Publié le : 19-09-2019 à 14:24:29 Synthèse, compilation et textes réunis (David N'DJA Boka)

AFRIQUE/ MATIERES PREMIERES : perspectives


 

L’Afrique regorge de matières premières (pétrole, bauxite, bois, etc.). Mais cette richesse est aussi une fragilité car les économies nationales reposent souvent sur une seule de ces ressources. En outre, la faiblesse des industries locales de transformation ainsi que les règles du commerce mondial rendent les Etats dépendants du Nord. La situation, bien sûr, diffère selon les matières premières : essor de la production de pétrole, fragilité du coton, par exemple. Et il faut désormais compter avec les entreprises asiatiques et les revendications écologistes et sociales.

 

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1 - L’Afrique et ses matières premières : Une diversification qui ne réduit pas la dépendance

 

L’Afrique regorge de matières premières (pétrole, bauxite, bois, etc.). Mais cette richesse est aussi une fragilité car les économies nationales reposent souvent sur une seule de ces ressources. En outre, la faiblesse des industries locales de transformation ainsi que les règles du commerce mondial rendent les Etats dépendants du Nord. La situation, bien sûr, diffère selon les matières premières : essor de la production de pétrole, fragilité du coton, par exemple. Et il faut désormais compter avec les entreprises asiatiques et les revendications écologistes et sociales.

 

Le Sud n’est plus homogène : la concurrence économique et la diversification jouent aussi entre ces pays. A propos de l’Afrique, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) évoque même un « continent à deux vitesses (1) ». Stratégique, le marché des matières premières en fournit l’illustration. Ainsi, le taux de croissance de nombreux Etats du continent a été tiré vers le haut par les revenus pétroliers et par l’exportation des métaux (or, aluminium, cuivre, fer, platine...).

 

En revanche, et sauf exceptions, « les exportateurs africains de produits agricoles ont été moins à la fête. Ils ont notamment vu les prix de leurs produits d’exportation s’effriter au cours des dernières années », précise l’OCDE. De plus, la hausse du pétrole pénalise certains d’entre eux. Plus que jamais, en effet, il faut distinguer les pays producteurs de pétrole et ceux qui disposent de produits miniers, d’une part, ceux qui sont cantonnés aux matières premières agricoles, d’autre part. 


Pour ces derniers, la tendance sur plusieurs décennies n’a pas varié malgré une embellie récente : la dépendance à l’égard de quelques produits reste la règle, et le bilan est défavorable. « Bien qu’il puisse être difficile de confirmer et de quantifier une tendance mondiale à long terme au moyen de données statistiques, il ne fait aucun doute que les termes de l’échange des exportations agricoles de nombreux pays en développement se sont nettement dégradés, note ainsi l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) (2).

 

L’Afrique subsaharienne est la région qui a le plus souffert de dégradation. » Sur la base d’un indice 100 en 1990, les termes de l’échange des produits agricoles africains sont ainsi passés de 185 en 1960 à 85 en 2000 (3). Il ne fait donc pas bon dépendre de ses exportations agricoles. En outre, ajoute la FAO, si les pays en voie de développement ont réduit leur dépendance vis-à-vis des exportations de boissons tropicales (café, cacao, thé) et de matières premières, les pays les moins avancés (PMA) (4) – dont beaucoup sont africains – l’ont, en revanche, accrue : elle est passée de 59 % à 72 % entre 1960 et 2001.

 

La disproportion est forte entre la part que prennent, dans l’ensemble du commerce mondial, les matières premières agricoles (8,8 %) et extractives (14,4 %). Pour les pays à dominante agricole, dès lors, la facture est lourde. Entre 1960 et 2002, la part des exportations en provenance d’Afrique dans le commerce mondial (excepté l’Afrique du Sud) est tombée de 0,9 % à 0,3 %.

 

Cependant, si cette tendance générale, défavorable aux producteurs agricoles africains, reste conforme aux analyses qui avaient déjà cours dans les années 1960, de nouveaux facteurs sont apparus, comme en témoignent les tensions récentes sur les marchés du sucre et de la banane. En effet, en 1975, la convention de Lomé, signée entre les pays de la Communauté économique européenne (CEE) et ceux d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), avait créé des mécanismes correcteurs du marché.

 

Il s’agissait de limiter la dépendance des Etats concernés envers les fluctuations de celui-ci. En particulier, le système de stabilisation des exportations (Stabex), qui a fonctionné vaille que vaille jusqu’en 2000, et une réglementation spécifique de certains marchés (sucre, banane) garantissaient des débouchés à des pays qui n’étaient pas les plus compétitifs (5).

