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MODELE DE PAIX ET MODELE DE DEVELOPPEMENT QUELQUES REFERENCES AFRICAINES OU MONDIALES

RETROSPECTIVES


Publié le 07/04/2014 à 18:15:08
RWANDA/ COMMEMORATION DU GENOCIDE : le génocide rwandais, 20 ans après




_ « Il y a vingt ans commençait sur les collines du Rwanda l’une des plus grandes tueries du vingtième siècle. Ce n’était pas une énième guerre interethnique africaine, mais une extermination planifiée qui a coûté la vie à près de 1 million de personnes. Il s’agissait bel et bien d’un « génocide » répondant au projet politique du pouvoir extrémiste hutu : éliminer tous les Tutsis. »


_ « Dans son discours devant 30.000 spectateurs réunis ce lundi à Kigali, le président rwandais a renouvelé ses attaques contre la France, qu'il accuse d'avoir pris part aux massacres de 1994. »

   

 


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1 - Kagame s'en prend à la France à la commémoration du génocide rwandais

 

Dans son discours devant 30.000 spectateurs réunis ce lundi à Kigali, le président rwandais a renouvelé ses attaques contre la France, qu'il accuse d'avoir pris part aux massacres de 1994.

Le président Paul Kagame souffle sur les braises de la crise diplomatique entre le Rwanda et la France. «Aucun pays n'est assez puissant - même s'il pense l'être - pour changer les faits», a déclaré lundi en anglais le président rwandais avant de lancer, en français, «après tout les faits sont têtus», déclenchant les acclamations des 30.000 spectateurs rassemblés au Stade Amaharo de Kigali pour les commémorations des 20 ans du génocide rwandais. Dans l'après-midi, l'Elysée a publié un communiqué assurant que «la France s'associ[ait] au peuple rwandais pour honorer la mémoire de toutes les victimes du génocide».


 


Pourtant, le siège de la France est resté vide pour les cérémonies. Paris a annulé samedi la venue de la ministre de la Justice Christiane Taubira, après que Paul Kagame a ravivé les tensions entre les deux pays. Dans une interview à Jeune Afrique, il a affirmé que la France et la Belgique avaient eu un rôle dans «dans la préparation politique du génocide» et dans «la participation (…) à son exécution même». Alors que Paris s'apprêtait finalement à assurer le service minimum, en se contentant d'envoyer l'ambassadeur de France au Kigali, Michel Flesch, les autorités rwandaises ont répliqué en retirant son accréditation.

À l'Élysée, les accusations de Paul Kagame ont «surpris au moment où les relations bilatérales semblaient aller dans le bon sens». Une allusion à la présence d'un contingent de soldats rwandais en Centrafrique, au sein de la force africaine et aux côtés des hommes de «Sangaris».

 

 


Craintes

La visite de la ministre de la Justice n'avait été annoncée que vendredi, après des mois d'hésitations, signes de jeux politiques franco-français mais surtout des susceptibilités et de la méfiance qui habitaient encore la relation entre Paris et Kigali derrière la normalisation affichée. Car derrière ces hésitations, on devinait aussi le souvenir des commémorations des dix ans du génocide. Dans un discours, Paul Kagame avait alors taxé la France d'avoir «sciemment entraîné (…) les milices qui allaient commettre le génocide», provoquant un incident diplomatique. Sans l'avouer, les diplomates français redoutaient, à raison, une nouvelle sortie de l'imprévisible président rwandais. Le dialogue semblait pourtant s'être un peu rétabli, après des bas extrêmes et une rupture diplomatique de trois ans, de 2006 à 2009. Le quinquennat de Nicolas Sarkozy est passé par là. Soutenu par Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et ami de Paul Kagame, l'ancien président avait un peu retissé des liens. Mais moins qu'on ne le pensait.

 

Les reproches sont trop lourds et trop sales pour se dissiper si vite. Ils remontent avant même le temps des tueries, en 1990, quand François Mitterrand entraîne des soldats français de plus en plus loin aux côtés des troupes rwandaises en guerre contre le FPR, la rébellion tutsie de Paul Kagame. Dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, le Falcon 50 du président rwandais d'alors, Juvénal Habyarimana, est abattu au-dessus de Kigali. Paris rapatrie en urgence ce qui reste alors de soldats français et de ressortissants, laissant place à 90 jours de sang où vont mourir 800 000 Tutsis et opposants hutus.

