Publié le : 22-10-2020 à 18:50:21 Synthèse, compilation et textes réunis (David N'DJA Boka)

CONFLITS ET VIOLENCES EN AFRIQUE DE L’OUEST : Des peuples livrés à eux-mêmes


 

« Crises en Afrique de l’Ouest : Une phrase qui risque de peser lourd dans le cas, presque quasi certain, où les résultats de l’élection présidentielle seront contestés, avec une nouvelle fois de nombreux morts à la clé. En prononçant ces mots, en ne faisant pas respecter leurs propres textes, l’Onu, l’UA, la CEDEAO se sont défaussées. Dès lors, ces institutions n’auront plus ni légitimité ni capacité d’action en cas de conflits postélectoraux.

Les opposants ivoiriens comme guinéens ont bien compris qu’ils ne pouvaient compter que sur leur propre détermination et que seul le rapport de forces sera décisif dans la bataille qu’ils mènent. L’ancien Président ivoirien, Henri Konan Bédié, a perçu le danger d’une telle situation et en a appelé, lors du dernier meeting de l’opposition du 10 octobre dernier, directement et personnellement à Antonio Guterrez. »

 

Manifestation de l'opposition contre un 3e mandat d'Alpha Condé en Guinée -  allAfrica.com

 

---------------------------

 

Côte d'Ivoire : le spectre des violences intercommunautaires


1 - Onu, l’Union africaine, la CEDEAO : Les acteurs internationaux impuissants face aux crises en Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Guinée)

 

L’Onu, l’Union africaine, la CEDEAO ont failli dans la prévention des crises en Afrique de l’Ouest. Par conséquent, elles ont organisé leur impuissance dans la résolution des conflits à venir. Leurs dernières missions à Abidjan et Conakry en sont l’illustration parfaite. Analyse pour Sputnik de Leslie Varenne directrice de l’IVERIS*. En octobre 2020, les institutions internationale (Nations unies), continentale (UA) ou régionale (CEDEAO) se sont rendues en mission à Abidjan et Conakry pour s’enquérir des conditions des processus électoraux en cours.

 

Pour rappel, les Présidents guinéen et ivoirien sortants sollicitent un troisième mandat, jugés anticonstitutionnels. La campagne électorale en cours a déjà fait des morts en Guinée Conakry, qui votera ce dimanche 18 octobre. En Côte d’Ivoire, qui est appelée aux urnes le 31 octobre, les tensions –avec décès et blessés– ont commencé dès l’annonce de la candidature d’Alassane Ouattara, le 6 août dernier.

 

Côte d'Ivoire: mission périlleuse pour la CEDEAO | Financial Afrik


_ Le marteau et la plume…

Après le coup d’État au Mali du 18 août, l’UA et la CEDEAO avaient suspendu cet État de leurs instances respectives. Cette dernière n’avait pas hésité à imposer des sanctions commerciales et financières, la fermeture des frontières, mesures lourdes qui ont pesé sur une économie déjà très fragile et donc sur la vie quotidienne des Maliens. Rien n’était assez fort: admonestations, ultimatum, embargo, pour obliger les putschistes à rétablir «l’ordre constitutionnel afin de respecter le protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance de cette institution.»

 

Dès lors, il eût été logique que la mission à Abidjan des trois institutions précitées auxquelles s’est ajouté le Conseil de l’Entente, l’une des plus anciennes organisations de coopération régionale en Afrique de l’Ouest, esquissât a minima des propositions pour sortir de l’impasse. Il n’en a rien été. Sur le papier, le mandat de ce quadriumvirat était pourtant très clair: «dans le cadre des efforts de diplomatie préventive», il s’agissait de «promouvoir la tenue d’une élection présidentielle crédible, transparente et pacifique en République de Côte d’Ivoire.»


Il est vrai que compte tenu de tous les contentieux qui opposent le Président sortant, Alassane Ouattara, à l’opposition unie –fichier électoral, Commission électorale indépendante (CEI), «troisième mandat anticonstitutionnel»–, la tâche de ces «missionnaires» s’annonçait particulièrement ardue. Les diplomates s’en sont pourtant acquittés avec une facilité déconcertante et en un temps record de quatre jours, du 4 au 7 octobre 2020.

