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MODELE DE PAIX ET MODELE DE DEVELOPPEMENT QUELQUES REFERENCES AFRICAINES OU MONDIALES

RETROSPECTIVES


Publié le 26/04/2014 à 21:39:08
GENOCIDE ARMENIEN DE 1915/ ESCLAVAGE : les grandes hontes ne disparaissent jamais...




1 – « La traite transatlantique des esclaves est dans l’histoire le plus vaste mouvement forcé de personnes innocentes. D’après les estimations de l’UNESCO, cette traite a déraciné 15 à 20 millions d’Africains qui ont été séquestrés et traînés de force dans les Amériques et les Caraïbes. Ces personnes ont enduré une misère indescriptible de même que leur descendants et ce pendant des centaines d’années. »


 

 

2 – « La Turquie refuse de reconnaître le génocide arménien, car elle estime que personne n'avait l'intention d'"exterminer un groupe ethnique ou religieux spécifique". "L'Empire ottoman n'avait pas pour projet d'anéantir la nation arménienne en tant que telle", déclare Goumer Issaev, directeur de l'Institut turc d'études russes. Des messes de commémoration se sont tenues dans les églises arméniennes à travers le monde. Une marche funeste a été organisée hier à Erevan, des milliers de personnes ont défilé avec des cierges vers le mémorial dédié aux victimes de ce génocide qui a fait près de 1,5 million de morts. »







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1 - Mercantilisme et commerce triangulaire

 - Le commerce triangulaire

L'esclavage


Le mercantilisme

Le mercantilisme est une doctrine économique des 16e et 17e siècles selon laquelle les richesses premières d’un État sont l’or et l’argent.

La doctrine économique du mercantilisme a guidé les décisions économiques jusqu'au 18e siècle. Selon cette doctrine, la puissance d'un État est proportionnelle à ses réserves de métaux précieux. L'enrichissement d'un État doit donc se faire par le commerce extérieur. Les métropoles encouragent ainsi les exportations et les importations avec leurs possessions coloniales. Le but est de protéger et d'augmenter les réserves du pays. Pour y parvenir, les métropoles établissent des comptoirs commerciaux dans leurs colonies. Ces comptoirs vont faciliter l'acquisition des denrées. Au Québec, plusieurs comptoirs commerciaux avaient été établis pour faciliter la traite des fourrures. Les commerçants avaient ainsi l'occasion d'échanger facilement leurs marchandises contre les fourrures auprès des coureurs des bois ou des autochtones.


Les produits d'Amérique importés en Europe

Après la découverte de l'Amérique et la conquête des peuples autochtones, les Européens ont rapidement pris possession des nouveaux territoires. Avec ces nouveaux territoires, ils ont découvert des produits qui leur étaient encore inconnus : maïs, pomme de terre, tomate, cacao, etc. Assez rapidement, un commerce s'est organisé entre les colonies et les pays d'Europe. En plus des nouveaux produits, les colons exportent d'autres produits agricoles importants comme le tabac, le sucre et le café en plus de profiter des métaux précieux contenus dans les sols américains.


Les produits agricoles

Les Européens importent les produits agricoles de l'Amérique en très grandes quantités. Dans les premières années de la colonisation, les produits agricoles représentent 20% des importations européennes en provenance de l'Amérique. Toutefois, cette proportion a largement augmenté au cours du 18e siècle.

Peu à peu, les Européens intègrent ces produits dans leur alimentation : tomate, maïs, pomme de terre et cacao. Avec le temps, certaines personnes ont même réussi à adapter des plantes au climat de l'Europe. Dans les potagers européens poussaient maintenant des tomates et des pommes de terre. La consommation de sucre et de tabac augmente aussi en Europe.


Les métaux précieux

Les conquistadors espagnols constatent assez rapidement la richesse des villes des civilisations autochtones. C'est d'ailleurs ce qui les pousse à explorer le territoire : dénicher plus de métaux précieux. Les métaux précieux envoyés en Europe proviennent ainsi de deux sources : les mines et les butins de guerre. Les butins de guerre proviennent majoritairement des villes aztèques et incas. Lorsqu'elles sont prises par les conquistadors, ces villes sont dépouillées de leurs richesses. Les mines qui intéressent les Européens sont les mines d'or et les mines d'argent. Ils exploitent ainsi rapidement les mines d'or de Cuba et les mines d'argent du Pérou. Au 18e siècle, les mines mexicaines et les mines brésiliennes s'ajoutent. L'exploitation minière la plus rentable au cours du 18e siècle est sûrement celle du Mexique. Toutes les mines américaines représentent plus de richesses que celles apportées par les mines européennes et africaines réunies. Toutefois, cette production minière, bien qu'importante pour les pays d'Europe, ne domine pas l'économie.




L'organisation du commerce mondial

Le nouveau continent riche en produits agricoles et miniers amorce une série de modifications dans l'organisation du commerce. Les États qui gèrent des territoires extérieurs ont encore plus de possibilités d'enrichissement à la condition d'être bien organisés. On distingue ainsi les métropoles des colonies. Les métropoles sont ces États qui gèrent des territoires qui leur sont extérieurs. Ces territoires extérieurs, les colonies, sont dépendants des métropoles.


Le commerce triangulaire

Le commerce triangulaire est la solution employée par les métropoles pour rentabiliser au maximum les voyages entre les différentes colonies et la métropole.

Schéma du fonctionnement du commerce triangulaire (cliquer pour agrandir)

De manière générale, le commerce triangulaire fonctionne ainsi :
Premièrement, des navires partent des pays européens. Ils sont chargés de produits manufacturés, d'armes, d'alcool, de verroterie (petits objets de verre), etc.

Deuxièmement, ces produits arrivent près des côtes africaines. Les marchands à bord des navires effectuent des transactions : ils échangent leurs biens contre des esclaves. Ces marchands européens font affaire avec les rois puissants des pays africains ou avec les marchands d'esclaves.

Troisièmement, les navires repartent des côtes africaines. Cette fois, ils sont chargés d'esclaves et mettent le cap vers les colonies de l'Amérique.

Quatrièmement, lorsqu'ils arrivent en Amérique, les marchands échangent les esclaves contre les produits des colonies (rhum, sucre, tabac, produits agricoles, métaux précieux).

Finalement, les navires, chargés des richesses provenant des Amériques, mettent à nouveau le cap sur l'Europe. Le voyage a été extrêmement rentable.