 

Le 22 juin 1994, la France lance, avec l'aval de l'ONU, l'opération «Turquoise» pour «secourir les civils en danger». Le FPR, qui achève son offensive, assure que Paris cherche à protéger les génocidaires en fuite. Face à cette accusation, la France s'énerve, certains de ses responsables élaborent en réponse la dangereuse «théorie des génocides», soutenant qu'au massacre des Tutsis par des milices aurait succédé celui de Hutus par des soldats FPR revanchards.

 

Nicolas Sarkozy parti, François Hollande a bien tenté de reprendre son héritage dans ce dossier. Comme son prédécesseur, il s'est appuyé sur la justice pour vider l'abcès des années de ressentiments. Déjà, en janvier 2012, deux juges français rendaient publique une partie de leur enquête sur l'attentat contre l'avion d'Habyarimana. Ils levaient les soupçons pesant sur le FPR dans cette attaque. En parallèle, la justice française, dont les Rwandais s'étonnaient de l'inertie, se met en branle. Depuis lors, une vingtaine d'enquêtes ont été ouvertes. Début mars, un tribunal français s'est prononcé pour la première fois contre un «génocidaire», condamnant à vingt-cinq ans de prison Pascal Simbikangwa. Des évolutions qualifiées de «positives» par le gouvernement rwandais mais qui ne semblent pas avoir suffi.

 

Dérive autoritaire

Ce nouveau refroidissement revient sans doute pour une part à François Hollande et à son équipe eux-mêmes. Le président français revendique sa filiation avec François Mitterrand. Il a choisi comme conseillère Afrique Hélène Le Gall que Paul Kagame avait refusé d'accréditer comme ambassadeur au Rwanda en 2011. Mais la colère de Kagame tient aussi à la nécessité pour Kigali de rappeler son histoire si spécifique, de raviver la culpabilité des pays occidentaux, au moment où la dérive autoritaire de son régime est critiquée, y compris par ses soutiens historiques comme les États-Unis ou l'Afrique du Sud. Paul Kagame a obtenu de vives réactions en France. Alain Juppé a, lui, appelé François Hollande à défendre «l'honneur» de la France. Ce dernier, ministre des Affaires étrangères en 1994 et à ce titre accusé par Kigali d'avoir préparé le génocide, est de ceux qui, avec une bonne partie de l'armée, refusent l'idée même de voir la France s'excuser auprès du Rwanda.

Paris s'y est toujours refusé. Lors de son voyage à Kigali en 2010, Nicolas Sarkozy avait reconnu des «fautes», mais sans aller plus loin. Sur ce point, François Hollande ne s'est jamais prononcé. Et il semble difficile d'imaginer que le président français se lance dans un brusque revirement. D'autant que la Belgique, qui, comme les États-Unis ou l'ONU, a fait des excuses formelles, se retrouve sur le même banc des accusés que la France. Bruxelles a toutefois réagi de manière différente à la charge de Paul Kagame: l'ancienne puissance coloniale a maintenu sa délégation aux cérémonies.

 

Par Tanguy Berthemet/ Publié le 06/04/2014  

 

http://www.lefigaro.fr/international/2014/04/06/01003-20140406ARTFIG00152-coup-d-arret-aux-relations-entre-la-france-et-le-rwanda.php


 

 

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2 - Le Rwanda marque les 20 ans du génocide

 

1994 - 2014 : les Rwandais se souviennent. Un deuil de 100 jours a été décrété par les autorités et les cérémonies officielles ont commencé à la mi-journée dans le grand stade Amahoro ("paix") de Kigali. Les cérémonies officielles ont démarré en présence du président rwandais Paul Kagame, de huit chefs d'Etat africains et de nombreuses délégations étrangères. Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, était également à Kigali pour l'occasion. Ci-dessus, le récit de notre correspondante Solange Ayanone.


 


En Allemagne, les députés du Bundestag ont rendu hommage vendredi dernier aux victimes du génocide rwandais. Vendredi prochain, le 11 avril, un service religieux sera célébré dans une église de Berlin en présence de l'ambassadrice du Rwanda en Allemagne.

DW.DE

 

http://www.dw.de/le-rwanda-marque-les-20-ans-du-g%C3%A9nocide/a-17549207?maca=fra-rss-fre-all-1482-rdf

 

 


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3 - Rwanda : 20 ans après le génocide, victimes et bourreaux forcés de cohabiter

 

Un tutsi et un hutu, côte à côte devant un mémorial du génocide. 20 ans après, le Rwanda cherche la voie de la réconciliation. Silas Mucyo avait 11 ans quand des hommes armés de machettes et de lances ont tué ses parents et ses frères et soeurs. Il habite aujourd’hui à Bugesera, dans le sud-est du pays, dans ce que l’on appelle un “village de la réconciliation”. Ici victimes et anciens bourreaux sont voisins.

