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MODELE DE PAIX ET MODELE DE DEVELOPPEMENT QUELQUES REFERENCES AFRICAINES OU MONDIALES

DOSSIERS (Textes pdf et autres)


Publié le 05/02/2014 à 04:00:21
LUCKY DUBE : Reggae, violence et engagement politique.




INTRODUCTION:

Lucky DUBE, artiste de reggae et star mondiale adulée, est mort tragiquement le jeudi 18 octobre 2007, assassiné par de prétendus voleurs, dans sa patrie, l’Afrique du Sud, (le pays le plus riche et le plus développé du continent africain, et l’une des puissances émergentes du monde). Une nation qui a vaincu l’apartheid, mais qui peine à juguler le Sida et la violence, qui détruisent chaque année des milliers de vies.

Aujourd’hui, loin de l’Afrique du Sud, les fans de cette musique s’interrogent. Pourquoi les meilleurs artistes de reggae finissent toujours « assassinés » ?

Le reggae, musique de non violence, est-il condamné par la violence de son milieu créateur ?

Les réflexions qui suivent, mûries à l’aune des contributions musicales importantes de deux artistes émérites proches, Peter Tosh et Lucky Dube, peuvent éclairer sur les fondements possibles de la violence dans l’univers du reggae. Elles esquissent également quelques perspectives, pour aider à réformer la gouvernance politique des pays, dans l’optique des combats politiques du reggae.

I - LA VIOLENCE DANS L’ENVIRONNEMENT DU REGGAE :

 

Le fait de violence peut paraître saugrenu dans le reggae, car cette musique, qui a pour objet de chanter Dieu (personnifié ici par Haïlé Sélassié ou Jah Rastafari, ancien empereur d’Ethiopie), puise ses racines dans la religion et la non violence. Mais les choses sont en réalité plus complexes. 

Cette musique (d’origine noire) de paix, d’amour et de fraternité, présente au quotidien dans ses chansons, les souffrances des peuples martyrisés par l’absence de liberté, la violence, la pauvreté et le sous-développement, l’injustice sous toutes ses formes, etc. Ces maux, qui sont malheureusement le quotidien des peuples noirs d’Afrique et d’Amérique, les zones les plus défavorisées et les plus pauvres de la planète Terre. Il s’agit ici de la violence de l’Etat ou du système politique.

Le reggae chante et critique également la violence dans son monde, le ghetto. Cette violence, faite de petit et de grand banditisme, de prostitution, de drogues, de pauvreté et de maladie, d’alcoolisme, etc., est interne et propre aux ghettos.

Si le reggae chante ces maux et tragédies, c’est qu’il est avant tout né dans cet univers-là, pauvre, violent et souvent sans perspectives. Un univers où sont présentes, malheureusement, les drogues douces, utilisées comme un adjuvant spirituel.

Mais les chanteurs de reggae les plus lucides savent que les drames provoqués par les milieux pauvres des cités africaines, sont générés par le système institutionnel d’exclusion politique, économique et social, qu’on arrive même plus à changer. Quel défaitisme !

Après quatre décennies de non développement véritable du continent africain, les problèmes et souffrances des peuples se sont multipliés et complexifiés. La violence est devenue plus agressive et plus meurtrière.

 

II - LE COMBAT POLITIQUE DU REGGAE A TRAVERS L’ŒUVRE MUSICALE DE PETER TOSH ET LUCKY DUBE :

 

Le reggae est avant tout un genre de musique plaisant. Sa force semble émaner des rythmiques qu’il véhicule. Il intègre également et digère de façon singulière, toutes les sonorités musicales connues : Rap, Pop, Rock, Country, Jazz, Blues, rythmes africains, Zouk, etc. C’est une force indéniable pour une musique, qui peut ainsi grossir, se renforcer, se moderniser et se bonifier.

Mais la principale spécificité du reggae reste ses textes. C’est l’un des rares genres de musique qui s’engage pleinement dans le combat politique. A ce sujet, il a un drapeau, dont les symboles sont : le rouge, le jaune et le vert. C’est le signe qu’il est très proche du pouvoir d’Etat. Le reggae est de ce fait, à l’image d’une opposition politique, une force de sensibilisation, qui rappelle de façon interminable, les maux et souffrances des couches les plus défavorisées de la société. Aucun homme politique averti ne peut donc se fermer à cette musique politique et sociale.

Que retenir alors de l’œuvre musicale politique de Peter Tosh et de Lucky Dube ?

S’agissant de Peter Tosh, il faut noter qu’il a ouvert le reggae aux sonorités de la Musique mondiale, en le rapprochant du Rock and Roll. Ses collaborations avec les meilleurs musiciens et groupes musicaux du monde ont contribué au rayonnement planétaire du reggae et surtout à son respect.