Cette manière d'organiser le commerce mondial fait surtout profiter les métropoles qui exportent et importent facilement des produits entre leurs colonies sans jamais avoir à puiser dans leurs réserves. Toutefois, les métropoles ne sont pas les seules bénéficiaires de ce système : les commerçants qui gèrent les navires et les rois africains y trouvent tous leur compte. Les commerçants obtiennent des parts des richesses voyagées alors que les rois africains gagnent non seulement en objets de valeur, mais surtout en pouvoir grâce aux armes.


ESCLAVAGE... dans PETITES PHRASES ET POEMES chaine-d-esclaves-television-magazine-24343712


L'esclavage

L'une des facettes du commerce triangulaire implique la traite d'esclaves africains. Il est important ici de fournir plusieurs informations concernant cet aspect de la colonisation.
Attention, certains extraits du texte suivant pourraient choquer.

La situation avant l'esclavage des Noirs

Avant de recourir aux esclaves africains, les colons espagnols forcent les habitants autochtones à travailler dans les mines et sur les plantations agricoles. Les pratiques agricoles visent d'abord et avant tout la rentabilité économique. Par conséquent, les colons développent de plus en plus de grandes plantations de canne à sucre et ont rapidement besoin de main-d'oeuvre en très grande quantité. Toutefois, les Amérindiens recrutés meurent rapidement, soit parce qu'ils avaient contracté une maladie mortelle, soit parce qu'ils ont succombé aux lourdes tâches physiques qu'ils devaient accomplir.

Comme le nombre d'employés nécessaires sur les plantations ne faisait qu'augmenter, les colons devaient rapidement trouver des alternatives lorsque les Amérindiens vinrent à manquer. La première solution mise en place fut celle d'engager des Européens sans-le-sous. Ces derniers avaient accès aux nouveaux territoires à la condition de travailler 36 mois sur les plantations. Cette solution a fonctionné pendant un certain temps. Rapidement toutefois les volontaires se sont faits moins nombreux. Les conditions de travail étant exécrables, moins de la moitié des personnes engagées survivaient à la tâche. Cet état de fait a fini par être plus connu et les éventuels immigrants ne souhaitaient plus signer de contrat qui risquait de les mener vers la mort. En 1720, plus personne ne se portait volontaire.

Les débuts de l'esclavage

Dès 1502, les colons complètent la main-d'oeuvre avec des Africains qui proviennent des plantations espagnoles ou encore des marchés d'esclaves tenus pas les Arabes. À ce moment, tous les travailleurs ont les mêmes conditions de travail, qu'ils soient noirs ou blancs. La proportion des Africains est toutefois toujours en hausse. Les travailleurs sont de plus en plus recrutés sous la contrainte et par la force. Les premiers engagés africains en Amérique du Nord sont arrivés en 1619 en Virginie.

À la fin du 17e siècle, les travailleurs esclaves africains sont plus nombreux que les colons blancs. C'est pourquoi les colons ont commencé à élaborer des lois sur les conditions des esclaves. Ils voulaient ainsi éviter des révoltes ou encore le mélange des races. À cette époque, les Anglais se fient sur leur interprétation de la Bible pour justifier le statut et le traitement réservé aux esclaves.


Esclaves au travail dans une plantation de canne à sucre

Quelques données sur la traite des esclaves

Les navires marchands qui servaient au transport d'esclaves s'appellent négriers. Ces navires étaient conçus pour transporter facilement aussi bien les marchandises que les groupes d'esclaves. Les navires en provenance de l'Europe effectuaient un premier arrêt sur les côtes africaines. C'est là que les marchands échangeaient des biens contre des esclaves forts et en santé. Environ 600 esclaves étaient d'abord marqués au fer rouge pour ensuite se trouver enchaînés dans les cales des navires. Ils y étaient entassés, sans lit, sans eau, sans toilette et sans réelle possibilité de mouvement. La traversée de l'Atlantique pouvait durer ainsi entre 3 et 6 semaines pendant lesquelles tant les esclaves que les membres de l'équipage succombaient aux conditions de vie éprouvantes et non hygiéniques. Le taux de mortalité chez les esclaves était environ de 10% à 20%.


Plan général d'un navire négrier

Le transport d'esclaves africains vers l'Amérique a commencé dès le 16e siècle et a perduré jusqu'au 19e siècle. Au cours du 18e siècle seulement, des historiens ont estimé la quantité d'Africains transportés vers l'Amérique à environ 7,5 millions.  Pour l'ensemble de cette période dans laquelle subsistait ce commerce d'esclaves, on parle de plus de 12 millions d'individus africains qui ont été vendus aux Européens par les rois africains et les marchands arabes. Les pays qui ont le plus acheté d'esclaves sont le Portugal, la Grande-Bretagne, l'Espagne et la France. Les Pays-Bas et les États-Unis se trouvent également dans ce triste palmarès.

La traite des esclaves vers les Amériques n'a pas été le seul commerce de ce genre. En effet, du 8e au 19e siècle, on ne compte pas moins de 17 millions d'esclaves ayant été envoyés vers le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et l'océan Indien.




Le traitement réservé aux esclaves

Les maîtres des esclaves ne les ont jamais réellement traités avec pitié ou compassion. Ces sentiments étaient jugés inutiles puisque les esclaves n'étaient tout simplement pas considérés comme des humains. Pour les propriétaires des plantations, les esclaves n'étaient qu'une marchandise parmi d'autres dont on espère un bon fonctionnement et que l'on tient en inventaire.

Dès leur sélection à bord du navire, les familles peuvent être séparées en tout temps. Les maîtres des plantations vont sélectionner les meilleurs éléments sans jamais prendre en considération les liens qui unissent les parents et les enfants. Les esclaves habitaient sur les terres de leurs maîtres et vivaient à l'intérieur de petites maisons sans meuble dans lesquelles le sol servait de lit. Les conditions hygiéniques sont déficientes et plusieurs maladies infectieuses touchent de nombreux esclaves.


Petites cabanes à esclaves

Les esclaves sont forcés de travailler de longues heures sur les plantations. Le travail est dur et éprouvant pour tous : hommes, femmes, femmes enceintes, enfant âgés d'à peine 10 ans. Pour subvenir à leurs besoins alimentaires, ils n'ont droit qu'à une alimentation pauvre : bananes, riz et ignames. Ils ne mangent pratiquement pas de viande. Cette alimentation est grandement insuffisante considérant les grosses tâches qu'ils doivent accomplir. Les esclaves n'ont droit qu'à une seule journée de congé par semaine. Pour se vêtir, ils reçoivent de nouveaux vêtements et deux chaussures qui doivent durer toute une année.