“Quand je suis venu ici, je me suis installé à côté de Mathias qui avait participé au génocide”, raconte Silas, “il avait tué beaucoup de gens. Il y avait de la rancune. Au début, quand j’ai réalisé que j’allais vivre ici juste à côté de lui, j‘étais terrifié. Mais finalement il s’est avéré un bon voisin. Il m’a dit Silas, même si j’ai tué des gens, je ne suis plus un assassin, je me suis repenti”.


 


Des programmes d’aides sont mis en place pour favoriser la cohabitation. Mathias Muterahigwa a tué une vingtaine de personnes et passé neuf ans en prison. “Quand j‘étais en prison, j’avais perdu espoir”, dit-il, “je ne pensais pas que quelqu’un qui a tué pourrait ensuite être libre et vivre comme les autres Rwandais. J‘étais terrifié. Mais après avoir confessé mes crimes, j’ai senti un poids en moins sur mes épaules”.

Alors que vont débuter les commémorations du 20ème anniversaire du génocide, les souvenirs des massacres sont ravivés. Entre avril et juillet 1994, plus de 800 000 personnes principalement tutsi ont été tuées. Des tueries qui ont aussi fait 500 000 veuves et 300 000 orphelins.

 

Copyright © 2014 euronews

 

http://fr.euronews.com/2014/04/05/rwanda-20-ans-apres-le-genocide-victimes-et-bourreaux-forces-de-cohabiter/

 

 

 

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4 - Rwanda : aux origines du génocide

 

Il y a vingt ans commençait sur les collines du Rwanda l’une des plus grandes tueries du vingtième siècle. Ce n’était pas une énième guerre interethnique africaine, mais une extermination planifiée qui a coûté la vie à près de 1 million de personnes. Il s’agissait bel et bien d’un « génocide » répondant au projet politique du pouvoir extrémiste hutu : éliminer tous les Tutsis.

 

Entre avril et juillet 1994, en l’espace de cent jours, près de un million de Rwandais ont été tués. L’essentiel des victimes appartenaient à la minorité tutsi, alors que les auteurs de cette véritable entreprise d’extermination étaient les Hutus, communauté majoritaire au pouvoir au Rwanda depuis 1962. Plusieurs milliers de Hutus modérés qui n’adhéraient pas à l’idéologie raciste de leurs dirigeants, ont aussi trouvé la mort dans ce bain de sang dont le pays des Mille collines commémore cette année le vingtième anniversaire.

 

Les cérémonies de commémoration ont lieu à Kigali le 7 avril, en présence du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et des délégations officielles étrangères représentant notamment l’ancienne puissance colonisatrice, la Belgique, les Etats-Unis et l’Afrique du Sud. La France a elle décidé samedi d’annuler sa participation après les déclarations du président Paul Kagame l'accusant d'avoir participé aux massacres. Vingt ans après, malgré le travail fait par des historiens et des enquêteurs judiciaires locaux et internationaux, l’ampleur et les circonstances de ces massacres continuent de susciter stupeur et interrogations.

 

L’une des principales interrogations concerne l’attentat qui a visé le 06 avril 1994 l’avion ramenant au pays le président hutu du Rwanda, Juvénal Habyarimana. Considérée comme le signal du déclenchement du génocide, cette explosion, qui a coûté la vie au président et aux membres de l’équipage du Falcon présidentiel, n’a pas été élucidée à ce jour.

 

Le juge parisien Jean-Louis Brugière, qui a dirigé la première enquête sur cet attentat, a accusé les proches de l’actuel président du Rwanda Paul Kagame, à la tête à l’époque des rebelles tutsis, d’avoir perpétré l’attaque. Kagame a évidemment rejeté l’accusation et a pointé du doigt, à son tour, les extrémistes hutus pour qui, selon lui, c’était le prétexte idéal pour mettre en œuvre leur plan d’extermination des Tutsis. Le rapport de l’expertise balistique réalisée à la demande du juge Marc Trévidic qui instruit désormais l’affaire infirmerait la thèse avancée par Brugière. Il indique que les missiles ont été tirés de la colline de Kanombe, alors occupée par les Forces armées rwandaises (FAR), mais sans pour autant conclure sur l'identité des auteurs de l'attentat.