 

Le communiqué final de ladite mission laisse le lecteur coi, face à cet exercice de langue de bois de très haute volée: «La Mission conjointe a invité l’ensemble des parties prenantes à favoriser le dialogue et à s’engager pour l’organisation et la tenue d’une élection crédible, transparente, inclusive, respectueuse des droits de l’homme et qui tient compte des mesures barrières pour contenir la propagation de la pandémie à la Covid-19.» Tout le reste est à l’avenant.

 

Dans ce genre de communiqué, ce qui n’est pas dit est souvent plus intéressant que ce qui est écrit. Ainsi, les diplomates ont-ils omis d’appeler au respect de leurs propres textes, que ce soit le protocole additionnel de la CEDEAO, ou la Charte de l’Union africaine, tous deux limpides en matière d’élections et de démocratie.

 

Ils ont également «oublié» d’évoquer les très récentes décisions (septembre 2020) de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, ordonnant au gouvernement ivoirien de réintégrer l’ancien Président Laurent Gbagbo et l’opposant Guillaume Soro sur les listes électorales afin qu’ils puissent voter et être candidats. Pas un mot non plus sur la situation de Laurent Gbagbo, qui –malgré ses demandes officielles– n’a toujours pas obtenu son passeport, en violation de la Constitution ivoirienne, qui précise en son article 12 qu’aucun de ses concitoyens ne peut être contraint à l’exil.


MESSAGE À L'OCCASION DE LA JOURNÉE DES NATIONS UNIES | UNOWAS


_ Comment comprendre cette démission en rase campagne?

Lorsque Mohamed Ibn Chambas, le représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique de l’Ouest s’était rendu seul en Côte d’Ivoire en septembre dernier, il avait obtenu une petite avancée, avec la libération de neuf prisonniers proches de Guillaume Soro, dont trois députés. Accompagné du triumvirat, il n’obtient rien. Pourquoi ?

Depuis 2017, c’est Jean-Claude Brou, un Ivoirien fidèle d’Alassane Ouattara qui est à la tête de la CEDEAO et le Conseil de l’Entente est également dirigé par l’un de ses compatriotes. La commissaire aux affaires politique de l’Union africaine, la Burkinabè, Minata Samaté Cessouma, est en campagne pour sa réélection à ce poste, elle a besoin de tous les soutiens et ne peut donc pas se permettre de taper du poing sur la table. Quant à l’Onu, depuis l’arrivée d’Antonio Guterrez, qui a pourtant fait part de sa vive inquiétude concernant la Côte d’Ivoire, elle laisse les institutions régionales aux avant-postes et leur délègue la prévention et la résolution des conflits. Il n’y a donc plus personne pour faire valoir le droit international, les grands principes, les droits de l’homme, etc. pourtant tant vantés.

 

D’autant que tout ce qui vaut pour Alassane Ouattara vaut également pour Alpha Condé, puisque les deux Présidents en exercice sont montés sur la même fragile embarcation du troisième mandat. Le premier est puissant au sein de la CEDEAO, le second compte de nombreux soutiens au sein de l’Union africaine. Par conséquent, la mission tripartite en Guinée Conakry n’a pas donné plus de résultat que celle qui a eu lieu en Côte d’Ivoire. La chef de cette mission, la Ghanéenne Shirley Ayorkor Botchway, présidente du conseil des ministres de la CEDEAO a même déclaré que le Président guinéen est «un démocrate et il continuera toujours à prouver son caractère démocrate»…


 Guinée: violences meurtrières malgré l'accord entre enseignants et  gouvernement


_ Des peuples livrés à eux-mêmes

Une phrase qui risque de peser lourd dans le cas, presque quasi certain, où les résultats de l’élection présidentielle seront contestés, avec une nouvelle fois de nombreux morts à la clé. En prononçant ces mots, en ne faisant pas respecter leurs propres textes, l’Onu, l’UA, la CEDEAO se sont défaussées. Dès lors, ces institutions n’auront plus ni légitimité ni capacité d’action en cas de conflits postélectoraux.

 

Les opposants ivoiriens comme guinéens ont bien compris qu’ils ne pouvaient compter que sur leur propre détermination et que seul le rapport de forces sera décisif dans la bataille qu’ils mènent. L’ancien Président ivoirien, Henri Konan Bédié, a perçu le danger d’une telle situation et en a appelé, lors du dernier meeting de l’opposition du 10 octobre dernier, directement et personnellement à Antonio Guterrez.