Sur les plantations, un intendant est chargé de contrôler le travail des esclaves. Il représente l'autorité et est donc en mesure de punir ses esclaves comme bon lui semble. De leur côté, les maîtres des esclaves ont tous les droits. Ils décident de l'éducation, de la religion et du travail. Dans certains cas, il est interdit pour les esclaves de parler de leur pays d'origine. De manière générale, les maîtres préféraient ne pas instruire leurs esclaves puisque, selon eux, un esclave instruit était un esclave dangereux.

Les maîtres leur enseignaient toutefois la religion afin qu'ils soient de bons chrétiens. Les esclaves n'apprenaient par contre rien par rapport au paradis ou à la grâce divine. Selon les maîtres, ces enseignements étaient inutiles puisque les esclaves n'y auraient pas accès.

Les propriétaires jouissaient également de tous les droits en matière de punition et de sévices corporels. La seule limite résidait dans le fait qu'ils devaient conserver la « marchandise » en état de fonctionner. Comme les esclaves n'étaient vus que comme des outils de travail, les maîtres devaient les punir lorsque le travail était insatisfaisant tout en s'assurant de conserver le capital précieux qu'ils représentaient. Parfois, les maîtres se réservaient le droit de punir des esclaves jusqu'à la mort. C'était la punition donnée lorsqu'un esclave frappait son maître.


Sévices corporels infligés à un esclave


La législation sur l'esclavage

À l'époque où la traite des esclaves a commencé, celle-ci s'imposait comme la manière facile de faire prospérer les richesses des métropoles. L'esclavage des Amérindiens et des Noirs représente la manière de penser de l'époque. Pratiquement personne ne remettait la pratique esclavagiste en question, pas même les philosophes.

Toutefois, certains rois, dont le roi Louis XIV, ont jugé utile de créer une législation sur l'esclavage, mais le but n'était pas de l'interdire. À cette époque, il aurait été impossible de le faire sans se mettre à dos tous les riches, les marchands et la royauté. La première loi sur l'esclavage était française et a été élaborée par Colbert, un ministre de Louis XIV. Cette loi stipulait que les esclaves étaient des biens meubles que l'on devait éduquer dans la foi chrétienne.

Le Code Noir a été élaboré au 17e siècle afin d'établir clairement le statut juridique des esclaves. Ce code, loin de défendre l'identité propre de l'esclave, fixe son statut de marchandise qui doit obéissance à son maître. Le texte a d'ailleurs longtemps été utilisé pour défendre et justifier les sévices imputés aux esclaves et aussi rendre criminelle leur liberté.


Punitions réservées aux esclaves

L'esclavage a enrichi les propriétaires de plantations jusqu'au 19e siècle, époque où la traite a été officiellement abolie. Pendant toutes ces années pourtant, les pratiques esclavagistes ont freiné le développement technique. En effet, comme les maîtres profitaient d'une main-d'oeuvre pratiquement illimitée, ils ne cherchaient pas nécessairement les moyens de rentabiliser les récoltes en fournissant moins de travail. Malgré les leçons de l'histoire, l'esclavage a encore cours dans certains pays de nos jours.



http://bv.alloprof.qc.ca/histoire/histoire-et-education-a-la-citoyennete-%281er-cycle-du-secondaire%29/l%27expansion-europeenne-dans-le-monde/mercantilisme-et-commerce-triangulaire.aspx






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2 - Journée internationale de commémoration des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique des esclaves / 25 mars

  

_ Traite transatlantique des esclaves

 

La traite transatlantique des esclaves est dans l’histoire le plus vaste mouvement forcé de personnes innocentes. D’après les estimations de l’UNESO, cette traite a déraciné 15 à 20 millions d’Africains qui ont été séquestrés et trainés de force dans les Amériques et les Caraïbes. Ces personnes ont enduré une misère indescriptible de même que leur descendants et ce pendant des centaines d’années.

 

Un navire négrier aperçoit un vaisseau anglais. 1874 Harper’s Weekly - « Cette illustration représente un navire négrier dans la Méditerranée près de la côte africaine, où une importante cargaison d'esclaves a été embarquée. Au loin, on aperçoit un vaisseau anglais, et les officiers du navire négrier se préparent à lever les voiles pour essayer de s'échapper. »

Bien que 400 ans de traite transatlantique d’esclaves représentent un élément majeur de l’histoire mondiale, on n'en sait que très peu sur certains aspects de cette pratique de même que sur ses conséquences irréparables à travers le monde. Ce que l’on sait, c’est que depuis la fin du XVème siècle, l’océan Atlantique, autrefois une barrière redoutable entre les peuples vivant sur les quatre continents et qui empêchait les contacts réguliers entre ces peuples, est devenu pour la première fois un passage commercial qui a combiné les histoires de l’Afrique, de l’Europe, du continent Américain et des Caraïbes. L’esclavage et la traite transatlantique des esclaves furent les piliers de ce procédé qui a fait du fond de l’océan un tombeau pour les millions qui n’ont pas survécu à l’épouvantable traversée.

 

 


Le « commerce triangulaire »

Des navires transportant des marchandises telles que des armes, de l'alcool et des chevaux quittaient les ports européens pour l'Afrique de l'Ouest, où ils échangeaient ces produits contre des Africains réduits en esclavage. Ces esclaves avaient soit été capturés au cours de guerres, soit étaient victimes d'entreprises locales fructueuses de capture et de vente d'esclaves.

Des bateaux lourdement chargés d'esclaves africains se lançaient alors dans la « traversée du milieu » en direction des colonies américaines et européennes des Caraïbes et de l'Amérique du Sud. Pour transporter le maximum d'esclaves, les navires supprimaient souvent leur entrepont. On estime à un sur six le nombre d'esclaves qui mouraient pendant la traversée en raison de l'insalubrité et du manque d'espace. Sur les navires frappés par des maladies ou en proie à une rébellion, le nombre de morts pouvait dépasser un esclave sur deux.

Une fois que les esclaves qui avaient survécu étaient vendus, les navires rentraient en Europe chargés de denrées produites par le travail des esclaves : sucre, tabac, coton, rhum et café.

 

 


Justification du système esclavagiste

La traite transatlantique des esclaves s'inscrivait dans un système économique vaste et complet. Les principaux pays commerçants — Espagne, Portugal, Pays-Bas, Angleterre et France — réalisaient des profits à chaque étape du commerce triangulaire et un grand nombre de villes d'Europe ont prospéré grâce aux profits issus des industries agricoles érigées et fructifiées littéralement sur le « dos » des esclaves africains.