 

Or, depuis une dizaine d’années, ces mécanismes ont été remis en question. En 2000, l’accord de Cotonou (Bénin), qui remplace la convention de Lomé, a supprimé le Stabex (6). En outre, les achats préférentiels de banane et de sucre sont contestés devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) par d’autres pays du Sud (notamment le Brésil et la Thaïlande) (7).

 

Il serait erroné de limiter l’analyse aux exportations des pays producteurs vers les régions industrialisées du monde. Si c’était le cas, il faudrait se réjouir de certaines évolutions récentes, comme la hausse annoncée de la demande céréalière, qui, selon la FAO, « dépassera l’offre en 2006-2007, entraînant une baisse des stocks et une tendance haussière des cours (8) ».

 

Car si nombre de pays africains demeurent exportateurs de produits alimentaires, ils en sont aussi devenus importateurs. Ainsi, le Sénégal et Madagascar importent désormais leur riz, pourtant base traditionnelle de leur alimentation, tout comme le Mexique importe du maïs. La situation est d’ailleurs devenue paradoxale. Madagascar, par exemple, a lancé en 2003 une nouvelle politique orientée vers l’exportation des produits agricoles et la mise en place progressive de l’agro-industrie.


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Pour augmenter la production, le ministère de l’agriculture entend désormais promouvoir les grandes exploitations, en offrant aux investisseurs étrangers des réserves foncières. Un des objectifs consiste à exporter du riz haut de gamme vers l’Europe et les Etats-Unis, alors que les Malgaches doivent désormais acheter leur riz courant à l’Asie.

 

Dès lors, lorsque le prix des céréales augmente, les pays pauvres sont les plus touchés. Ils le sont d’autant plus lorsque les prix des produits qu’ils exportent sans être eux-mêmes importateurs évoluent à la baisse. C’est le cas du café (surtout depuis l’émergence du Vietnam comme producteur significatif), du cacao (notamment depuis la norme européenne abaissant la teneur minimale en cacao du chocolat) (9), de la banane, du sucre...

 

Pourtant, les récentes demandes chinoise et indienne en matières premières ont semblé modifier la donne. Selon l’OCDE, « les producteurs de matières premières d’Afrique subsaharienne ont bénéficié d’une demande mondiale en augmentation pour leurs exportations et d’une amélioration de leurs termes de l’échange (10) ». Mais, outre le danger de vouloir corriger des tendances structurelles par des évolutions conjoncturelles, cette demande porte sur des produits précis : pétrole, minerais, bois, coton...

 

Les pays producteurs de pétrole et de minerais connaissent un sort différent de ceux qui sont cantonnés aux matières premières alimentaires. Les intérêts sont énormes, et les circuits, pas toujours légaux. Une zone spécifique de l’Afrique se trouve dans la ligne de mire : la région des Grands Lacs, dont la partie orientale de la République démocratique du Congo (RDC).

 

L’accès aux minerais a notamment alimenté les guerres qui ont déchiré la RDC. Certains de ces minerais sont traditionnels (diamant, or, cuivre...), d’autres nouveaux : la colombo-tantalite (coltan, nécessaire aux téléphones portables), la tourmaline (une pierre de joaillerie), la monazite, le niobium... « Personne ne saura jamais les quantités réelles de minerais sortis du pays depuis août 1998 [année du début de la dernière guerre].

 

Les vraies exportations n’ont rien à voir avec les statistiques reprises dans les documents officiels », nous explique ainsi un agent de la division provinciale des mines et géologie. Dans le Nord-Kivu, vingt-cinq tonnes de coltan et cinquante tonnes de cassitérite sont produites chaque mois dans le seul territoire du Masisi, selon le gouvernorat. Un autre territoire, celui de Walikale, produirait mensuellement mille tonnes de coltan (lire « Le Congo transformé en libre-service minier »).

 

Au-delà même du cas spécifique des pays en guerre, comme la RDC l’a été jusqu’en 2003, le pactole des matières premières profite rarement aux populations locales. La situation des nouveaux pays pétroliers l’illustre (lire « Que faire de la manne pétrolière ? »). En effet, entre errements administratifs et mécanismes de l’économie mondiale, la répartition de la manne demeure une question décisive.

 

André Linard/ Journaliste, agence InfoSud, Bruxelles.