 

Quoiqu’il en soit, l’attentat du 6 avril n’en marque pas moins un tournant dans l’histoire rwandaise contemporaine. Dès que la nouvelle de la mort du président a été connue, les extrémistes hutus sont descendus dans les rues, appelant la population à exterminer les Tutsis pour venger le président disparu. Les militaires proches des extrémistes ont pris le pouvoir dans la foulée. Ils se sont d’abord débarrassés des Hutus modérés qui s’opposaient à leur projet meurtrier, avant de lancer une campagne nationale de massacres. Les violences touchent d’abord la capitale qui devient l’épicentre du génocide en marche, avant de s’étendre dans tout le pays. Les tueries ne s’arrêteront que trois mois plus tard.

 

 


Un peu d’histoire

Au moment des faits, ces tueries s’apparentaient aux yeux des médias internationaux à la « colère populaire » spontanée après l’attentat qui avait coûté la vie au président Habyarimana. On sait que, loin d’être une explosion soudaine et imprévisible, le massacre des Tutsis est bien un génocide, l’élimination planifiée d’une partie de tout une partie de la population, dans un contexte de gestion racialisée de la société rwandaise depuis la colonisation.

 

A l’origine, Tutsis et Hutus constituent un seul et même peuple. Comme l’écrit Jean-Pierre Chrétien, grand spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs, « tout le monde parle une seule langue, le kinyrwanda, et partage les mêmes croyances, la même culture, les mêmes clans et une histoire commune depuis des siècles ». Ce sont les puissances colonisatrices, les Allemands puis les Belges, nourris de la pensée de Gobineau sur l’inégalité des races, qui font des Tutsis et des Hutus deux groupes ethniques différents. Les colons privilégient les Tutsis, décrits comme des « Européens noirs » et jugés d’intelligence supérieure, au détriment des Hutus qualifiés de « Nègres bantous », réduits à leur condition d’agriculteurs. Les Tutsis étaient prioritaires dans l’accès aux écoles missionnaires et dans le recrutement pour les emplois administratifs.

 

Inutile de dire que les Hutus vivaient leur relégation comme une injustice. Ils font éclater leurs ressentiments au grand jour à la fin des années 1950, sous le masque des revendications pro-indépendantistes qui gagnent alors toute l’Afrique. Lorsque les Belges se retirent finalement du Rwanda en 1962, le pouvoir passe aux mains des Hutus, majoritaires dans le pays (85% de la population). C’est la fin des privilèges dont bénéficiaient les Tutsis jusque-là. Plus grave encore, ces derniers deviennent désormais les boucs émissaires des crises à répétition que traverse la nouvelle république rwandaise.

 

A partir de 1959, le Rwanda est le théâtre de régulières flambées de violences qui se traduisent par des massacres des Tutsi. Plusieurs milliers de Tutsis sont déplacés dans des camps. D’autres fuient dans les pays voisins (Ouganda, Congo, Burundi, Tanzanie). Près de la moitié de Tutsis rwandais avaient dû s’exiler entre 1960 et 1973 après plusieurs périodes de massacres et de discriminations. Interdits de revenir au pays natal, ces exilés s’organisent en Ouganda et créent en 1987 le Front patriotique rwandais (FPR).

 

L’engrenage génocidaire

Le 1er octobre 1990, le FPR lance sa première offensive sur le Rwanda. C’est le début de la guerre civile. Le président Juvénal Habyarimana qui a pris le pouvoir à Kigali en 1973 à la faveur d’un putsch, prend prétexte de cette attaque pour perpétrer des exactions contre les Tutsis de l’intérieur, accusés de complicité avec les rebelles du FPR. Les quotas ethniques qui existent depuis l’indépendance limitant à 9% la présence des Tutsis dans les écoles et les emplois sont renforcés. Le gouvernement instaure également les cartes d’identité mentionnant l’appartenance au groupe ethnique.

 

Parallèlement, le pouvoir s’appuie sur les médias, notamment le journal bimensuel Kangura et la fameuse Radio-télévision libre des Mille collines pour distiller à travers le pays l’idéologie de haine qui sera le principal ressort du génocide. Les Tutsis sont qualifiés de « cancrelats » (inyenzi) par la presse radicale qui n’hésite pas à évoquer dès 1991 la machette comme réponse à la question tutsi. Last but not least, est fondée en 1992 la milice les Interahamwe (« ceux qui combattent ensemble », en kinyarwanda), rompue à l’exercice de la violence. La bombe génocidaire est en place. Le crash du Falcon du président hutu le 06 avril 1994 servira de briquet pour allumer la mèche.