Musicien et instrumentiste de talent de dimension mondiale, Peter Tosh a permis au reggae d’obtenir la respectabilité technique qui manque aux musiques des pays du sud. Sa mort prématurée par la violence est sans aucun doute une grande perte pour le reggae et pour la musique noire de façon générale.

Pour ce qui est de son message politique et social, il a permis au reggae de s’affranchir des carcans de la négritude, en élargissant ses textes musicaux aux problèmes de fond des sociétés noires, à savoir :

_ la condamnation de l’étrange et inadmissible pauvreté du continent noir,

_ la critique de l’insuffisance de l’engagement politique, économique et financier des Etats-Unis d’Amérique (pays à minorité noire), vis-à-vis du continent noir,

_ le refus du nucléaire militaire et la condamnation de l’holocauste,

_ la condamnation de la confiscation des richesses des peuples pour servir le complexe militaro-industriel (parlant de l’apartheid),

_ le refus des accords de paix enthousiastes et sans contenus, signés sans prendre en compte les problèmes de fond des peuples,

_ le choix des droits de l’homme et de la justice, face à l’arnaque de la paix (le diplôme qu’on donne aux morts au cimetière, selon Tosh),

_ la musique comme un engagement et un testament quotidien, etc.

S’agissant de Lucky Dube, il faut confesser que des chanteurs du reggae connus, il semble être le plus proche de Peter Tosh, au niveau de la musique, des textes et de la voix. Connaître Tosh peut donc aider à connaître Dube, l’un des meilleurs artistes reggae de la nouvelle génération.

Lucky Dube a aidé à l’essor du reggae, en y intégrant notamment les sonorités musicales sud-africaines, qui sont parmi les plus riches et les plus prisées du monde. Cette dimension sud-africaine a donné une personnalité et une identité à sa musique. Car dès les premières notes, une composition de Dube se singularise.

Ses textes ont également aidé à recadrer en partie la lutte politique et sociale. Quelques-uns des thèmes musicaux abordés sont les suivants : le choix de l’éducation économique et sociale pour libérer les peuples de la pauvreté, la condamnation de la mauvaise gouvernance politique (détruisant en une décennie de pouvoir malheureux, des années de réalisation), le conseil de l’humilité au Dollar US, la condamnation de la violence politique et sociale sous toutes ses formes, le rejet de la politique utilisée comme un jeu de mensonge, etc.

Dube a aidé cette musique à poursuivre son évolution. Les fans du reggae ne l’oublieront jamais.

 

III - QUELLE GOUVERNANCE POUR AMELIORER LES CONDITIONS DE VIE DANS LES GHETTOS ? :

 

La question mérite d’être posée car les problèmes de pauvreté, de violence, de sous-développement, etc., qui fondent le reggae, demeurent des préoccupations quotidiennes ingérables au sein des pays africains. La pauvreté et la misère restent la règle en Afrique.

Pire, des pays promis à un avenir prometteur de stabilité, de développement et de démocratie, sont devenus des républiques bananières quelconques, s’enfonçant dans la déchéance et le sous-développement. La Côte d’Ivoire et le Zimbabwe constituent les exemples les plus tristes de l’échec politique (et de l’incapacité du reggae à influencer positivement la gouvernance).

Bob Marley a chanté le Zimbabwe et Alpha Blondy, la Côte d’Ivoire vertueuse d’Houphouët-Boigny. Aujourd’hui, les régimes militaro-civils non légitimes dans ces deux pays, semblent avoir oublié l’essentiel, à savoir, le développement économique et social dans une société démocratique stabilisée.

Aujourd’hui et sous nos yeux, le radicalisme des banlieues, la criminalité sous toutes ses formes, la violence, les drogues dures, l’intégrisme, le terrorisme, le déplacement massif des populations, l’émergence de régimes non démocratiques dangereux et arrogants, etc., sont des horizons nouveaux de lutte et offrent aux artistes de reggae de la nouvelle génération, des nouveaux cris de guerre.

La lutte politique et musicale doit donc se poursuivre car les amis du reggae sont de plus en plus nombreux au sommet de l’Etat dans de nombreux pays. Les leaders et sympathisants du reggae, doivent s’engager davantage politiquement, en vue de susciter une amélioration durable de la gouvernance des pays. Il s’agit en fait d’aider à la prise en compte des idéaux et des préoccupations fécondes des masses populaires et des ghettos. En canalisant et en affinant le message et le discours politique, le reggae peut faire changer favorablement les choses.


CONCLUSION :

 

La mort prématurée de Lucky Dube doit pouvoir servir au triomphe du bon combat qu’il a cru devoir mener, à savoir : consolider le reggae en tant que bonne musique et améliorer son image, poursuivre le combat de sensibilisation politique et sociale, aider à la consolidation de la gouvernance politique dans les pays africains et contribuer enfin à réduire la violence, par la destruction de ses sources, fondements et supports.

 

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Par N’DJA Boka (Fonctionnaire, ASF/Trésor public, Côte d’Ivoire ; Cadre du PDCI-RDA)


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