La pratique de l'esclavage était souvent justifiée par des raisons philanthropiques ou religieuses. Cette pratique était même codifiée par des lois comme le fameux « Code Noir » de 1685. Ce code français énonçait les droits et les devoirs des maîtres et des esclaves dans les colonies des Amériques et stipulait : « Nous déclarons les esclaves être meubles ». Il mettait en place un système disciplinaire rigoureux qui imposait de fouetter les esclaves et de les marquer aux fers pour des délits mineurs. Mais en même temps, il prétendait « protéger » les esclaves contre les abus de leurs maîtres et prévoyait des jours fériés pour les fêtes religieuses, imposait la religion catholique, tolérait les mariages mixtes et préconisait la préservation des familles.

  

Abolition de la traite transatlantique des esclaves

Vers la fin du XVIIIe siècle, l'opposition morale et politique à la traite des esclaves grandissait en Grande-Bretagne et aux États-Unis, ainsi que dans d'autres parties d'Europe. Des groupes tels que les Quakers en Amérique du Nord et la Société pour l'abolition de l'esclavage en Grande-Bretagne jouèrent un rôle décisif pour sensibiliser l'opinion publique à la traite des esclaves par le biais de pétitions publiques, de campagnes de boycott et par la diffusion de documents décrivant et parfois illustrant les conditions de vie des esclaves à bord des navires négriers et sur les plantations.

Et il y eut également des révoltes d'esclaves, notamment en Haïti pendant la Révolution de 1791 à 1804. A lui seul, cet événement a marqué un tournant très important dans la traite des esclaves, car les puissances coloniales commencèrent à prendre conscience des risques politiques et militaires posés par ces soulèvements. Ce facteur, conjugué aux voix de plus en plus fortes du mouvement abolitionniste et à de nouvelles conditions économiques qui avaient diminué l'importance économique de certaines colonies européennes, signala le début de la fin de la traite transatlantique.

Il y a 200 ans, au début du mois de mars 1807, le Président des États-Unis, Thomas Jefferson, signait une loi abolissant la traite. Ce même mois, le Parlement britannique, sous l'impulsion des abolitionnistes William Wilberforce, le révérend James Ramsay et John Wesley, interdisait la traite des esclaves dans tout l'Empire britannique. L'Histoire avait pris un nouveau tournant. Dans les années qui suivirent, d'autres pays d'Europe mirent en place des lois interdisant l'esclavage, mais ce n'est que 80 années plus tard que la traite transatlantique des esclaves a enfin cessé, après que Cuba et le Brésil l'ont abolie en 1886 et 1888 respectivement.

  

Legs

Le legs de la traite transatlantique des esclaves fait l'objet de nombreux débats. Il est certain que la traite a entraîné la destruction d'une partie importante de la langue, de la culture et de la religion de millions d'Africains réduits en esclavage. Le « départ » d'un si grand nombre d'habitants de l'Afrique a perturbé l'économie du continent et, d'après certains chercheurs, cela aurait désavantagé l'Afrique de manière permanente par rapport à d'autres régions du monde. D'aucuns font également valoir que l'esclavage a redéfini l'Afrique aux yeux du monde, laissant derrière lui un racisme persistant et l'image stéréotypé de l'infériorité des Africains.

  

Rompre le silence pour ne pas oublier

Le 17 décembre 2007, l'Assemblée générale des Nations Unies a proclamé qu'à partir de 2008, le 25 mars serait chaque année la Journée internationale de célébration du bicentenaire de l'abolition de la traite transatlantique des esclaves. On ne sait pas grand-chose des 400 années qu'a duré la traite transatlantique des esclaves et de ses conséquences à long terme dans le monde, ni des contributions des esclaves à l'édification des sociétés qui les ont réduits en esclavage. Ce manque de connaissance a eu pour effet de marginaliser les peuples d'origine africaine en Europe, en Amérique du Nord et en Amérique du Sud.

L'objectif de cette Journée est d'honorer la mémoire de ceux qui ont perdu la vie à cause de l'esclavage et de ceux qui ont subi les horreurs de la traversée du milieu et ont lutté pour obtenir leur liberté. C'est également une journée consacrée à l'examen des causes, des conséquences, et des enseignements de la traite transatlantique des esclaves en vue de sensibiliser le public aux dangers du racisme et des préjugés.

 

http://www.un.org/fr/events/slaveryremembranceday/2012/background.shtml

  

 



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3 - Génocide de 1915 : les Arméniens ne croient pas à la compassion turque

 

A la veille du 99ème anniversaire du génocide arménien, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a présenté ses condoléances aux descendants de la tragédie de 1915. C'est la première fois qu'un dirigeant turc soulève ce thème dans une allocution publique, écrit vendredi le quotidien Izvestia. "C'est un devoir humain de comprendre et de partager la volonté des Arméniens de commémorer les souffrances qu’ils ont endurées pendant cette époque", a déclaré le premier ministre. "Mais se servir des événements de 1915 comme un prétexte d’hostilité envers la Turquie et les transformer en conflit politique est inacceptable", a-t-il nuancé. Malgré tout, les Arméniens ne voient pas dans cette déclaration un pas vers le rapprochement entre Ankara et Erevan.

 

"Les Arméniens ont bien essayé de voir dans cette déclaration la première tentative turque de regarder l'histoire en face. Malheureusement, il s'agit d'un nouveau reniement et d'une dissimulation plus sophistiquée du génocide arménien. Cette déclaration contient des thèses familières à la section de propagande turque – mettre le bourreau et la victime sur un même plan, déformer le lien de cause à effet, appeler à créer des outils pour revoir tous les faits historiques connus", commente Viguen Sargsian, chef de l'administration présidentielle arménienne. Selon lui, la Turquie doit reconnaître l'histoire et condamner inconditionnellement les crimes qui ont eu lieu. Erevan explique cette atténuation de la position du premier ministre turc par la situation géopolitique complexe.

 

"La politique "zéro problème avec les voisins", voulue par Ankara et dans le cadre de laquelle la communauté internationale a imposé à Ankara d'établir des relations diplomatiques avec Erevan en 2008-2009, et de débloquer la frontière turco-arménienne, n'a pas apporté le résultat escompté. L'Azerbaïdjan, préoccupé par la perspective d'une normalisation des relations turco-arméniennes, a fait obstruction et conduit ce processus dans l’impasse", explique Amaïak Ovannissian, président de l'Association des politologues d'Arménie.