 

Deux morts lors de violences interethniques en Côte d'Ivoire - La Liberté


_ Une position intenable

Quant aux autres acteurs internationaux, les États-Unis se sont montrés à plusieurs reprises préoccupés par le cas ivoirien, mais ils laissent, eux aussi, leurs partenaires et leurs ONG prendre les devants. L’Union européenne s’est pour sa part fendue d’un texte plus courageux, puisqu’elle rappelle les décisions de la Cour africaine des droits de l’homme. Reste le cas symptomatique de la France…

 

Emmanuel Macron qui –faut-il le rappeler?– avait fêté son anniversaire en grande pompe à Abidjan en décembre dernier; Emmanuel Macron, qui avait félicité le Président Ouattara lorsque celui-ci avait inopportunément déclaré qu’il ne se représenterait pas pour un troisième mandat; Emmanuel Macron, si prompt à s’ingérer dans les affaires libanaises ou biélorusses et à soutenir les manifestants, se tait.

 

C’est donc Jean-Yves Le Drian qui a donné la position de Paris, lors d’une audition à la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Balbutiant et perdu dans ses fiches, le patron du Quai d’Orsay a d’abord rétorqué au député Jean-Paul Lecoq, qui l’interrogeait sur les doubles standards de la diplomatie française, «qu’en Biélorussie, des dizaines de milliers de personnes manifestaient dans les rues» et qu’il ne fallait pas faire de «comparaisons hâtives.» Il a poursuivi en rappelant qu’un processus démocratique se poursuivait en Côte d’Ivoire et qu’il n’était pas chargé d’apprécier la nouvelle Constitution, «ce serait de l’ingérence»!

 

*Institut de veille et d’étude des relations internationales et stratégiques

 

Source : https://fr.sputniknews.com/ International/ 15.10.2020/ Mis à jour 16.10.2020/ Par Leslie Varenne

 

https://fr.sputniknews.com/international/202010151044582519-les-acteurs-internationaux-impuissants-face-aux-crises-en-afrique-de-louest/

 

Six questions qui façonnent l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire –  Centre d'Études Stratégiques de l'Afrique


----------------------------

 

Nigeria : douze morts dans la répression de manifestations pacifiques à  Lagos, selon Amnesty International


2 - Après les manifestations réprimées dans le sang au Nigeria, la tension ne faiblit pas

 

Incendies, heurts, coups de feu sporadiques : Lagos restait en proie aux tensions, mercredi, après la répression sanglante de manifestations la veille. Une situation qui suscite la réprobation internationale. La situation restait extrêmement tendue, mercredi 21 octobre à Lagos, au lendemain de la répression de manifestations pacifiques qui a fait 12 morts selon Amnesty International.

 

La tentaculaire Lagos s'était vidée de ses 20 millions d'habitants, priés de rester chez eux alors qu'un couvre-feu total a été imposé. Mais dans certains quartiers, de nouvelles violences ont éclaté entre forces de l'ordre et jeunes qui refusaient de respecter ce couvre-feu. Plusieurs coups de feu ont été tirés à différents endroits de la ville, selon des témoins à l'AFP.

 

Un jeune homme de 24 ans est décédé dans une ambulance qui le transportait à l'hôpital, bloquée par les forces de l'ordre à cause d'affrontements, ont affirmé sur Twitter deux figures de la contestation qui coordonnent l'envoi de secours aux manifestants, Moe Odele et Feyikemi Abudu. Le siège d'une station de télévision, connue pour ses liens avec un éminent politicien du parti au pouvoir, a aussi été incendié, ainsi qu'une importante station de bus et de nombreux autres bâtiments privés et publics.

 

Après les manifestations réprimées dans le sang au Nigeria, la tension ne  faiblit pas


_ "Tuer sans se soucier des conséquences"

Mardi, dix personnes sont mortes au péage de Lekki, dans le sud de Lagos, où l'armée a ouvert le feu sur des milliers de manifestants aux alentours de 19 h, selon l'ONG de défense des droits humains. À Alausa, un quartier du centre de Lagos où un autre rassemblement pacifique avait été organisé, au moins deux manifestants ont été tués, et un autre gravement blessé, par des tirs des forces de l'ordre, ajoute l'organisation. "Les soldats avait clairement une intention, tuer sans se soucier des conséquences", accuse Osai Ojigho, directeur de Amnesty International au Nigeria. "Ceux tués ou blessés lors de ces deux rassemblements ont été emmenés par les militaires", affirme l'ONG.