 

(1) OCDE, « Perspectives économiques en Afrique, 2006. Un continent à deux vitesses ? », Paris, mai 2006.

(2) FAO (département économique et social), Situation mondiale de l’alimentation et e l’agriculture 2005, Rome, 2006.

(3) Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), « Developing countries in international trade », Genève, 2005.

(4) Pour la liste des PMA, voir, sur le site de la Cnuced.

(5) Lire Anne-Marie Mouradian, « Menaces sur la convention de Lomé », Le Monde diplomatique, juin 1998.

(6) Lire Raoul Marc Jennar, « Ces accords que Bruxelles impose à l’Afrique », Le Monde diplomatique, février 2005.

(7) Lire Hugo Ruiz-Dias, « Une tribune pour les pays du Sud », Le Monde diplomatique, septembre 2005.

(8) FAO, « Perspectives de l’alimentation », juin 2006.

(9) Cf. Conseil national de l’alimentation, « Le chocolat, vers une redéfinition européenne ».

(10) OCDE, « The rise of China and India. What’s in it for Africa », mai 2006.

 

www.monde-diplomatique.fr/ Septembre 2019

 

https://www.monde-diplomatique.fr/2006/07/LINARD/13654/

 

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2 - Actualité/ Économie : À Davos, l'Afrique fixe ses priorités

 

En pleine guerre commerciale et dans un contexte mondial morose, le forum économique offre au continent une occasion de se pencher sur ses propres défis. Grands patrons, chefs de gouvernement, ministres mais aussi activistes doivent participer à des débats sur les thèmes les plus variés, allant des déchets plastiques à la géopolitique en passant par l'intelligence artificielle.

 

C'est le sujet qui agite tous les dirigeants au Forum économique mondial de Davos : le potentiel économique de l'Afrique et sa future zone de libre-échange continentale. « L'accord de libre-échange continental africain est passionnant ! C'est une preuve du leadership de notre continent pour répondre à l'ambition des Objectifs de développement durable », s'est enthousiasmée l'Ougandaise Winnie Byanyima, directrice exécutive d'Oxfam International lors d'un panel tenu mardi.

 

L'Afrique subsaharienne, en première ligne face à la mondialisation, fait face à des défis uniques. Comme le soulignaient les Perspectives de l'économie mondiale du FMI à la fin de 2018, les économies dépendantes des matières premières pourraient être confrontées à des difficultés d'adaptation avec des revenus structurellement plus faibles que par le passé, alors que de nombreux pays africains affichent des perspectives de chômage sombres. L'avantage comparatif dans le travail à bas salaire ne sera peut-être pas une source de salut pour l'avenir.


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La donne de la main-d'œuvre bouleverse les plans de l'Afrique

Le continent doit créer 18 millions d'emplois chaque année jusqu'en 2035 pour accueillir les nouveaux venus sur le marché du travail. C'est un véritable changement de paradigme que doivent affronter les pays africains. Jusqu'à récemment, il était largement admis que la Chine grâce à la forte croissance de son économie migrerait ses usines et sa main-d'œuvre vers le continent avec notamment des avantages en termes de coûts pour tirer parti de la main-d'œuvre bon marché en Afrique.

 

Mais le caractère changeant de la mondialisation – en particulier l'émergence de chaînes de valeur mondiales axées sur les services, la robotique et les connaissances – risque de ne pas être favorable au continent africain. Selon un rapport du Global Mckinsey Institute, qui décrit les nouvelles tendances de la mondialisation, la main-d'œuvre peu qualifiée représente désormais un frein.

 

«  Le ralentissement chinois préoccupe tout le monde, parce qu'il va nécessairement avoir un impact sur la demande chinoise et donc sur les pays exportateurs  », a expliqué à l'AFP le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, en marge du Forum de Davos.

 

«  Nous suivons la situation de très près  », a-t-il expliqué, rappelant que «  l'Afrique exporte près de 85 % de ses matières premières vers la Chine  ». Le géant chinois a annoncé lundi, juste avant l'ouverture du Forum de Davos, une croissance de 6,6 % en 2018, son plus bas niveau depuis près de 30 ans.

 

«  L'Afrique a besoin de profondes réformes structurelles pour diversifier son économie  », selon la BAD. Son président met en avant deux priorités : l'industrialisation et la création d'un grand marché continental. «  Pour éviter le piège de l'économie informelle et le chômage chronique, l'Afrique doit s'industrialiser et créer de la valeur ajoutée pour ses abondantes ressources agricoles et minérales  », plaide Adesina.


