du continent africain, est devenu une préoccupation centrale. Ces groupes sont à la fois internationaux et locaux : ils partagent l’idéologie du jihad et leurs militants collaborent régulièrement en profitant des difficultés des États africains à contrôler leurs frontières. Mais leur montée en puissance est aussi étroitement liée au problème des périphéries oubliées : Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et le MUJAO au Sahel, Ansaru et Boko Haram au nord du Nigéria, Al-Shabaab en Somalie, ont chacun profité de la faiblesse des États et d’un sentiment de marginalisation vis-à-vis du pouvoir central pour prendre pied dans ces régions périphériques et s’implanter dans le tissu social local. Ne voir en eux que des groupes étrangers aux connexions mondiales serait une erreur : ils auraient déjà été éliminés s’ils n’avaient pas trouvé un réel écho auprès des populations locales.

 

En 2013, ces groupes ont perdu du terrain, mais ils ont prouvé à maintes reprises qu’ils n’avaient pas besoin d’administrer un territoire pour conserver leur pouvoir de nuisance. Au Nord-Mali, AQMI, Ansar Dine et le MUJAO ont perdu le contrôle de Gao, Kidal et Tombouctou après l’opération Serval, mais leurs militants rôdent toujours dans la région et continuent d’organiser des attentats ; au Nigéria, malgré un couvre-feu et une campagne de contre-insurrection brutale (responsable de centaines de victimes civiles), l’armée n’est pas parvenue à stopper les attaques de Boko Haram, responsables de plus de 1 200 morts en 2013. Avec l’attaque du 21 septembre contre le centre commercial de Westgate à Nairobi (67 victimes), Al-Shabaab a démontré sa capacité à mener des opérations spectaculaires contre des intérêts étrangers au-delà des frontières.

 

À côté des groupes terroristes, d’autres acteurs transnationaux ont profité des problèmes de gouvernance des États africains pour prospérer. Les actes de piraterie sont en baisse au large des côtes somaliennes, mais n’ont jamais été aussi élevés dans le Golfe de Guinée ; et malgré les efforts des brigades anti-stupéfiants, la cocaïne latino-américaine continue de transiter en masse par les côtes ouest-africaines et le Sahel et génère toujours d’énormes profits illicites.

 

 


Les principaux foyers d’instabilité

La fin d’année a vu une amélioration plutôt inespérée dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). En novembre 2012, les rebelles du M23 avaient mis en déroute l’armée congolaise (FARDC) et saisi la ville de Goma ; un an plus tard, ce sont des troupes congolaises plus disciplinées qui ont pris leur revanche, avec l’appui de la nouvelle Brigade d’Intervention des Nations Unies. Le M23 a déposé les armes, et même si une vingtaine de groupes armés sont encore actifs dans les Kivus et qu’il reste de nombreux efforts à faire pour améliorer la gouvernance et l’état de droit en RDC, la situation ouvre des perspectives intéressantes pour la paix dans les Grands Lacs.

 

2013 a confirmé le déplacement du centre de gravité des conflits vers la bande sahélo-saharienne. Le Sahel a concentré l’attention cette année, avec une évolution plutôt positive : au 1er janvier 2013, qui aurait parié sur la reconquête des régions du nord, l’élection d’un nouveau président et la chute précipitée du capitaine Sanogo ? Toutefois, beaucoup reste encore à faire : les négociations avec les groupes armés (MNLA, HCUA et MAA) sont au point mort et le Nord-Mali a connu ces derniers mois des violences sporadiques.

En Centrafrique, une spirale dramatique s’est enclenchée depuis la chute de François Bozizé en mars : la coalition hétéroclite de la Séléka s’est fragmentée, les rebelles se sont reconvertis en bandits armés, et le conflit a pris une tournure religieuse à partir de septembre lorsque des milices chrétiennes, les « anti-Balaka », ont pris les armes pour se venger des exactions et des pillages des ex-combattants, en majorité musulmans. En une seule semaine début décembre, l’ONU a compté plus de 600 victimes et 150 000 déplacés.