 

D'après le politologue, en 2013 déjà le président arménien Serge Sargsian avait renoncé au dernier moment à la signature d'un accord d'association avec l'UE, convenu au cours des négociations avec l'Union européenne. Au lieu de cela, il avait annoncé en automne 2013 que l'Arménie souhaitait adhérer à l'Union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan. Motif avancé par le président : l'impossibilité de parvenir à normaliser les relations turco-arméniennes. Et dans ces conditions, dans le but de renforcer sa sécurité nationale, Erevan a préféré l’intégration eurasiatique. "En omettant ce contexte politique, il est impossible d'apprécier à sa juste valeur la déclaration d'Erdogan à l'occasion du 24 avril. Sa déclaration vise en fait à réanimer les protocoles turco-arméniens signés six ans plus tôt, mais qui n'ont pas été paraphés par les parlements des deux pays", déclare Amaïak Ovannissian.

 

La Turquie refuse de reconnaître le génocide arménien, car elle estime que personne n'avait l'intention d'"exterminer un groupe ethnique ou religieux spécifique". "L'Empire ottoman n'avait pas pour projet d'anéantir la nation arménienne en tant que telle", déclare Goumer Issaev, directeur de l'Institut turc d'études russes. Des messes de commémoration se sont tenues dans les églises arméniennes à travers le monde. Une marche funeste a été organisée hier à Erevan, des milliers de personnes ont défilé avec des cierges vers le mémorial dédié aux victimes de ce génocide qui a fait près de 1,5 million de morts.

 

http://fr.ria.ru/presse_russe/20140425/201065415.html

 

 


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4 - Le Génocide des Arméniens

 

Le massacre des Arméniens, de 1915 à 1917, constitue le premier génocide du XXème siècle. Minorité chrétienne de l'Empire Ottoman, la population arménienne était majoritaire dans les provinces orientales de l'Empire. Perpétré par le gouvernement Jeunes-Turcs de l'Empire Ottoman, ce génocide a rayé de la carte près de 1.500.000 Arméniens, sur une population totale d'environ 2 millions de personnes.

Cette tentative d'extermination totale du peuple arménien, acte prémédité du gouvernement turc de l'époque, visait à régler définitivement la Question Arménienne, par l'élimination des Arméniens.

 

Le processus génocidaire commence avec la folie meurtrière du Sultan Abdul-Hamid II. De 1894 à 1896, des massacres systématiques sont organisés contre les populations arméniennes des provinces orientales ; près de 300.000 Arméniens sont massacrés, de nombreux villages sont brûlés, d'autres pillés, des dizaines de milliers de personnes sont converties de force à l'islam, des centaines de milliers contraintes à l'exile. Les Jeunes-Turcs, arrivés au pouvoir en 1908, après un semblant de démocratisation, poursuivent cette même politique de purification ethnique.

 

Le Comité Jeune-Turc Union et Progrès "Ittihad", au travers du triumvirat constitué par Enver, ministre de la guerre, Talaat, ministre de l'intérieur, et Djemal, ministre de la marine, s'érige en dictature en 1913. Nourri par les idées du panturquisme, visant à l'union politique des nations turcophones et à l'élimination de tous les éléments non-turcs, ce Comité "Ittihad" saisit l'occasion de la 1ère guerre mondiale pour mettre à exécution un plan d'extermination des Arméniens. Après le désarmement des soldats arméniens servant dans l'armée ottomane, le génocide commence le 24 avril 1915 par l'arrestation de l'élite intellectuelle et politique. Celle-ci est déportée en Anatolie puis massacrée.

 

Ensuite partout en Anatolie, un ordre général de déportation est donné, sous prétexte d'éloigner les populations arméniennes du front russe. De fait, cette déportation sert l'objectif de l'extermination planifiée par le gouvernement Jeune-Turc. Les convois de déportés, constitués de femmes, d'enfants et de vieillards (les hommes valides sont dès le début séparés puis éliminés) sont conduits vers les déserts de Syrie. Fort peu y arriveront, pour y être parqués dans des camps de concentration et systématiquement tués. En cours de route, les déportés sont dépouillés de leurs biens personnels, affamés, soumis à des marches forcées et des traitements inhumains (viols, tortures, enlèvements…).

 

Les massacres reprennent en 1920-1923, lors de la guerre conduite par le fondateur de la République Turque, Mustapha Kémal, contre la Grèce, l'Arménie, et les Alliés, notamment en Cilicie et à Smyrne. La Turquie a donc pratiqué, sous trois régimes successifs, une politique de purification ethnique.

1.500.000 morts, 50.000 orphelins, 450.000 rescapés dispersés dans ce qui deviendra la diaspora arménienne.

 

http://cdcapaca.chez.com/archives/genocide/genocide_armenien.htm

 

 


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4 - Le génocide des Arméniens : résumé historique

 

_ La Question arménienne*

 

La majorité des Arméniens se trouvaient dans l’Empire ottoman, essentiellement dans les sept provinces orientales de l’empire (Van, Bitlis, Erzeroum, Diyarbékir, Kharpout, Sivas, Trébizonde) et en Cilicie (Petite Arménie). En dehors des régions historiquement arméniennes, existaient aussi d’importantes communautés dispersées sur tout le territoire, en  particulier à Constantinople, où le patriarche était le représentant de la nation devant les autorités.

Avant le début du processus d’extermination (1894), il y avait sur le territoire de la Turquie actuelle trois millions d’Arméniens et autant de Turcs ; l’autre moitié était composée d’une véritable mosaïque de peuples (Kurdes, Grecs, Assyro-Chaldéens, Lazes, Tcherkesses, etc.).

 

En 1914, les Arméniens n’étaient plus que 2 250 000 (suite aux massacres, conversions forcées à l’islam et à l’exil). Dans l’Empire ottoman, les Arméniens subissaient une discrimination officielle. Ils étaient considérés comme des citoyens de seconde catégorie qui devaient payer plus d’impôts. Ils n’avaient pas le droit de porter des armes (contrairement aux musulmans), ne pouvaient pas témoigner devant les tribunaux. Dans leur grande majorité, les Arméniens étaient des paysans pauvres qui devaient en plus subir les violences des nomades kurdes armés venant régulièrement les rançonner.

Avec la décadence de l’empire au XIXe siècle, la situation des Arméniens ne fit qu’empirer ; parallèlement, les peuples dominés s’émancipaient au fur et à mesure. La déclaration d’indépendance de la Grèce en 1821 marqua le début du démembrement de l’Empire ottoman.