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Un potentiel immense

Jack Ma, emblématique fondateur d'Alibaba, a abondé dans ce sens mercredi en dévoilant les ambitions du géant chinois de l'e-commerce en Afrique et salué le potentiel du continent, qu'il juge plus accueillant qu'une Europe «  trop inquiète  », à l'heure où l'expansionnisme économique de Pékin alarme l'Occident. L'Afrique «  ressemble à la Chine d'il y a vingt ans, avec tant de jeunes gens qui ne redoutent pas l'avenir. L'Europe s'inquiète de demain, l'Afrique pas  », s'est réjoui Jack Ma lors d'une conférence.

 

«  Aujourd'hui, le monde est miné par la suspicion. L'Europe s'inquiète trop : on y demande Comment peut-on réguler ceci ? Comment peut-on se protéger ? [...] Du coup, nous n'allons pas d'abord dans les pays européens, nous allons là où l'on croit en nous, en Afrique  », a-t-il insisté, aux côtés du président rwandais Paul Kagame et d'autres panélistes.

 

C'est au Rwanda qu'Alibaba a lancé début novembre sa première plateforme de commerce électronique en Afrique, dans l'objectif de muscler les échanges sino-africains. Le continent est choyé par Pékin et les entreprises étatiques chinoises à coups d'investissements colossaux. «  Le Rwanda va être le plus important hub en Afrique, et ceux qui y auront prospéré essaimeront sur tout le continent  », a assuré M. Ma devant un parterre de responsables économiques réunis dans la station de ski suisse.

 

Pour lui, l'Afrique, forte de 1,2 milliard d'habitants et d'une population jeune, offre un potentiel colossal aux firmes technologiques, à la condition d'infrastructures internet «  accessibles pour tous  », de dépenses accrues dans l'éducation, mais surtout de gouvernements soutenant jeunes entrepreneurs et petites firmes. «  Les gouvernements [en Afrique] doivent être transparents. Ils ne doivent pas couper l'Internet : s'ils le font, ils se nuisent à eux-mêmes  », a insisté le fondateur d'Alibaba.

 

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Mais la question de l'intégration économique reste posée

Pour  Bernard Gautier, directeur général adjoint de l'investisseur Wendel, le premier enjeu est de réellement lever les barrières physiques entre pays africains. Exemple à l'appui : « Nous avons un bureau au Maroc avec un employé congolais et un camerounais, mais ils ne peuvent pas aller au Kenya. L'un aura besoin de semaines pour obtenir un visa, tandis que l'autre ne pourra en obtenir aucun », décrit-il. Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement, reconnaît qu'environ « la moitié des 54 pays africains ont encore besoin d'un visa pour voyager.

 

Un quart seulement n'en a pas besoin, tandis qu'un autre quart les émet à l'arrivée », des disparités qui accroissent les freins pour faire des affaires. Bernard Gautier persiste : « Si nous pouvons immédiatement lever les barrières qui existent dans ces pays non pas seulement pour la circulation des biens, même si là aussi il y a débat, puisqu'a ujourd'hui, transporter une voiture de Paris à Lagos coûte moins cher que d'Accra à Lagos, poursuit-il, ce sont des exemples vivants. » « Les hommes d'affaires ont besoin de traverser les frontières pour faire des affaires, dupliquer les modèles d'affaires qui fonctionnent.

 

Les travailleurs ont aussi besoin de voyager, et avec tout le respect que j'ai pour ce grand pays qu'est la Chine, l'Afrique n'a pas besoin de travaileurs chinois mais de travailleurs africains. » Pour la BAD, le calcul des gains que rapporterait l'intégration économique est simple : l'institution table sur une augmentation initiale de 15 % du commerce intra-africain et une augmentation du revenu réel d'environ 2,8 milliards de dollars, après suppression des droits de douane.

 

L'élimination des autres obstacles représenterait 37 milliards de dollars. Mais «  nous devons éviter à notre bloc commercial de laisser les pays riches compromettre notre développement industriel  », a averti Winnie Byanyima, faisant sans doute allusion au dernier rapport d' Oxfam sur les inégalités dans lequel l'ONG conclut que « les inégalités sont hors de contrôle ».

 

Par Le Point Afrique/ Modifié le 24/01/2019/ Publié le 24/01/2019/ Le Point.fr

 

https://www.lepoint.fr/economie/a-davos-l-afrique-fixe-ses-priorites-24-01-2019-2288632_28.php/

 

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