 

Au Nigeria, Lagos paralysée par les manifestants


_ Au Nigeria, "c'est comme si une boite de Pandore s'était ouverte"

Le péage de Lekki était l'épicentre de la contestation populaire qui secoue depuis près de deux semaines le Nigeria, première puissance économique de l'Afrique, et pays le plus peuplé du continent. Des milliers de jeunes manifestent contre les violences policières et le pouvoir en place accusé de mauvaise gouvernance. À ce jour, au moins 30 personnes, dont deux policiers, sont décédées dans ces manifestations.

  

Manifestation au Nigéria : le président Buhari lance un appel


_ Condamnations internationales

Le président de la commission de l'Union africaine (UA) Moussa Faki Mahamat a "fermement" condamné les "violences" survenues mardi, appelant à la désescalade, dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi. Il se félicite également du démantèlement par le gouvernement de la Brigade spéciale de répression des vols (SARS), une unité controversée de la police à l'origine du mouvement de protestation entamé début octobre. L'Union européenne (UE) et l'ONU ont églement condamné les violences, l'UE jugeant "crucial que les responsables de ces abus soient traduits en justice", l'ONU appelant à "la fin des brutalités et des abus policiers au Nigeria".

 

"Il semble assez clair que les forces nigérianes ont eu un recours excessif à la force, tirant et tuant à balles réelles", a déclaré la Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Michelle Bachelet. "Si les informations faisant état de la mise hors service de l'éclairage et des caméras de surveillance avant la fusillade devaient être confirmées, cela pourrait suggérer que cette attaque lancée contre des manifestants pacifiques était préméditée, planifiée et coordonnée", a-t-elle ajouté.

 

La Communauté économique des États ouest-africains (Cédéao) a appelé de son côté le gouvernement du Nigeria "à entamer sans tarder un dialogue afin de trouver rapidement une issue pacifique". Le chef de l'État ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de la Cédéao, a annoncé dans un communiqué s'être entretenu avec son homologue nigérian, qui selon lui "a lancé le processus qui mènera aux réformes".

 

Ils veulent instiller la peur pour nous désunir


_ "Fake news"

Après avoir assuré que l'attaque de Lekki n'avait fait aucun mort, le gouverneur de l'État de Lagos a évoqué le décès à l'hôpital d'une personne "en raison d'un trauma à la tête", tout en disant ne pas savoir s'il s'agissait d'un manifestant. Selon lui, il y a eu en outre 25 contestataires blessés. L'armée nigériane a elle nié être à l'origine de cette fusillade, dénonçant des "fake news".

 

Dans un communiqué mercredi matin, le président Muhammadu Buhari s'est borné à rappeler son engagement "à reformer la police", appelant de nouveau "au calme", sans un mot sur l'attaque de Lekki. De nombreuses voix s'élèvent au Nigeria pour réclamer sa démission. Sur les réseaux sociaux, la mobilisation est "d'une ampleur considérable pour dénoncer la violence de la répression policière avec plus de 4 millions de tweets ces dernières 24 heures pour condamner le #LekkiMassacre", selon l'organisme panafricain d'analyse des réseaux sociaux Afriques Connectées.

 

Plusieurs rassemblements ont été organisés pour rendre hommage aux victimes : à Pretoria en Afrique du Sud, à Accra au Ghana ou encore à Londres, où vit une important communauté nigériane. De nombreuses personnalités internationales ont également apporté leur soutien à la jeunesse nigériane, comme le candidat à la présidentielle américaine Joe Biden, ou les superstars Rihanna et Beyoncé.

 

Source : www.france24.com/fr/ Publié le : 22/10/2020/ Texte par : FRANCE 24/  Avec AFP

 

https://www.france24.com/fr/afrique/20201022-apr%C3%A8s-les-manifestations-r%C3%A9prim%C3%A9es-dans-le-sang-au-nigeria-la-tension-ne-faiblit-pas/

 

Des manifestations réprimées dans le sang à Lagos, le Nigeria plongé dans  le chaos


-----------------------------

 

Manifestations au Nigeria : le pays sous le choc après un