 

On peut situer le début de l’émergence de la Question arménienne à la guerre russo-turque de 1877-1878. Après la défaite de la Turquie, le traité de San Stefano, signé en mars 1878, accordait l’indépendance à la Serbie, au Monténégro, à la Roumanie et l’autonomie à la Bulgarie.

L’Arménie obtint, pour sa part, d’après l’article 16, des réformes assurant la protection de ses habitants. Les Arméniens n’en demandaient pas plus à l’époque. La Russie, d’après ce traité, annexait une partie de l’Arménie turque et ne devait se retirer de l’autre partie (de l’Arménie turque qu’elle occupait), seulement après l’application des réformes.

 

Mais l’Angleterre, ainsi que l’Allemagne et l’Autriche, voyaient d’un très mauvais œil la future et prévisible indépendance de l’Arménie. Quelques mois plus tard, au congrès de Berlin qui conduisit à la révision  du traité de San Stefano, l’Anglais Salisbury fit transformer l’article 16 en...  61, en y rajoutant une phrase assassine qui rendait très aléatoire l’application des réformes. En guise de remerciements, l’Angleterre reçut comme cadeau des Turcs l’île de Chypre.

Les représailles reprirent de plus belle. Des tribus kurdes organisées et armées par le gouvernement répandaient plus que jamais la terreur dans les provinces arméniennes, particulièrement les territoires d’où l’armée russe s’était récemment retirée. En 1879, le Grand Vizir déclare : « Aujourd’hui, même l’intérêt de l’Angleterre exige que notre pays soit à l’abri de toute intervention étrangère et que tout prétexte à cette intervention soit éliminé. Nous, Turcs et Anglais, non seulement nous méconnaissons le mot Arménie, mais encore nous briserons la mâchoire de ceux qui prononceront ce nom. Aussi, pour assurer l’avenir, dans ce but sacré, la raison d’état exige que tous les éléments suspects disparaissent.

 

Nous supprimerons donc et ferons disparaître à jamais le peuple arménien. Pour y parvenir rien ne nous manque : nous avons à notre disposition les Kurdes, les Tcherkesses, les gouverneurs de province, les percepteurs, les agents de police, en un mot tous ceux qui font la guerre sainte à un peuple qui n’a ni armes ni moyens de défense. Nous, au contraire, nous avons une armée et des armes, et la protectrice de nos possessions en Asie Mineure est la plus grande et la plus riche des puissances du monde. » L’intention des Turcs, dès 1879, de « faire disparaître à jamais le peuple arménien », d’après les propres paroles du Grand Vizir, ne peut pas être plus claire.

  

La résistance s’organise

Les Arméniens commencent bientôt à s’organiser. La première organisation de combat naît : c’est le parti Armenakan, créé à Van en plein cœur de l’Arménie, en 1885. Les deux autres partis, le Hentchak, créé en 1887 à Genève et le Dachnak, créé en 1890 à Tiflis, ont tous les deux des philosophies révolutionnaires marxistes et sont plutôt partisans d’actions violentes et spectaculaires ; ce qui n’est pas le cas des Armenakans. Les fédaïs arméniens commencent à se faire connaître par leurs actions héroïques de défense du peuple contre les Kurdes et l’armée turque. Ils suscitent toute une légende populaire à travers de nombreux chants et poèmes. Nombreux furent ces héros issus du peuple à vouer leur vie à la libération de leur patrie. Le plus prestigieux d’entre eux fut sans aucun doute Antranik (1865-1927), originaire de Chabin-Karahissar (Arménie mineure) et vénéré par le peuple arménien.

 

 


Le génocide

Face aux revendications arméniennes, la riposte des autorités turques fut radicale. Trois régimes (Abdul Hamid, les Jeunes-Turcs et Kemal Attaturk) ont, de 1894 à 1922, appliqué de différentes façons le même plan d’extermination des Arméniens avec son point culminant des années 1915-1917.

Au printemps 1894, les habitants de Sassoun et sa région (à l’ouest du lac de Van) s’insurgèrent contre les Kurdes  venus les rançonner pour la énième fois. Le sultan Abdul Hamid profita de cette occasion pour tester la réaction des puissances européennes. Il envoya sur Sassoun une véritable armada : la 4e armée turque et la 26e division commandée par Zeki pacha, forte de 12 000 hommes, ainsi que 40 000 Kurdes armés jusqu’aux dents, qui se livrèrent à une véritable boucherie qui dura plusieurs semaines. Les réactions des Européens, bien que parfois outragées, ne furent que verbales. C’est ce qu’attendait le sultan qui pouvait désormais mettre en application son plan d’extermination à grande échelle, à travers tout l’empire, dès l’année suivante.

 

La méthode était toujours et partout la même : vers midi, on sonne le clairon, c’est le signal des tueries. Préalablement préparés, des soldats, des Kurdes, des Tcherkesses, des Tchétchènes et des bandes de tueurs spécialement recrutés massacrent la population arménienne, sans distinction d’âge et de sexe. Dans les quartiers ou villages multinationaux, les maisons habitées par les Arméniens sont préalablement marquées à la craie par les indicateurs (troublante coïncidence, c’est la même méthode qui fut utilisée, lors des massacres des Arméniens d’Azerbaïdjan en 1988 et 1990).

Aucune région ne fut épargnée. Même la capitale, Constantinople, fut le théâtre de deux effroyables massacres. C’était là peut-être l’erreur des Turcs, car il y avait à Constantinople des témoins oculaires occidentaux (ambassades, sociétés diverses, etc.). Après une sérieuse menace d’intervention militaire des Occidentaux, suite à la boucherie de Constantinople d’août 1896, qui était consécutive à la prise en otage des dirigeants de la Banque ottomane par des fédaïs arméniens (du parti dachnak), le sultan arrêta enfin les massacres.

 

Deux ans (1894-1896) de massacres sans précédent transformèrent donc l’Arménie occidentale tout entière en un vaste champ de ruines. Le missionnaire allemand Johannes Lepsius mena une enquête minutieuse, au terme de laquelle il fit le bilan catastrophique suivant : 2 493 villages pillés et détruits, 568 églises et 77 couvents pillés et détruits, 646 villages convertis, 191 ecclésiastiques tués, 55 prêtres convertis, 328 églises transformées en mosquées, 546 000 personnes souffrant du dénuement le plus complet et de la famine... et il rajoute :« Ces chiffres sont le résultat de mes recherches personnelles ; ils ne correspondent pas à la réalité des faits, réalité bien plus épouvantable encore ! ... »

 

Compte tenu de ces données, des 300 000 personnes tuées, des 50 000 orphelins et des 100 000 réfugiés en Transcaucasie, la population arménienne de l’Empire ottoman diminua de plus d’un demi-million d’âmes entre 1894 et 1896.