 

L’indépendance du Sud-Soudan en 2011 devait mettre un terme à plusieurs décennies de violences, mais depuis le conflit s’est au contraire complexifié. Malgré un rapprochement entre Khartoum et Juba, l’insoluble question de la frontière autour des zones pétrolières et de la répartition des revenus pétroliers continue d’empoisonner les relations entre le Soudan et le Sud-Soudan.  Chacun accuse l’autre d’armer en sous-main des milices sur son territoire. De plus, les deux régimes sont chacun fragilisés par des mouvements de contestation internes : à Khartoum, des manifestations ont été violemment réprimées en septembre, faisant 200 morts ; à la mi-décembre, des violences ont éclaté à Juba après que le président Salva Kiir a annoncé avoir déjoué une tentative de coup d’État orchestrée par son ancien vice-président et désormais rival politique Riek Machar.

 

 


Les « solutions africaines aux problèmes africains », un concept à la peine

L’année 2013 a débuté avec une intervention française au Mali (l’opération Serval) et s’est achevée avec une intervention française en Centrafrique (l’opération Sangaris), couplée à un sommet sur la Paix et la Sécurité en Afrique organisé à … Paris. Bien plus qu’un retour en force de la « Françafrique » (contre laquelle François Hollande a pris plus de mesures que tous ses prédécesseurs), ces trois évènements témoignent de la difficulté à mettre en pratique le concept de « solutions africaines aux problèmes africains ».

 

Depuis une quinzaine d’années, la formule ressurgit à chaque nouveau conflit, de la bouche des dirigeants occidentaux comme de celle de leurs homologues africains, et le sommet de Paris n’a pas fait exception. Sa mise en pratique est pourtant bien loin de répondre aux espérances de la génération des panafricanistes des années 1990 qui voyaient dans ces « solutions africaines » un outil d’émancipation, une rupture vis-à-vis du paternalisme occidental. En somme, les « solutions africaines » devaient être la clé d’une « renaissance » du continent ; or, la formule sonne au contraire de plus en plus creux, et l’année écoulée appelle donc  à un regard plus réaliste.

 

Côté occidental, si la formule est aussi populaire à Washington, Londres, Paris ou Berlin, c’est avant tout parce qu’elle épargne à ces pays de trop lourdes responsabilités lorsqu’un conflit ne les intéresse pas particulièrement ou qu’elles n’ont pas les moyens de s’y impliquer. Depuis le génocide du Rwanda, dire que l’on ne veut pas se mêler à un conflit africain est devenu tabou ; alors à la place, on dit qu’il faut privilégier des « solutions africaines ». Utile.

Côté africain, deux problèmes se posent. Le premier concerne la capacité des armées africaines : les équipements sont vétustes et insuffisants, les troupes peu entraînées et les récentes opérations militaires des armées même les plus aguerries – l’aventure hasardeuse de l’armée sud-africaine en Centrafrique pour défendre le régime en perdition de Bozizé ou la contre-insurrection brutale et peu efficace des troupes nigérianes contre Boko Haram – n’incitent guère à l’optimisme.



Deuxièmement, l’idée même de « solution africaine » est remplie d’incertitudes et de contradictions. Qu’est-ce qu’une « solution africaine », et pourquoi devrait-elle être systématiquement appréciée par tous les États concernés par un conflit ? Il serait naïf de croire que les 54 pays du continent, par le simple fait d’être « Africains », partagent une vision commune de la paix en Afrique. Qu’est-ce qu’une « solution africaine » au problème de la Somalie ? Une intervention kenyane, qui menace les ambitions régionales de l’Éthiopie ? Ou une intervention éthiopienne, qui heurte les intérêts du Kenya ? Dans le cas du Mali, la « solution algérienne » – négocier avec les groupes armés du Nord pour isoler les terroristes d’AQMI – s’opposait à la « solution de la CEDEAO », partisane d’une intervention militaire… Et au sein même de l’organisation ouest-africaine, les pays francophones craignaient qu’une opération menée par la CEDEAO ne permette au poids-lourd régional anglophone, le Nigéria, d’étendre son influence vers le Sahel. À vouloir écarter le gendarme nigérian, c’est finalement une solution non-africaine, celle du « gendarme français », qui s’est imposée.