 


Massacres

Dès le lendemain de l’explosion, commencent des massacres à grande échelle. On tue avec méthode et application. Des listes des personnes à tuer sont établies par les autorités. Puis entrent en action les bras armés de l’administration que sont les milices hutu Interahamwe et les Forces armées rwandaises (FAR). Ceux-ci érigent des barrages routiers, fouillent les maisons. Hommes, femmes et enfants sont exterminés à coups de machettes, déchiquetés par les grenades et les obus, dans la rue, chez eux et parfois au sein même des églises et des écoles où ils s’étaient réfugiés. De telles scènes se répètent partout dans Kigali. En l’espace d’un mois, un quart de la population de la capitale qui comptait alors 200 000 habitants est exterminée.

 

Il ne faut pas plus d’une dizaine de jours pour que les massacres s’étendent à l’ensemble du pays. Le nouveau gouvernement issu de la mouvance de la « Hutu Power » qui a pris le pouvoir dans les heures qui ont suivi la disparition du président Habyarimana, relaie sans tarder son mot d’ordre meurtrier aux autorités locales. Dans les profondeurs du pays, faute de miliciens, les civils sont mobilisés par les autorités et les médias à la solde du pouvoir. On les rétribue, on les menace pour les pousser à participer aux massacres de leurs voisins, de leurs collègues et parfois des parents.

 

Avec en moyenne 10 000 morts par jour, les tueries qui ont ensanglanté les collines et les marais rwandais en ce printemps 1994 s’apparentent à l’un des plus grands crimes de l’histoire du XXe siècle. « L’ampleur, les circonstances et la simultanéité des massacres ne laissent aucun doute sur leur préparation minutieuse », écrit Hélène Dumas , auteur d’un récent ouvrage très remarqué sur les massacres, intitulé Le Génocide au village (Seuil).


 


Le rôle de la communauté internationale

Les tueries au Rwanda prennent fin le 04 juillet 1994, avec la prise de Kigali par les rebelles du FPR dirigés par Paul Kagame, devenu président. Depuis cette libération, la communauté internationale s’est réinvestie dans le pays, avec notamment la création par l’ONU du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Les juges du TPIR ont qualifié les massacres du Rwanda de « génocide » dès leur premier jugement prononcé en septembre 1998, les plaçant sur le plan juridique au même niveau que le génocide arménien de 1915-16 et le génocide des Juifs et des Tsiganes commis par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Rappelons que selon la Convention pour la prévention et la répression du crime du génocide adoptée par les Nations unies en 1948, le génocide est un acte criminel perpétré dans le but de détruire « en tout ou en partie, un groupe national, ethnique ou religieux ».

 

Cette reconnaissance juridique de la souffrance des Rwandais est importante, mais malgré cette reconnaissance, beaucoup de survivants du génocide de 1994 doivent se demander en ce temps de commémorations pourquoi la communauté internationale n’est pas intervenue au Rwanda lorsqu’il était encore temps pour arrêter le bain de sang ? Les Casques bleus déployés dès octobre 1993 dans le cadre de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (Minuar) pour aider à l’application des accords d’Arusha entre le FPR et le gouvernement rwandais, ne pouvaient pas ignorer la réalité des massacres systématiques qu’a déclenché l’attentat meurtrier contre le président Habyarimana.

 

A Kigali, les Nations unies sont sur la sellette pour avoir amputé la Minuar de la quasi-totalité de ses troupes dès le début des événements. La Belgique, mais surtout la France, sont sur la sellette pour leur amitié avec le régime hutu. En 1997, une commission d’enquête du Sénat belge s’est penché sur ce sujet - ô combien !- épineux. En France, faute de commission, c’est une mission d’information parlementaire qui, en 1998, rejettera la responsabilité directe de la France dans le génocide, tout en pointant du doigt sa trop grande proximité avec le régime Habyarimana et son armée. Mais les nouvelle accusations de Paul Kagamé, quant au rôle de la France dans le génocide, le démontrent, vingt ans après le génocide, les plaies sont loin d’être refermées.

 

Publié le 06-04-2014 / Par Tirthankar Chanda

 

http://www.rfi.fr/afrique/20140406-rwanda-origines-genocide-habyarimana-kagame-tutsis-hutus-france/

 

 


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 Chinese companies have been given contracts to build roads in Rwanda . Picture: File

 






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