En 1908, les Jeunes Turcs arrivèrent au pouvoir, apportant avec eux des promesses d’égalité et de fraternité entre tous les peuples de l’empire. Beaucoup y ont cru. Les dirigeants du parti dachnak en premier (ils avaient d’ailleurs contribué à leur arrivée au pouvoir). Il y eut même de grandes manifestations de fraternité arméno-turques dans la capitale et dans les provinces.

Hélas ! La métamorphose des Jeunes Turcs fut fulgurante. Bientôt ils devinrent de farouches nationalistes panturquistes. Cela pourrait peut-être s’expliquer comme une conséquence de la perte des provinces balkaniques. En effet, les Turcs, originaires d’Asie centrale, se retournèrent naturellement vers les pays et peuples frères situés en Asie centrale et en Azerbaïdjan (tous soumis au joug étranger, russe ou persan), d’où la tentation de créer un très vaste état turc du Bosphore à la Chine. De surcroît, les Jeunes Turcs considéraient la race turque comme supérieure. L’Arménie et les Arméniens se trouvant au centre de ce projet, il était impératif, d’après cette logique raciste et barbare, de les éliminer.

 

Dès avril 1909 des massacres commencent en Cilicie, d’abord à Adana, puis dans le reste de la région. Les Jeunes Turcs se montrent les dignes héritiers du « sultan rouge ». Il ne manquera rien à leur panoplie des cruautés. Il y aura au total 30 000 morts. Certains attribuèrent les massacres de Cilicie à l’ancien régime du sultan, revenu un court moment au pouvoir, mais les vrais responsables étaient bien les Jeunes Turcs.

 

En 1913, les trois dirigeants de l’Ittihat, Talaat, Enver et Djemal, établissent une dictature militaire.

à la veille de la guerre, les réformes en Arménie avaient paradoxalement bien avancé. Malgré les réticences de l’Allemagne et de l’Autriche, les puissances européennes parvinrent à un règlement de compromis qui regroupait les sept provinces arméniennes sous la forme de deux grandes régions administratives autonomes (au nord : Sivas, Trébizonde, Erzeroum ; au sud : Van, Bitlis, Dyarbekir, Kharpout), le tout sous la surveillance d’inspecteurs généraux européens de pays neutres. Ainsi, l’Arménie, après tant d’années de souffrance, était parvenue au seuil de l’indépendance. Malheureusement, tout autre était le sort qui lui était réservé par les dirigeants turcs, qui avaient déjà secrètement programmé la solution finale. La guerre allait procurer aux Jeunes Turcs les conditions idéales pour mettre en application leur plan diabolique.

 

Avant même que la guerre n’éclate en Europe, le gouvernement envoie des gendarmes dans les villes et les villages pour réquisitionner les armes. Cette réquisition est limitée aux Arméniens ; ni les Turcs, ni les Kurdes, ni les Tcherkesses n’y sont astreints. Elle est accompagnée de l’arsenal connu des plus cruelles tortures. Plus grave encore, dès août 1914, les inspecteurs généraux européens nouvellement nommés dans les régions arméniennes sont expulsés ; sans que la guerre ne soit déclarée l’Empire turc procède déjà à la mobilisation générale et met sur pied la redoutable « Organisation spéciale », chargée de coordonner le programme d’extermination.

Le 29 octobre 1914, la Turquie s’allie à l’Allemagne et entre en guerre contre les Alliés. Le champ est désormais libre. Dès janvier 1915, on désarme les 250 000 soldats arméniens de l’armée ottomane pour les affecter dans des « bataillons de travail ». à l’aube du 24 avril, qui deviendra la date commémorative, le coup d’envoi du génocide est donné par l’arrestation à Constantinople de 650 intellectuels et notables arméniens. Dans les jours suivants, ils seront en tout 2 000, dans la capitale, à être arrêtés, déportés et assassinés. Dans tout l’Empire ottoman, c’est le même scénario : on arrête puis on assassine partout les élites arméniennes. Le peuple arménien est décapité.

Les soldats arméniens affectés dans les « bataillons de travail » seront assassinés par petits groupes, le plus souvent après avoir creusé eux- mêmes les « tranchées » qui leurs serviront de fosses communes. Le peuple arménien est non seulement décapité, mais il est dorénavant privé de ses défenseurs. Il ne reste plus aux dirigeants de l’Ittihat qu’à achever le génocide.

 

 


La déportation - solution finale

L’idée est nouvelle et terriblement efficace: c’est la déportation de toutes les populations civiles arméniennes vers les déserts de Syrie pour des prétendues raisons de sécurité. La destination réelle est la mort.

D’après l’ambassadeur des états-Unis à Constantinople de 1913 à 1916, Henri Morgenthau, ainsi que d’après certains historiens, les Turcs n’auraient jamais trouvé tout seuls cette idée. Ce seraient les Allemands qui auraient suggéré cette nouvelle méthode. D’ailleurs, pendant toute la guerre, la mission militaire allemande était omniprésente en Turquie, et il est vrai qu’un général allemand, Bronsart Von Schellendorf, avait (imprudemment) signé un ordre de déportation avec une recommandation spéciale de prendre des « mesures rigoureuses » à l’égard des Arméniens regroupés dans les « bataillons de travail ». Or « déportation » et « mesures rigoureuses  » étaient des mots codés qui signifiaient la mort. Quant au commandant Wolffskeel, comte de Reichenberg, chef d’état-major du gouverneur de Syrie, il s’était distingué lors des massacres des populations de Moussa-Dagh et d’Urfa.

à la fin de 1915, à l’exception  de Constantinople et Smyrne, toutes les populations civiles arméniennes de l’Empire ottoman avaient pris le chemin mortel de la déportation vers un point final : Deir ez-Zor en Syrie.