 

Les « solutions africaines aux problèmes africains » font donc partie de ces concepts « tendances », avec lesquels on ne peut pas vraiment être en désaccord, mais à partir desquels il est quasiment impossible d’arriver à un programme d’actions concrètes. Finalement, la formule résonne surtout comme un cri d’encouragement à l’intention des gouvernements africains : « intéressez-vous aux problèmes de votre continent ! ». Sa vertu principale est d’appeler à une prise de responsabilité et à un leadership africain.

 

 


2014 : le défi du leadership ?

Or, c’est justement là, sur cette question du leadership, que le bât blesse : il n’y a toujours aucun État capable d’assumer un rôle de leader continental sur les questions de sécurité. Les deux candidats naturels – l’Afrique du Sud et le Nigéria – peinent à convaincre. Le premier a une diplomatie bruyante, mais pas toujours cohérente, comme l’a montré le scandale des militaires en Centrafrique ; le second a trop de mal avec ses propres problèmes sécuritaires internes (Boko Haram, le delta du Niger) pour donner l’exemple et impulser une dynamique.

 

Les trois autres plus gros contributeurs au budget de l’Union africaine ne sont guère plus satisfaisants : l’Algérie a été dépassée par les évènements au Sahel ; et comme le Nigéria, on ne peut pas attendre beaucoup de la Libye et l’Égypte tant qu’elles n’auront pas réglé leurs crises politiques internes. D’autres États sont actifs à un niveau régional, comme le Burkina Faso et le Tchad dans le Sahel ou l’Éthiopie dans la Corne de l’Afrique, mais leur engagement est plus limité dès lors que leurs intérêts ne sont pas directement concernés.

 

Depuis la formation de l’Union africaine en 2002, des progrès considérables ont été réalisés sur le plan institutionnel pour former un cadre africain de résolution des conflits. Pour ceux qui seraient tentés de se satisfaire de ces avancées, 2013 aura constitué un utile appel à la vigilance : beaucoup reste encore à faire en 2014 et dans les années à venir pour éviter que ces institutions ne deviennent des coquilles vides, comme beaucoup d’autres dans l’histoire du continent.

 

Source : Vincent ROUGET

 

http://terangaweb.com/paix-et-securite-en-afrique-en-2013-quel-bilan/

 

 


-------------------------------------


 

 An artist’s impression of the proposed new capital city of South Sudan in Ramchiel, Lakes state. The government settled for the new site to ease congestion experienced in Juba and avoid land disputes between it and the local landowners. Courtesy

 





Avis des internautes

Articles recommandés

» AFRIQUE/ POLITIQUE/ ECONOMIE/ MAUVAISE GOUVERNANCE : le réveil tardif des juges et des militaires contre les crimes politiques, économiques et l’arbitraire

» ASIE/ DEFENSE ET SECURITE/ ECONOMIE : persistance des défis économiques et sécuritaires, risques de guerre majeure

» MONDE/ NOBEL 2017 : les lauréats du Prix Nobel 2017

» MONDE/ POLITIQUE/ GOUVERNANCE : raccourcis démocratiques, violences antidémocratiques et clairvoyances économiques

» AFRIQUE/ FONDS DORMANTS/ FONDS ILLICITES/ CORRUPTION ET FRAUDES : ces capitaux qui ne profitent pas au continent

» AFRIQUE/ RENOUVEAU : perspectives politiques, perspectives économique et sociale

» FRANCE/ TERRITOIRES/ Ex-Colonies : attentes de renouveau, de leadership éclairé et de développement véritable

» AFRIQUE/ ECONOMIE/ POLITIQUE : réformes importantes, gouvernance et perspectives

» SANTE/ ALIMENTATION ET HYGIENE/ ALIMENTS DANGEREUX : ces aliments qui ne sont pas des nutriments

» MONDE/ DROGUES/ CRIMES ET NARCOTRAFIC : comment mettre fin à la puissance des cartels et des criminels de la drogue ?