 

Les convois de déportation étaient formés par des regroupements de 1 000 à 3 000 personnes. Très rapidement, on sépare des convois les hommes de plus de 15 ans qui seront assassinés à l’arme blanche par des équipes de tueurs dans des lieux prévus à l’avance. Parfois les convois sont massacrés sur place, à la sortie des villages ou des villes, notamment dans les provinces orientales isolées. Les autres, escortés de gendarmes, suivront la longue marche de la mort vers le désert, à travers des chemins arides ou des sentiers de montagne, privés d’eau et de nourriture, rapidement déshumanisés par les sévices, les assassinats, les viols et les rapts de femmes et d’enfants perpétrés par les Kurdes et les Tcherkesses. Les survivants, arrivés à Deir ez-Zor, seront parqués dans des camps de concentration dans le désert et seront exterminés, par petits groupes, par les tueurs de l’Organisation spéciale et les Tchétchènes spécialement recrutés pour cette besogne. Beaucoup seront attachés ensemble et brûlés vifs.

 

à la fin de 1916, le bilan est celui d’un génocide parfait, les deux tiers des Arméniens (environ 1 500 000 personnes) de l’Empire ottoman sont exterminés. Tous les Arméniens des provinces (vilayets) orientales, soit 1 200 000 personnes, d’après les statistiques du patriarcat, disparaissent définitivement d’un territoire qui était le cœur de l’Arménie historique depuis des millénaires. Seuls survivent encore les Arméniens de Constantinople, de Smyrne, quelque 350 000 personnes qui ont réussi à se réfugier en Arménie russe, quelques poignées de combattants arméniens qui résistent et se cachent encore dans la montagne et des milliers de femmes, de jeunes filles et d’enfants récupérés par des Turcs, des Kurdes et des Arabes.           

Il y eut tout de même de nombreux actes héroïques en certains endroits. Prévoyant ce qui allait être leur destin, les Arméniens refusèrent la déportation et résistèrent désespérément, avec des moyens dérisoires, à Chabin-Karahissar, Van, Chatakh, Moussa-Dagh, Urfa, Sassoun, Mouch, etc. Le plus célèbre de ces épisodes est celui des « Quarante jours du Moussa-Dagh », immortalisé par le roman de Franz Werfel : sur cette montagne de la côte méditerranéenne, une population de 5 000 personnes (principalement des femmes et des enfants), dont 600 combattants, résistèrent plus de 40 jours au siège de l’armée turque. Les survivants (environ 4 000 personnes) furent sauvés par le vaisseau français  Jeanne d’Arc


 

 

Le parachèvement

L’Arménie occidentale était anéantie, mais les Turcs ne s’arrêtèrent pas là. Profitant de la retraite de l’armée russe consécutive à la révolution de 1917, la Turquie lança une offensive sur l’Arménie orientale (russe). Elle fut arrêtée au dernier moment par une fantastique mobilisation populaire le 24 mai 1918 à Sardarapat, près d’Erevan. Le 28 mai, l’Arménie (ce qu’il en restait) proclamait son indépendance et devenait, après des siècles de dominations diverses, la première République d’Arménie.

La capitulation, le 30 octobre 1918, de l’Empire ottoman, suscita de vastes espoirs chez les Arméniens  survivants. Effectivement, au début, les Alliés vainqueurs semblaient tenir leurs promesses de rendre justice aux Arméniens. Le traité de Sèvres accordait l’existence d’un état arménien sur une bonne partie des provinces orientales de l’ex-Empire ottoman. En 1919, il y eut même un « Nuremberg » avec le « Procès des Unionistes » à Constantinople. Les principaux responsables du génocide s’étaient enfuis en Allemagne ; ils furent néanmoins condamnés à mort par contumace. Si ce procès resta sans suite, il a toutefois le mérite d’avoir existé et prouvé (si besoin était) la véracité du génocide, grâce entre autres à ses minutes et conclusions publiées dans le supplément judiciaire du « Journal officiel » ottoman.

 

Mais la Turquie vaincue ne fut jamais démobilisée. Bientôt, face au danger bolchevique et afin d’y faire face, les Alliés se montrèrent de plus en plus bienveillants envers la Turquie qui allait bientôt renaître de ses cendres.

à peine arrivé au pouvoir, Mustafa Kemal se donna comme priorité... la liquidation du reste de la présence arménienne en Turquie. Jouant astucieusement et parallèlement des appuis bolcheviques et franco-anglais selon la circonstance, il attaqua et écrasa dans un bain de sang (faisant 200 000 victimes) la République d’Arménie de septembre à décembre 1920, qui ne dut sa survie qu’à l’intervention in extremis des troupes bolcheviques. Annulant le traité de Sèvres, Turcs et bolcheviques s’accordèrent sur les frontières d’une Arménie réduite au minimum. Une bonne partie de l’Arménie ex-russe (20 000 km²) était cédée à la Turquie ; le Karabagh et le Nakhitchevan aux Azéris.

 

à mille kilomètres de distance de la République d’Arménie, les Français avaient créé, en 1919, un foyer arménien en Cilicie (Petite Arménie), sur les bords de la Méditerranée, où 160 000 Arméniens rescapés du génocide étaient retournés dans leur foyer. Malgré la présence des Français, les troupes de Kemal massacrèrent, en 1920, plus de 25 000 Arméniens à Aïntap, Marach, Zeïtoun, Hadjin et ailleurs. Finalement, la France abandonnait les Arméniens à leur sort en 1921 et bradait la Cilicie aux Turcs, ce qui provoqua l’exode de tous les Arméniens de Cilicie vers la Syrie et le Liban.


En 1922, à Smyrne, les Arméniens furent massacrés (en même temps que les Grecs) pour la dernière fois en Turquie. Il s’ensuivit une dernière et importante vague d’exode. Tous les Arméniens (survivants) revenus dans leurs foyers après l’armistice de 1918 furent systématiquement chassés. Si le gros du travail du génocide avait été fait par Abdul Hamid et les Jeunes Turcs, c’est bien Kemal Ataturk qui l’a parachevé en s’appropriant, en même temps, tous les biens nationaux et individuels des Arméniens. Depuis, tous les gouvernements successifs de la République turque, fondée sur les ruines de l’Arménie, ont toujours nié la culpabilité de la Turquie dans le génocide des Arméniens. En 1923, la Conférence de Lausanne annula les accords signés à Sèvres entre la Turquie et les Alliés. Winston Churchill écrivit dans ses mémoires : « Dans le traité qui établit la paix entre la Turquie et les Alliés, l’histoire cherchera en vain le mot Arménie. »

 

L'exposé historique ci-dessous est de Jean-Varoujean GUREGHIAN (voir réf. en bas de page)

A consulter également :

La sentence du Tribunal du Peuples

Une conférence de V. Dadrian à Harvard

Les chemins de la connaissance (audio : cinq émissions de 30 min, avec cinq spécialistes)

  

http://www.imprescriptible.fr/genocide

 

 


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