» AFRIQUE/ LIBYE/ POLITIQUE/ ECONOMIE/ TERRORISME : une puissance politique et économique africaine incapable de surmonter ses crises (où sont-ils passés ces démocrates qui ont déstabilisé durablement la Libye ?)

» MONDE/ SPORT/ BOXE/ MUHAMMAD ALI : décès d’un champion de la boxe et d’une légende du sport (j’ai aimé la boxe avec Muhammad Ali, j’ai cessé de m’intéresser à la boxe après Ali)

» MONDE / ALLEMAGNE/ GENOCIDE ARMENIEN : la nouvelle Allemagne reconnait le génocide arménien (condamnation du passé hitlérien de l’ancienne Turquie/Empire ottoman)

» MONDE/ USA/ ARMES A FEU ET VIOLENCES/ TUERIES MASSIVES D’INNOCENTS : Barack Obama présente ses mesures contre les armes à feu

» AFRIQUE/ BURKINA FASO/ THOMAS SANKARA : le Burkina Faso redécouvre son ancien leader, 28 ans après (mieux vaut tard que jamais)

» MONDE/ SYRIE/ GUERRE CONTRE LE TERRORISME : l’aide militaire décisive de la Russie à l'Etat syrien va contribuer à imposer la paix

» MONDE/ RUSSIE/ CONFLIT SYRIEN : le Président Vladimir Poutine à propos du conflit syrien et du monde multipolaire actuel

» AFRIQUE/ TCHAD : Le Tchad exécute 10 membres présumés de Boko Haram, dès le lendemain de leur condamnation

» AFRIQUE/BURUNDI/ VIOLENCES POLITIQUES/ CRISE ET DESTABILISATION : savoir mener les bons combats qui garantissent la démocratie, la paix et la stabilité du pays

» AFRIQUE/ OBSTACLES AU DEVELOPPEMENT : Corruption et développement en Afrique…

» EVEIL (Page noire d’Afrique)

» MONDE/ UE-FRANCE/ TERRORISME : les ennemis de l’islam ont attaqué la liberté d’expression et tué une douzaine de personnes au nom de leur conception religieuse haineuse

» AFRIQUE/ NIGERIA/ DEVELOPPEMENT LOCAL : Le président Alassane Ouattara à l’inauguration du stade international d’Akwa Ibom à Uyo (Nigéria)

» Etat fédéral et Etat unitaire en Afrique : forces et faiblesses en matière de développement

» AFRIQUE/ ETAT ET DEVELOPPEMENT : quel type d’Etat pour impulser efficacement le développement ?

» AFRIQUE/ POLLUTION ET ENVIRONNEMENT/ SANTE PUBLIQUE : crise environnementale et menaces

» AFRIQUE/ COOPERATION ET DEVELOPPEMENT : le sous-développement socioéconomique et scientifique et l’extrême pauvreté peuvent perdre l’Afrique

» AFRIQUE/ AGRICULTURE/ PAIX ET SECURITE : l’émergence d’un continent freinée par des guerres nouvelles et des campagnes orchestrées d’insécurité

» SCIENCE/ MEDECINE/ ALERTE MEDICALE : les maladies cardio-vasculaires

» SYRIE/ UKRAINE/ REBELLION ET DEMOCRATIE : de nouveaux présidents élus dans des pays durablement déstabilisés par des forces démocratiques anachroniques

» AFRIQUE/ NIGERIA/ PREMIERE PUISSANCE ECONOMIQUE ET TERRORISME : regain d’activités terroristes intempestives et barbares

» SCIENCE ET TECHNOLOGIE/ INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : vers quel futur ?

» INTOLERANCES POLITIQUES ET RELIGIEUSES : peut-on mettre fin à la haine dans les rapports entre les humains?

» APARTHEID : L'apartheid vaincu par l’Afrique du Sud et la communauté internationale


Haut de page